Avoir le trac

Il ne semble pas que les comédiens aient le trac depuis très longtemps ; du moins s'ils avaient cette peur ou angoisse irraisonnée que l'on ressent avant d'affronter le public, ils n'avaient pas le mot. 
Le trac daterait de la première moitié du XIXe siècle, mais Littré l'ignore, ce qui indique qu'il n'était pas d'un usage courant avant la fin du siècle. Cependant, il n'a pas l'air d'être de formation argotique car il est passé tout de suite dans la langue familière de la bonne société.
Les Goncourt notent dans leur Journal à la date du 3 mars 1885 : « Au fond, cet article du Gaulois me donne le trac. Car si ce soir, il y a quelques sifflets, avec tout ce qu'il y aura dans la salle de mauvaises dispositions latentes, chez la plupart de mes confrères, c'est une partie compromise, un four quoi, encore », (Robert).
La formation du mot tient peut-être au claquement des dents de celui qui a très peur — et donc aussi un très gros tracas ! Furetière signalait déjà le trac sous forme de bruit : « Terme factice & populaire, qui exprime le bruit d'une chose qui se remue avec violence, & qui a donné le nom au jeu de Triquetrac. »
En tout cas, son premier emploi paraît venir non du théâtre, mais du collège. G. Gougenheim cite un petit vocabulaire collégien de 1845 où le trac apparaît avec définition et exemple : « Trac, taf (avoir le). Avoir peur, caponner : Adrien a le trac quand Laveau veut le bûcher (le battre). »
Ce même ouvrage (Les Mystères des collèges d'Albanès, aux éditions G. Harvard, 1845) donne pour exemples dans la même liste : bahut, cafarder, voyou, etc., pour appartenir à un jargon encore relativement secret, ainsi d'ailleurs que copain, pion, et truc, lesquels sont des mots de très ancien français et dont les deux premiers au moins ont effectivement repris essor chez les collégiens du XIXe siècle. 
Cela dit, ces mots de 1845 avaient peut-être un demi- siècle d'existence ou davantage entre les pupitres. Et s'ils étaient familiers, ils n'étaient pas vulgaires ! Ce monde de petits-bourgeois fortunés qui peuplaient les collèges ne se seraient pas permis !
Ce qui tendrait à expliquer que le trac ait pu réapparaître quelques dizaines d'années plus tard sous la plume des écrivains et des échotiers, par allusion familière aux bancs des écoles où ils l'avaient appris.


Avoir les cheveux en bataille

Ordre militaire 
Au temps de la guerre en dentelles, une bataille était une troupe disposée pour le combat. Trois ordres de bataille étaient à la disposition des généraux : en carrés, en colonnes ou en rangées. Pour indiquer clairement aux sergents l'ordre de bataille choisi, les officiers prenaient soin de mettre leur chapeau en bataille : pour une formation en rangées, les pointes du bicorne étaient parallèles à l'ennemi, pour une formation en colonnes, elles étaient tournées vers l'avant. 
De nos jours, avoir le chapeau en bataille, c'est le porter tout de guingois et avoir les cheveux en bataille, c'est être coiffé à la diable.


Avoir maille à partir

Pour un p'tit sou à partager 
Au temps de la cour des Miracles, n'avoir ni sou ni maille, c'était être pauvre entre les pauvres. La maille (du latin mediala, demi-pièce) était une piécette de cuivre. Comme l'obole, elle valait un demi-denier, le 24e d'un sou. C'était la pièce habituelle que le bourgeois jetait aux miséreux qui se pressaient sur les degrés des églises, provoquant à tout coup batailles et disputes. Impossible en effet pour les gueux de se partager une maille, de la départir, comme on disait alors, car c'était la plus petite pièce de monnaie existante. Il ne leur restait plus qu'à se disputer, sens actuel de l'expression.


Avoir quelqu'un dans sa manche

Avoir un homme sous la mai
Les notables, les marchands du Moyen Âge portaient d'amples robes fourrées dont les larges manches leur servaient de poches. Ils y serraient à portée de la main leur bourse, symbole de leur puissance et de leur richesse qui leur permettrait d'acheter les services de quiconque. Des manches si larges qu'on pouvait imaginer qu'elles auraient pu dissimuler un homme prêt à agir pour le compte de son maître. Une façon imagée d'avoir un homme sous la main.


