Victor Hugo, Ruy Blas, III, 2 (1838)
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Clochemerle
Roman de Gabriel Chevallier (1934)
Chaque pays a son Clochemerle. Qu'un problème mineur,
mais épineux et impossible à résoudre, mette en émoi les
habitants d'un hameau, et l'ombre du petit village
beaujolais vient planer sur les débats.
Au vrai, c'était moins l'insolubilité du problème que
l'entêtement des parties qui était en cause dans le roman
de Chevallier. À Clochemerle-en-Beaujolais, le maire,
Barthélémy Piéchut, veut en effet poser un acte « qui fasse
éclater la supériorité d'une municipalité avancée et fasse
pénétrer le progrès dans les campagnes ».
On pense bien à bâtir une bibliothèque ou à graver Liberté- Egalité-Fraternité sur le mur du cimetière, mais on finit par adopter le projet du maire : bâtir un urinoir. Entreprise révolutionnaire s'il en est, puisque l'édicule prendra place à côté de l'église, sous les fenêtres de justine Putet, principal bastion de la pudeur bigote.
On pense bien à bâtir une bibliothèque ou à graver Liberté- Egalité-Fraternité sur le mur du cimetière, mais on finit par adopter le projet du maire : bâtir un urinoir. Entreprise révolutionnaire s'il en est, puisque l'édicule prendra place à côté de l'église, sous les fenêtres de justine Putet, principal bastion de la pudeur bigote.
Devant les luttes fratricides qui déciment le village-rue, il
faudra faire venir la troupe et, le ministère étant sur le
point de tomber, le président du conseil doit interrompre
une conférence internationale sur le désarmement.
L'urinoir de Clochemerle mit donc en péril la paix du
monde.
De deux maux il faut choisir le moindre
Thomas de Kempis (?), Imitation de Jésus Christ, III,
12, 3 (Xvème siècle)
Céder le pas à quelqu'un
Question d'étiquette
Dans la société de l'Ancien Régime, tout était formalisé. L'étiquette l'exigeait. En fonction de son rang, chacun avait sa place. Dans une procession ou dans la salle du trône, certains avaient le pas sur d'autres qui devaient leur céder le pas, les laisser passer devant.
Élevé à la spartiate
Une éducation d'une dureté et d'une rigueur extrêmes
Sparte, république de la Grèce ancienne, connut un pouvoir grandissant siècle après siècle, doublant sa population en quelques décennies. Joignant à sa puissance militaire et politique le développement des arts et des lettres, Sparte devint le premier des États de la Grèce.
De tels résultats ne pouvaient être atteints que grâce à une population prise en main et éduquée à la spartiate. Afin de devenir robuste, brave et pur, rompu à toutes les activités physiques, habitué à connaître et accepter volontairement toutes sortes de privations, à faire preuve d'un patriotisme exacerbé, le citoyen de Sparte était, dès son plus jeune âge, fondu dans un moule.
Chaque nouveau-né devait être présenté par ses parents aux 28 membres du Sénat de Sparte qui décidaient si l'enfant devait vivre ou être tué. Les critères de choix étaient la bonne santé et la robustesse du nourrisson. Tout bébé chétif était impitoyablement éliminé, son corps jeté dans un ravin. L'enfant restait dans sa famille pendant sept années puis pris en main par l'État.
L'éducation physique et militaire primaient. Discipline, bravoure, sens de la collectivité, dévouement pour l'État étaient inculqués à tous.
Afin de se confronter aux périls de la vie, le jeune Spartiate, alors âgé de vingt ans, devait subir l'épreuve de la survie en rase campagne. Pendant deux ans, livré à lui-même, il se transformait en fauve pour survivre. Il était autorisé à tuer les ilotes, esclaves totalement soumis à l'État, afin de s'endurcir au combat.
Le vol à Sparte était quasiment et même encouragé, toujours dans l'optique de dresser les citoyens à subvenir à ses propres besoins par tous les moyens. À Sparte, le mariage était obligatoire et les jeunes filles subissaient le même traitement que les hommes, s'entraînant à se battre entre elles presque nues dans les gymnases.
Les Spartiates étaient susceptibles d'être mobilisés pour la défense de la République, jusqu'à soixante ans, autant dire toute leur vie. Les périodes militaires étaient alors régulièrement organisées pour réactiver leur ardeur guerrière.
