Homme ignare en matière culturelle, bourgeois.
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La cinquième roue du carrosse
C'est à Marcel Pagnol que l'on doit ce joli mot d'auteur :
« La roue de secours est la réhabilitation de la
cinquième roue du carrosse. »
Filer à l'anglaise
Prendre congé à la française
Selon le Nouveau Larousse Illustré de 1898, il était coutume dans les bals et soirées londoniennes de se retirer sans aller saluer le maître et la maîtresse de maison tandis que l'obligation contraire, fort gênante pour les invités qui voulaient s'éclipser, régnait en France ; ce qui expliquerait la locution.
Mais alors pourquoi les Britanniques emploient-ils l'expression similaire to take a French leave, partir en douce, sans prendre congé ? L'explication vient sans doute plus simplement de la vieille et profonde antipathie entre les deux peuples qui s'accusent réciproquement de tous les défauts et pis encore, d'être sans éducation.
Rosbifs et froggies (les mangeurs de grenouilles) ont été des ennemis héréditaires pendant de longs siècles. Cette animosité transparaît encore dans le langage. Outre-Manche, une maladie vénérienne est une French disease, la chaude-pisse s'appelle French gout et les capotes anglaises des French letters.
En France, au temps de Jeanne d'Arc, un Anglais était un grippe-sou. Et à l'école militaire de Saint-Cyr, l'élève- officier qui allait aux latrines disait qu'il allait écrire à l'Anglais (formule qui, en 1939, devint envoyer une lettre à Hitler).
Homme à bonnes fortunes
Homme ayant beaucoup de succès auprès des femmes
Née sous la plume de Voiture au XVIIe siècle, l'expression est issue du vocabulaire galant. Être en bonne fortune a d'abord signifié avoir de la chance, puis plus spécialement de la chance auprès des femmes, des succès amoureux, la/les bonne/s fortune/s étant un euphémisme pour des dernières faveurs que font les dames à leurs amans (Richelet).
Il est à remarquer que, au XVIIe siècle, Homme à bonnes fortunes n'avait pas encore la coloration péjorative (homme fat, à succès facile) qu'on lui connaît et qui s'est précisée au XIXe siècle.
Tartempion
Individu tout ce qui se fait de plus quelconque et supposé auquel on accorde peu d'estime
L'origine de ce mot remonte au XIXème siècle, et il s'agissait alors d'un personnage imaginaire et quelque peu ridicule qui revenait constamment dans les articles de Charivari, entre 1840 et 1850 (Gustave Fustier).
Le nom fut très en vogue à la fin du XIXème siècle, donc. Un journaliste de l'Aurore écrivait vers 1900 à propos des députés : « Nous envoyons à la Chambre de déplorables Tartempion, des sous-vétérinaires dont les chevaux ne voudraient pas pour leur servir l'avoine », cité par Hector France.
Vouer quelqu'un aux gémonies
Le mot gémonies vient du mot latin gemere (gémir), allusion probable aux gémissements des futures victimes dont le cadavre serait exposé au peuple.
Dans l'ancienne Rome, la prison se trouvait sur les coteaux du Capitolin. Elle se composait en partie d'une grande chambre rectangulaire voûtée, sous laquelle se trouvait un cachot circulaire de 5 mètres de diamètre et de 2 mètres de haut. Nulle lumière ne pouvait y parvenir et le seul moyen d'y descendre était un orifice circulaire percé dans le sol de la pièce du haut.
Cette double construction servait de lieu de supplice aux criminels dont Rome voulait se débarrasser. Ils étaient jetés par le trou dans la pièce inférieure où les bourreaux les étranglaient à la lueur des torches.
Les cadavres étaient ensuite remontés par un croc et exposés sur les marches des gémonies, double escalier qui flanquait la porte de la prison, face au Forum. Après plusieurs jours d'exposition supposée faire réfléchir les Romains sur les dangers de s'en prendre à l'autorité, les dépouilles étaient jetées dans le Tibre.
Cette prison existe toujours et se visite gratuitement. Elle fut consacrée en 1539 en deux églises. Celle du dessus est dédiée à saint Joseph, l'inférieure à saint Pierre qui y aurait été détenu avant de subir le martyr.