Avoir son libre arbitre

Être libre de décider 
L'arbitre véreux ne s'oppose pas au libre arbitre. Les deux mots sont homonymes, mais non synonymes. 
Le latin distinguait les mots arbiter, arbitre, et arbitrium, sentence arbitrale.
En français, la confusion régnait entre ces deux homonymes, aussi a-t-on d'abord spécifié franc arbitre puis libre arbitre.


Avoir son mot à dire

Être en droit de donner son avis 
Expression synonyme d'avoir voix au chapitre. Avoir signifie ici être en droit, être autorisé à, et mot précédé du possessif a le sens d'opinion très personnelle. 
On disait au XVIe siècle dire son mot (1553, Bible Gérard) dans le même sens.


Avoir un bœuf sur la langue

Vieux calembour grec 
Au temps d'Homère, posséder ne serait-ce qu'un seul bœuf, c'était déjà être riche. La richesse se calculait alors en bœufs : Tel collier en or et ivoire valait dix bœufs, un bon cuisinier s'échangeait contre six bœufs. 
Égorger un bœuf sur l'autel d'un dieu était une offrande inouïe. Rien donc de plus normal en soi que les premières monnaies aient été frappées à l'effigie d'un bœuf et non à celle d'un prince ! 
Quand un Grec voulait acheter le silence de quelqu'un, il faisait mine de lui glisser dans la bouche une de ces pièces frappées du bœuf. Il lui mettait un bœuf sur la langue (bous epi glossa). 
Les grecs affectionnaient tout particulièrement ce calembour car dans leur langue, bous signifiait à la fois bœuf et argent.


Avoir une marotte

Marotte est comme Marion, un diminutif de Marie. 
Elle désigne également une figurine, une poupée, pour les mêmes raisons qui ont créé les mariols et les marionnettes. L'accouchée — dit un texte du XVe siècle — est dans son lit, plus parée qu'une épousée, tant que vous diriez que c'est la tête d'une marotte ou d'une idole.
Toutefois, la marotte s'est spécialisée différemment en devenant le sceptre des bouffons de Cour : « Ce que les fous portent à la main pour les faire reconnaître. C'est un bâton au bout duquel il y a une petite figure ridicule en forme de marionnette coiffée d'un bonnet de différentes couleurs », écrit Furetière.
Cette marotte est aussi munie de grelots. Les manipulateurs de marionnettes appellent encore marottes celles qui sont constituées d'une tête fixée au bout d'un bâton.
Marotte se dit aussi d'une passion violente, d'une fantaisie, ou de quelque attachement qui approche de la folie. Chaque fou a sa marotte. Furetière oubliait cependant ce vieux proverbe écologique : « Si tous les fols portoient marotte, on ne sait de quel bois on se chaufferait ! »


Avoir voix au chapitre

Comme un chanoine 
Au cours des réunions de moines ou de chanoines, la coutume voulait que soit lu en préambule un chapitre (du latin capitulum) de la règle monastique ou de l'Écriture. C'est pour cette raison que fut donné le nom de chapitre aux assemblées religieuses. 
Avoir voix au chapitre, c'était donc avoir le droit de prendre part aux délibérations et non, comme certains pensent, avoir la liberté de parler sur un sujet ou un chapitre qu'ils connaissent bien.