Faire partie du sérail
À l'origine, ce mot persan désignait le palais du sultan et son harem, lieu où seuls les familiers étaient admis, milieu restreint réservé aux favoris du prince.
Aujourd'hui, par extension, un homme politique fait partie du sérail quand on peut dire de lui qu'il est un fidèle du président ou Premier ministre ; bien que souvent dans l'ombre de son maître, il est informé des dessous, des secrets, des intrigues, mystères et arcanes du pouvoir avant de connaître, à son tour, un poste de responsabilité au grand jour.
Depuis peu, certains membres du gouvernement ne font plus partie du sérail, venant de ce qu'il est convenu d'appeler la société civile.
Fumer le calumet de la paix
Se réconcilier
C'est s'assurer des intentions pacifiques de quelqu'un, comme faisaient les Indiens, qui faisaient fumer à leurs voisins, en signe de paix, la longue pipe rouge nommée calumet, le calumet de guerre étant de couleur blanche ou grise.
Le mot calumet n'a rien d'exotique, si la chose l'est : calumet n'est autre que la variante de chalumeau, désignant le long tuyau d'une pipe. On dit aussi offrir le calumet de la paix : offrir une trêve, faire la paix.
La coutume indienne de fumer une pipe à long tuyau, symbole de participation collective, pendant les conseils, avait frappé les observateurs occidentaux. Voltaire, Chateaubriand emploient l'expression calumet de (la) paix.
La trêve des confiseurs
C'est le coup de feu pour eux
Aux temps féodaux, l'Église imposait aux princes la trêve de Dieu, leur interdisant de combattre pendant l'Avent, le Carême et Pâques. Il existait aussi une trêve marchande pour que le commerce entre belligérants puisse quand même être assuré. Économie oblige !
La trêve des confiseurs est plus récente. Elle a lieu entre Noël et le Nouvel An quand l'usage veut que toutes les activités politiques et diplomatiques s'arrêtent. Il faut bien que de temps en temps les députés puissent retourner dans leur circonscription pour échanger des confiseries à la place des discours.
Langue de bois
Parlée derrière le rideau de fer
Le pesant langage administratif de la bureaucratie tsariste avait déjà été affublé du nom de langage de chêne. Le terme sera repris par les Polonais dans les années 70 pour qualifier le langage du parti communiste au pouvoir.
Quelques échantillons de cette langue de bois : derrière le terme difficultés temporaires, il fallait lire manque chronique de marchandises dans les magasins ; une grève dans une usine était qualifiée d'absence d'une partie des travailleurs ; et les plus hautes mesures de protection sociale étaient un euphémisme pour parler des fusillades au temps de Staline !
Le sabre et le goupillon
L'alliance de ces deux mots formait une locution courante au XIXème siècle, pour désigner les forces politiques conjointes du nationalisme et du cléricalisme.
Elle fait image et elle est d'époque, puisqu'on appelait alors, sans gentillesse, les officiers et les sous-officiers les traîneurs de sabre, et que le goupillon est l'aspersoir qui à l'église sert à prendre l'eau bénite et à la répandre sur les objets que le prêtre bénit.
Le sabre était le symbole du pouvoir militaire et le goupillon celui du clergé. Il sied, en passant, de noter que le mot goupillon est, comme 30 % des mots de notre langue, un exemple de déformation par attraction.
On disait au XIIe siècle, guipellon, au XIIIe siècle guipillon, et Ménage encore au XVIIe siècle, emploie le terme guépillon ; le mot venait de guiper (germanique weipan, festonner) qui signifiait broder d'ornements une étoffe et en particulier, la recouvrir ou de soie ou de laine.
La ressemblance du guipillon avec une queue de goupil (autrement dit de renard), et peut-être même l'emploi dans les églises de village d'une queue de renard pour l'aspersion d'eau bénite ont fait naître au XVe ou au XVIe siècle le terme de goupillon.
OK ?
O.K. est un emprunt anglo-américain que l'on date généralement de 1869.
A.W. Read a démontré dans The Saturday Review of Literature du 10 juin 1941 qu'il s'agissait du signe oll korrect, altération graphique de all correct (tout bien, tout est bien), équivalent familier de l'anglais all right. Ce type d'altération fantaisiste paraît avoir été usuel dès le début du XIXème siècle sur la côte Est des États-Unis où l'on a écrit et dit O.W. pour all right, interprété oll right.