De nos jours, on traîne quelqu'un aux gémonies quand on veut l'accabler d'outrages. De même, vouer une personne aux gémonies signifie la livrer au mépris public.
Aller à Canossa
Pour faire amende honorable
Henri IV, l'empereur d'Allemagne, pas le roi de France, fut frappé d'excommunication lors de la querelle des Investitures en 1077. Pour faire lever la sentence, il demanda à être reçu par le pape Grégoire VII qui résidait au château de Canossa près de Modène. Pour l'humilier, le souverain pontife le fit attendre plusieurs jours sous la neige avant de lui accorder audience.
Nous devons l'expression à Bismarck.
Être bas-bleu
Comme une pédante britannique
Au XVIIIe siècle, la mode était, des deux côtés de la Manche, aux salons littéraires.
À Paris, le plus couru était celui de Mme du Deffand et, à Londres, celui de Mme Montaigu. Elles aimaient réunir autour d'elles de brillants esprits. D'un côté, on venait écouter Fontenelle, Montesquieu, Marivaux et les Encyclopédistes ; de l'autre, l'Histoire ne daignera se souvenir que du nom de Benjamin Stillingfleet, auteur mondain, lui accordant pour seul talent le fait de porter des bas bleus, achetés précisément à Paris.
Il fut bientôt imité par toutes ces dames qui fréquentaient le salon de Mme Montaigu qui baptisa son cercle le Bas-Bleu Club (en français, s'il vous plaît !). Le nom est resté dans les deux langues pour qualifier tous les pédants et particulièrement les femmes pédantes.
Faire la figue à quelqu'un
Comme Barberousse
L'empereur germanique Frédéric Ier Barberousse avait vu son épouse l'impératrice ridiculement chassée de Milan par ses habitants qui l'avaient forcée à quitter la ville, montée à l'envers sur une mule.
Ayant reconquis la ville en 1162, il s'était vengé en obligeant chacun des otages milanais à retirer avec ses dents une figue fichée dans le cul d'un âne. Les Italiens commémorent cette vengeance de l'empereur germanique par un geste obscène qu'ils appellent far la fica, consistant à pointer le bout du pouce entre l'index et le majeur.
Prout prout ma chère !
Pour désigner un homosexuel et, par extension, un homme au comportement précieux. Souvent dit avec une intonation affectée.
« − Oui, tiens, excuse-moi, j'y vais carrément : tu fais tante !
− Tante ? Oh ! quel vilain mot...
− Oui, tata, tantouze, pédé, pédale, prout, ma chère, j'te jette un cil ! »
Robert Sabatier, in Boulevard
Ce n'est pas un foudre de guerre
Il ne fait pas d'étincelles
Par analogie avec la puissance de l'éclair, le mot foudre au masculin s'employait au XVIe siècle pour qualifier le grand capitaine, le guerrier de génie que tous craignaient comme la foudre.
L'expression ne s'emploie plus qu'ironiquement.
Fayoter
L'adjectif fayot est issu de l'argot militaire : le fayot, haricot sec de qualité médiocre, était (est ?) l'aliment de base des cantines de caserne et de prison.
Est-ce parce qu'il revient souvent dans les assiettes des recrues que le fayot en est arrivé à désigner le sous- officier rengagé ???
Attestée dès 1833, l'expression était employée pour parler d'un militaire de carrière à l'esprit borné, qui en rajoute sur le chapitre de la discipline et des obligations. Ce n'est qu'en 1881 que fayot prendra son sens moderne de flatteur à l'excès.
À noter que le verbe connaît deux graphies : fayotter et failloter, quand il s'agit de faire de l'excès de zèle...
Traîneur de sabre
Surnom du militaire
Dans quelques métiers où se côtoient civils et militaires, comme dans l'aviation, le vieux surnom de traîneur de sabre est resté, la désuétude de l'arme ajoutant à l'ironie du mot. Mais le militaire a de quoi riposter au civil, vil péquin qui ne connaît rien aux grandeurs de l'uniforme.
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