Baragouiner


Bara = pain et gwin = vin, et est présentée comme l'hypothèse la plus répandue pour expliquer ce terme assez étrange. Elle repose sur la localisation des premières attestations dans l'ouest de la France avant que le mot se répande un siècle après la réunion de la Bretagne à la France.
Le contexte de l'attestation (1391 pour barragouyn et 1532 pour barragouin) l'oppose à chrestien et à françois, mais le locuteur du Loiret l'appliquait déjà à un habitant de la Guyenne, par exemple.
Cette hypothèse suppose qu'à l'origine, le mot servait de sobriquet à l'encontre des Bretons, tiré de leur expression favorite pain, vin, entendue dans les auberges françaises que fréquentaient les pélerins bretons.
D'autres hypothèses, moins satisfaisantes, ont toutefois été proposées : Le latin Berecynthia, nom de Cybèle, mère des dieux, célébrée par un culte orgiastique, l'ancien provençal barganhar (marchander — cf ­: barguigner), une onomatopée désignant l'action de parler indistinctement et de patauger, un emprunt à l'espagnol barahunda (tumulte), lui-même emprunté de l'hébreu baruch habba (béni soit celui qui vient au nom du Seigneur).
Quant à Pierre Guiraud, qui cherche des étymologies socio- linguistiquement proches et vraisemblables, évoque un composé tautologique du type barater (s'agiter -> baratter) et gouiner, variante de couiner, crier.
Par ailleurs, l'initiale onomatopéique bar- dans barbare évoque étymologiquement la langue incompréhensible des étrangers.
Baragouiner fut d'abord attesté sous la forme de l'infinitif substantivé baragoiner pour signifier parler incorrect (1578, mais antérieur, la forme baragouinage, synonyme de baragouin se lisant déjà sous la plume de Rabelais dès 1546.
Baragouiner fut alors employé comme verbe au sens de parler une langue étrangère que personne ne comprend (1611) et, transitivement, prononcer indistinctement (1666).
Attention aux usages injurieux et xénophobes... Aujourd'hui, on n'emploie plus guère ce mot que pour parler un langage incorrect.



Bâtir des châteaux en Espagne

Des fiefs à conquérir 
Sous la conduite de Charlemagne puis de Du Guesclin qui y emmena les Grandes Compagnies au beau milieu de la guerre de Cent Ans, les Français ont souvent guerroyé en Espagne.
Les preux chevaliers pouvaient espérer recevoir en fief un château qu'ils devaient conquérir de haute lutte. L'aventure était difficile car ces châteaux étaient bien remparés. Ce qui explique que dès le temps du Roman de la Rose, bâtir des châteaux en Espagne avait le sens d'entreprise chimérique. Au temps des croisades, on dira de même faire des chasteaux en Asye ou au Caire. 
Quant aux Espagnols, ils disent de même bâtir des châteaux en Italie, car l'italie fut longtemps espagnole.


Battre sa coulpe

La coulpe, du latin culpa, est précisément la culpabilité, et en terme religieux la souillure du péché qui fait perdre la grâce. Battre sa coulpe, c'est se frapper la poitrine à petits coups réguliers, en répétant d'un air contrit : mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa (c'est ma faute, c'est ma faute, c'est ma très grande faute).
« Lors bat sa coulpe, à Dieu se recommande, Son coeur défaille et son âme s'en va... » C'est ce qu'on appelle un acte de contrition.


Belle à croquer

Comme un modèle de peintre 
Dans son roman Un début dans la vie, Balzac écrit : « On appelle en termes d'atelier, croquer une tête, en prendre une esquisse, dit Mistigri... et nous ne demandons à croquer que de belles têtes. » 
De là le mot : elle est jolie à croquer
Mais pourquoi à croquer ? Balzac devait pourtant savoir qu'au XVIIe siècle, croquer une femme signifiait en obtenir les faveurs. 
Dans les mêmes ateliers d'artiste, belle à croquer avait en fait un double sens. Les rapports entre peintres et modèles ne se cantonnant pas toujours au domaine artistique !


Boire à gogo

Trait sur trait 
Boire à gogo est l'équivalent de boire à gob-gob, trait sur trait. Dans le même ordre d'idées, avaler d'un trait se disait au XVIe siècle avaler tout de gob. Gob est ce que les grammairiens appellent le déverbal de gober (du gaulois gobbo, bouche)


Voir aussi : Gogo et Tout de go

Boire à tire-larigot

Siffler pinte sur chopine
Boire à tyre larigault, siffler d'un trait une bouteille, date de 1585. Boire beaucoup se disait alors flûter.
Le larigot était une flûte à bec rustique. À l'auberge, pour prouver qu'on était vraiment un homme, il fallait se montrer capable de descendre une bouteille entière en buvant au goulot sans reprendre son souffle, comme le flûtiste tire des sons de son larigot sans paraître respirer.
Comme les sonneurs de trompe, de cor, de biniou et de bombarde, les flûtistes ont eu de tout temps une solide réputation de soiffards. On disait d'ailleurs boire comme un sonneur.