O.K. est d'abord attesté à Boston en 1839, avant d'être repris à Nex York lors de la campagne présidentielle mouvementée de 1840, comme symbole écrit et parlé du O.K. Club ou Kinderhood Club, comité démocratique de New York rallié au président en exercice, Martin van Buren, appelé par ses partisans Old Kinderhood, d'après le nom de son lieu de naissance.
Le parti opposé, le Whig Party (1834-54) d'origine bostonienne, s'empare du sigle et du symbole en en changeant la signification. Certains attribuent au président Andrew Jackson (1767-1845) l'habitude d'apposer les lettres O.K. sur les documents (all correct) pour donner son accord, mais on n'en a aucune attestation fiable.
Le mot s'écrit aussi okay ou okeh, et certains, enfin, ont voulu y voir un mot d'origine hollandaise ou indienne, sans que rien ne permette une fois de plus de l'affirmer (mais c'est bon de le citer, ça fait deux lignes de plus).
On a même évoqué une origine française, au quai, mais l'anecdote a été inventée bien après.
En France, O.K. est d'abord employé comme attribut après le verbe être, puis comme interjection (1931), mais reste rare avant la guerre de 39-45. Aujourd'hui, il est répandu dans le monde entier et en français, où il a pris une fréquence énorme, se substituant à d'accord, ça va, oui, et à tout type de réponse positive dans la conversation.
Mais sa valeur positive tend à céder la place à fous-moi la paix, on verra plus tard, tu me gonfles : « dans O.K. nous raconte encore Claude Sarraute dans son désopilant billet du Monde (janvier 1986), il y a maintenant une connotation impatiente et distraite. »
O.K. ?
Opiner du bonnet
Le bonnet est apparu au début du XVe siècle et il est resté très longtemps la coiffure courante des femmes comme des hommes.
Voici son historique tel qu'il est donné au XVIIIe siècle par Mœurs et coutumes des Français, de Le Gendre, cité par le Dictionnaire de Trévoux :
« On commença sous Charles V à abattre sur les épaules l'aumusse [coiffure de peau d'agneau avec le poil] & le chaperon, & à se couvrir d'un bonnet ; si ce bonnet étoit de velours, on l'appelait mortier ; s'il n'étoit que de laine, on le nommoit simplement bonnet. Il n'y avoit que le Roi, les Princes & les chevaliers qui se servissent de mortier ; le bonnet étoit la coiffure du clergé & des gradués : le mortier fut peu à la mode ; les bonnets y ont toujours été, avec cette différence, qu'autrefois ils n'étoient pas de laine, & que depuis environ cent ans, on ne les fait plus que de carte que l'on couvre de drap ou de serge. »
Cette histoire est malheureusement partiellement inexacte. D'abord, les mortiers n'ont été nommés ainsi qu'au XVIIe siècle par comparaison avec une machine de guerre (large bouche à feu très courte) pour désigner la toque des magistrats. Ensuite ce Le Gendre ne parle là que des bonnets rigides des officiels, les gros bonnets qui dirigent les autres.
Mais précisément, ce sont eux qui, dans les assemblées de justice ou autres, opinent, c'est-à-dire donnent leur opinion − le mot a fini par se spécialiser sur une seule opinion au sens d'approuver.
Or, c'était dans les conseils une forme de vote que d'ôter son bonnet pour marquer son adhésion à l'avis de l'orateur sur la question débattue − un vote, non à la main levée mais à bonnet levé.
« On dit figurément qu'une question passe du bonnet, lorsque tout le monde est du même avis, ou qu'on opine sans raisonner & selon le sentiment de ceux qui ont déjà opiné », explique Furetière.
Selon lui, il s'agirait même d'un vote à l'unanimité.
Se mettre en rang d'oignons
Au temps où l'étiquette était reine, l'expression n'avait pas le sens de se mettre simplement en rangs (au pluriel) mais de se placer dans un rang (le terme est au singulier) où se trouvaient des gens de plus haute condition que la sienne. Un proverbe disait : « Bien des gens se mettent en rang d'oignons et ne valent pas une échalote. »
Ce rang d'oignons faisait référence à la manière dont les gens de la campagne assemblaient les oignons en bouquet ou en torche avec des liens de paille en plaçant les plus gros en premier et ensuite les autres.