Boire en Suisse

Il ne s'agit pas du Suisse casqué et armé d'une hallebarde, postés à l'entrée des églises, mais de ses ancêtres suisses allemands mercenaires des régiments du roi, que l'on reconnaissait de loin à leur uniforme aux larges raies colorées (les gardes suisses du Vatican sont encore habillés ainsi).
Sans doute ces rudes soldats étaient-ils de gros buveurs − on disait auparavant boire comme un Suisse − tout à fait capables de boire seuls ou entre eux. 
Mais l'expression boire en Suisse viendrait plutôt de l'habitude, propre aux pays germaniques buveurs de bière, de payer chacun son verre alors qu'en France, pays du vin, la tradition de la tournée que chacun paie à son tour est de rigueur.


Bon mot

Mot d'esprit 
« Diseur de bons mots, mauvais caractère », 
Pascal 
« L'épigramme plus libre, en son tour plus borne 
N'est souvent qu'un bon mot, de rimes adorné», 
Boileau, l'Art poétique 
On dit parfois mot : « Grosclaude faisait des mots », Jules Lemaitre 


Brasser du vent

Faire du vent, brasser du vent, remuer de l'air, toutes ces expressions sont synonymes et signifient se dépenser en vaine activité. 
En emploi partitif, vent symbolise, depuis le XIIe siècle, la vanité, le vide, comme dans ce n'est que du vent ! 


C'est Byzance !

S'exclame-t-on devant des richesses à profusion, une abondance de biens ou de luxe démesuré. 
Istanbul, autrefois Byzance ou Nouvelle-Rome, fut aussi nommée Constantinople du nom de l'empereur Constantin qui, forcé de quitter Rome, décida d'y faire établir l'Empire. Sa situation sur le Bosphore, la Corne d'Or, eut tôt fait d'attirer les ambitieux. Après Darius, roi de Perse, les Athéniens s'en emparèrent ; ce fut le début d'un essor remarquable et d'un commerce florissant. La ville fut agrandie et embellie. 
Quand elle fut soumise à l'autorité de Rome, l'expansion de Byzance se développa encore grâce au droit de péage exigé pour accéder à la mer Noire, ce qui permit un contrôle total du commerce dans cette région. Les arts y furent encouragés et l'architecture byzantine se propagea jusqu'en Occident, surtout en Italie (Pise, Venise, Ravenne). Palais impériaux, curie, thermes dignes de Caracalla, temples et plus tard églises, firent, au cours des siècles, la renommée de la ville.
Cette ville fut symbole de profusion et d'opulence. Jusqu'au Xe siècle, les architectes continuèrent d'élever des monuments remarquables, multipliant dômes et coupoles. Les sculpteurs idolâtraient les empereurs par des statues d'or et d'argent. Ces excès amenèrent finalement une décadence et dégénérescence de l'art byzantin, dues à une absence d'inspiration mêlée à une prodigalité excessive d'ornements et de mosaïques.
Malgré une fin moins glorieuse, Byzance demeure cependant dans nos esprits le symbole de fastes et de somptuosité.


C'est l'hôpital qui se moque de la charité

En d'autres termes, celui qui se moque pourrait bien être lui-même objet de moqueries. En cela, l'expression s'apparente à la parabole biblique de la poutre et de la paille, et à cette autre leçon qui es-tu pour juger ?
Autrement dit, s'il est facile de rire des défauts des autres, nul n'est parfait et donc à son tour à l'abri des moqueries. L'hôpital désignait avant tout un établissement religieux recevant des personnes démunies, mendiants ou non ; la spécialisation médicale ne viendra qu'au XVIIe siècle, et la distinction se fera alors entre hôpital et hospice jusqu'ici doublets.
La charité, quant à elle, est avant toute chose une valeur morale, vite adoptée par la langue de l'Église, et servira à traduire l'agapê grec en amour. Le sens correct n'en est pas moins aumône, don.
L'hôpital qui accueillait gracieusement les pauvres (un autre doublet est...hôtel !) et la charité qui était de venir en aide aux plus démunis procèdent donc du même élan charitable : c'est kif-kif bourricot, malgré des appellations différentes : c'est bien là le sens de l'expression, hôpital et charité sont pareils, sous des noms différents, l'un arguant l'humanité, l'autre la bonté religieuse.

 

C'est la bouteille à l'encre

Une situation obscure 
L'origine de cette expression est plus limpide que son objet : l'encre de jadis était confectionnée à partir de noir de sèche qui laissait un dépôt noirâtre sur les bouteilles à encre même vides. On y voyait aussi peu clair à l'intérieur que dans une situation obscure.


C'est la croix et la bannière

Tout un cérémonial 
Pas de fête carillonnée jadis sans procession. La croix de Jésus en tête, les membres du clergé portaient les reliques, suivis des notables. Fermaient la marche les représentants des corporations brandissant leurs bannières aux armes de leur saint patron. 
Cérémonial délicat et long à mettre au point pour respecter les préséances et ne vexer personne. Les visites officielles des hauts dignitaires faisaient l'objet d'un protocole encore plus pointilleux. Prélats et princes devaient en premier lieu être reçus aux portes de la ville à la fois par le clergé et par les notables avec leurs croix et leurs bannières.

C'est la réponse du berger à la bergère

L'expression c'est la réponse du berger à la bergère ne signifie rien d'autre que le mot de la fin, elle est généralement employée pour conclure une discussion. 
Pour mieux comprendre cette expression pastorale, voici tout d'abord la petite histoire du mot berger, d'abord bergier, et berchier (fin XIIe siècle), issu du latin populaire °vervecarius, lui-même dérivé de vervex (-> brebis), attesté sous la forme birbicarius, pâtre, pasteur vers 600 et sous la forme berbicarius en 698, puis au IXe siècle (Gloses de Reichenau).
Le mot désigne la personne chargée de garder les moutons et s'emploie quelquefois avec la valeur figurée de gardien (fin XIIe siècle), spécialement de guide spirituel, par allusion à la parabole biblique ; dans ce sens, il a été éliminé par le synonyme pasteur.
L'ancienne connotation péjorative de manant, homme lourd et grossier, courante en ancien français, a disparu, cédant la place au XVIIe siècle, à l'image littéraire du berger de poésie pastorale, évoquant la simplicité (parfois raffinée) des moeurs champêtres et la sincérité des sentiments...
De là l'expression l'heure du berger pour signifier le moment favorable de l'amant, puis généralement le moment favorable, l'occasion (1690). La locution contemporaine la réponse du berger à la bergère − et c'est bien celle-à qui nous préoccupe à cette heure (du berger...) vient du même contexte littéraire.


C'est le bouquet !

Du feu d'artifice 
Au siècle dernier, réserver quelque chose pour le bouquet avait le sens de garder le meilleur pour la fin, à l'image des belles fusées du bouquet final qui clôturent le feu d'artifice en jaillissant toutes à la fois. 
Le bouquet est toujours ce qui arrive à la fin mais ce n'est pas le meilleur, c'est le pire ! C'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase où aurait pu être disposé le bouquet.


C'est pas tous les jours dimanche

C'est pas tous les jours la fête, sous-entendu c'est pas une vie agréable.
« Paraît qu' t'es tombé dans une drôle de crevasse
Paraît qu' c'est pas tous les jours dimanche »
Renaud, La Blanche

C'est tout juste bon à faire des papillotes

Des bigoudis 
La phrase se dit d'un écrit sans valeur. Ancêtres des bigoudis, les papillotes étaient de petits morceaux de papier autour desquels les femmes enroulaient une mèche de cheveux avant de les friser au fer. 
Papillote, diminutif de papier ? Pas du tout. Le mot dérive de papillon, par analogie avec les ailes chatoyantes de ces lépidoptères. C'était le nom des paillettes d'or ou d'argent portées par les élégantes du Grand Siècle sur leurs perruques.


Ça ne fait pas un pli

Il n'y a aucune difficulté. Il n'y a pas de faux pli. 
À savoir que le faux pli était la hantise des tailleurs.


Ça vaut le coup d'œil

Cela mérite d'être vu 
À comparer avec la formule, reprise du guide Michelin, ça vaut le détour
« Le soleil se reflète dedans [l'eau] et s'étale en coulures aveuglantes. On aperçoit au loin la lisière du palmier délimitant la plage. Ca vaut le coup d'œil. Paul comprend qu'on puisse avoir envie de faire une retraite dans un endroit pareil », F. Lasaygues, Bruit blanc


Cahin-caha

Aller d'une manière inégale, tantôt bien, tantôt mal, tant bien que mal Ménage, sans aucune preuve, donne comme origine à cette locution le latin qua hinc, qua hac, qu'il traduit, pour les besoins de la cause, par deça et delà
Il n'en est rien, et l'on admet aujourd'hui que cahin-caha est une formation expressive, à rapprocher de l'onomatopéique cahot.  
L'expression apparaît pour la première fois au XIVe siècle sous la forme kahu-kaha ; au XVIe siècle sous sa forme actuelle (Rabelais, bonaventure Des Périers). Elle fut mise à la mode en 1726 par les couplets de cet aimable Panard que Marmontel, non sans quelque exagération, nommait le La Fontaine du Vaudeville et qui, insérés dans une comédie de l'abbé d'Alainvre, La Tour de Carnaval, firent courir tout Paris au Théâtre-Italien.
Ne surnomma-t-on pas Cahin-Caha le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, qui, menant une politique de bascule, pencha tantôt du côté des jansénistes, tantôt du côté des jésuites ?
Une épitaphe, qu'on lui fit le jour de sa mort, déclare : 
« Ci-gît Louis Cahin-Caha, 
Qui dévotement appela, 
De oui, de non s'entortilla,
Puis dit ceci, puis dit cela, 
Perdit la tête et s'en alla » 
Cahin-caha s'emploie couramment avec les verbes aller, marcher, cheminer, et s'accommode aussi d'être accolé à des noms, pronoms, etc.
« Cahin-caha, j'avais monté sur ma bête », fait dire La Fontaine à l'un de ses personnages, et Chateaubriand écrit ardemment : « J'avais une très froide et très bonne tête, et le coeur cahin-caha pour les trois quarts de l'humanité ».
On peut rapprocher de cahin-caha la locution couçi-couça qui signifie bien et mal, et qu'on écrivait au XVIIe siècle coussi-coussi (italien cosi cosi) puis qu'on a pris coutume, par analogie avec comme ci, comme ça, d'écrire couci-couça.


Céder le pas à quelqu'un

Question d'étiquette 
Dans la société de l'Ancien Régime, tout était formalisé. L'étiquette l'exigeait. En fonction de son rang, chacun avait sa place. Dans une procession ou dans la salle du trône, certains avaient le pas sur d'autres qui devaient leur céder le pas, les laisser passer devant.

Chaque jour que Dieu fait

Chaque jour, tous les jours 
Renforcement de chaque jour, tous les jours. 
« En trois mois de temps, il était devenu célèbre dans son immeuble. Tous les jours que Dieu fait, dimanche compris, Bonge arpentait sa propriété. Le manteau et le chapeau verts étaient devenus la hantise des locataires » F. Fossaert, Prouvez-le


Chercher midi à quatorze heures

Sur un cadran solaire 
On trouve l'expression chez Molière. Auparavant, on disait chercher midi à onze heures. C'est compliquer inutilement une chose aussi simple que de repérer midi au beau milieu d'un cadran solaire. 
Le choix de quatorze heures, vraisemblablement pour sa consonance, peut paraître anachronique car sur les cadrans solaires comme les montres et les horloges du temps ne figuraient alors que douze chiffres. Sauf en Italie où on a toujours eu cette façon de décompter les heures.


Chercher noise

Vieux bruit 
Avant de prendre le sens de querelle bruyante au XVe siècle, l'ancien français noise (curieusement issu du latin nausea, mal de mer) signifiait bruit, tapage. 
Les Anglais l'ont emprunté au français en lui gardant ce sens, alors qu'on ne rencontre plus ce mot que dans cette expression, et dans une autre, oubliée mais tout à fait charmante : chercher noise pour noisette, autrement dit chercher querelle pour un motif futile.


Chevalier d'industrie

Pas vraiment à cheval sur l'honnêteté 
Cette appellation est un peu désuète et n'a rien à voir avec le ruban rouge de chevalier de la Légion d'honneur attribuée au titre du ministère de l'industrie. Le terme s'applique aux aigrefins qui vivent de coupables industries, d'expédients. Elle fait partie d'une série d'expressions péjoratives à la mode autrefois : le chevalier de la lancette, le barbier, le chevalier du mètre, le commis en nouveautés, le chevalier du crochet, le chiffonnier, le chevalier du bidet, le souteneur ou les chevaliers de la rosette, les pédérastes
Elle provient du nom d'une association de malfaiteurs, les chevaliers d'industrie, dont les méfaits furent contés dans un roman picaresque espagnol paru en France au XVIIe siècle.


Chez ma tante

Point n'est besoin d'inventer de toutes pièces une anecdote à propos de la tante d'un personnage célèbre tombé dans la dèche. Il s'agit tout simplement d'un terme ironique à l'adresse de tous ceux qui n'osent pas avouer avoir mis au clou leurs derniers objets précieux et qui prétendent avoir eu recours à un emprunt à leur famille.
La tante est ici la féminisation de mon oncle comme on appelle depuis toujours en Belgique le prêteur sur gages.


Cogner comme un sourd

Frapper fort comme quelqu'un qui n'entend pas le bruit de ses coups 
En effet, les sourds ne peuvent percevoir ni le son de leur voix ni le bruit des coups qu'ils portent (dans un contexte où il s'agit de coups sonores). La forme frapper comme un sourd, très fort, avec acharnement, est attestée dès 1593.
Se dit aussi de quelqu'un qui bat, à tour de bras, une autre personne : « Il cognait comme un sourd sur sa femme », Zola


Coiffer sainte Catherine

Devoir de vierge 
C'était la coutume de coiffer les saints pour leur fête. Ou tout au moins la tête de leur statue dans les églises. 
Au 15 août, dans toutes les églises de France, la tête de la Vierge était ceinte d'un chapelet de roses. Le 25 novembre, la statue de sainte Catherine devait être couronnée de fleurs blanches. Ce travail ne pouvait être réalisé exclusivement par les mains pures d'une pucelle car la sainte était morte vierge et martyre sous l'empereur Maxence au IVe siècle. Pour cet honneur insigne le curé ne choisissait que des vieilles filles de plus de vingt-cinq ans, cet âge avancé (pour l'époque) lui paraissant une garantie sérieuse de leur virginité passée et à venir.


Connaître comme sa poche

Connaître parfaitement 
« Je connais l'Etna comme ma poche, et ses gorges sont assez profondes pour tenir longtemps caché un pauvre homme comme moi », George Sand


Connaître les tenants et les aboutissants

Pour cadastrer les terres alentour 
Connaître les tenants et les aboutissants, c'était autrefois délimiter une propriété, au sens propre connaître les terres auxquelles elle tenait et aboutissait.


Convoquer le ban et l'arrière-ban

Avisse à la population !!! 
Ban, proclamation, est un ancien mot germanique. Faire crier le ban par des hérauts était le moyen pour transmettre les ordres du seigneur à une population illettrée. Il y a peu de temps encore, le garde champêtre en pantalon de velours, en vareuse et en képi faisait de même dans nos campagnes. D'un roulement de tambour autoritaire, il ouvrait le ban avant de s'écrier : « Avisse à la population ! Par ordre de monsieur le sous-préfet, il est interdit dorénavant de.... »
Une guerre venait à éclater, le suzerain avait besoin de tous ses hommes. Il convoquait ses vassaux et leurs troupes, son ban et les vassaux de ses vassaux, son arrière-ban.
Le félon qui ne répondait pas à cet appel était mis au ban, c'est-à-dire condamné à l'exil et à la confiscation de ses biens par un ban qui était proclamé aux quatre coins de son ancien domaine.
Surpris à revenir sur ses terres, il était appréhendé et jeté en prison sous l'inculpation de rupture de ban, que certains confondent avec celle du galérien évadé qu'ils prétendent à tort être aussi en rupture de banc.


Couper l'herbe sous le pied (à quelqu'un)

L'expression signifie texto frustrer quelqu'un d'un avantage escompté en le devançant ou en le supplantant... 
La locution date du XVIe siècle, et figure notamment chez Brantôme. Elle met en œuvre l'idée de rupture, de suppression des moyens de subsistance, par l'emploi de couper (comme dans couper les vivres) et de herbe, ce nom qui avait en effet la valeur de moyen de subsistance assez proche de celle d'un mot comme pain et explicite dans d'anciennes locutions comme l'herbe lui manque sous le pied (il manque de moyens de subsistance) ou être réduit à l'herbe (être privé du nécessaire).
La locution a fait l'objet de légères variantes : faucher l'herbe sous le pied ou tondre l'herbe sous le pied de quelqu'un. Couper l'herbe sous les pieds (ce qui serait plus logique) se trouve chez Cotgrave au XVIIe siècle, Richelet au XVIIIe siècle et est toujours employée.