Rien à voir donc avec un hypothétique baron d'Oignon, qui aurait été maître de cérémonies aux États Généraux de Blois en 1576 et qui assignait sa place à chacun. Il n'existe du reste aucun château, village ou lieu-dit portant ce nom.
Taillable et corvéable à merci
À l'origine, la taille et la corvée étaient des impôts, le premier levé par le roi et le second par le seigneur. Ces impôts n'étaient perçus que sur les roturiers ; seuls les nobles et les ecclésiastiques en étaient exempts, le peuple était, lui, taillable et corvéable à merci.
La taille devait tout d'abord être un impôt temporaire que les souverains levaient pour tenir lieu de service militaire et pour subvenir à l'entretien de la troupe. Elle s'appliquait à une certaine quantité de denrées que l'on coupait ou taillait en deux parts, l'une pour le souverain, l'autre pour le contribuable.
Au XIe siècle, la taille fut étendue pour participer aux frais de mariage de la fille du roi, puis pour payer les rançons et ensuite pour aider aux Croisades. De temporaire, la taille devint annuelle et les ecclésiastiques, pour imiter leur roi, décidèrent eux aussi de la percevoir sur le dos du peuple quand le pape réclamait une aide financière.
Tous les seigneurs, des plus puissants aux plus humbles, taillèrent leurs sujets à merci mais quand un gentilhomme était dégradé, lui aussi devenait taillable. Le roi avait la possibilité de modérer les excès de ses seigneurs si ceux-ci abusaient de leur pouvoir.
Sous Louis XI, cet impôt s'élevait à 31 millions de livres, sous François Ier, il passa à 9 millions et sous Henri III, culmina à 32 millions pour descendre à 23 millions à la Révolution avant d'être définitivement supprimé... mais remplacé !
La corvée, elle aussi, était un impôt féodal payé en nature. Les serfs et gens de main morte étaient taillables et corvéables à merci, c'est-à-dire qu'ils devaient travailler un jour par semaine pour le seigneur, soit 52 jours par an. Et comme le clergé leur interdisait de travailler le dimanche et durant près de 50 jours de fêtes religieuses, les corveieurs n'avaient plus qu'environ 200 jours pour nourrir leur famille.
Aux corvées seigneuriales venaient s'ajouter les corvées royales pour l'entretien des routes et des chemins. L'impôt devenant de plus en plus lourd, les gouvernements successifs des rois Louis XII, Charles IX et Henri III, qui souhaitaient mettre un terme à la féodalité, parvinrent à en limiter les excès. Il fut ordonné qu'il ne pourrait y avoir plus de 12 corvées par an, pas plus de 3 corvées par mois et qu'elles devraient être espacées dans le temps.
Le peuple, néanmoins écrasé par cet impôt, méprisé et traité comme du bétail, exploité sans retenue, se souleva sous Louis XIV.
Quand, en 1673, on établit le papier timbré à un sou la feuille, puis le monopole du tabac à 20 sous la livre, la révolte fut terrible et sanglante en Bretagne où les paysans brûlèrent de nombreux châteaux après avoir molesté leurs occupants. En juin 1675, le Code paysan exigea l'abolition en Armorique du droit de champart (perception sur lhéritage) et de corvée. En 1776, Turgot fit supprimer la corvée, cet impôt inique dont l'abolition est ô combien symbolique d'une première faille dans les prérogatives et privilèges des nobles et ecclésiastiques ! La Convention nationale décida en 1793 que personne à cette date ne serait plus, en France, taillable et corvéable à merci, du moins au sens propre de la locution !
Tomber en quenouille
Aux mains d'une femme !
Symbole de la femme depuis l'Antiquité, la quenouille s'oppose au glaive de l'homme. Le patrimoine − son nom est assez explicite pour ça − devait rester entre les mains du père. Si, par quelque succession, il devenait propriété d'une femme, il ne pouvait qu'être menacé de ruine : c'est bien le sens de tomber en quenouille.
L'expression est souvent évoquée à propos de la loi salique exhumée en 1317 pour exclure les femmes de la succession de la couronne de France quand Louis le Hutin mourut sans héritier mâle.
C'était la loi de succession chez les Francs Saliens qui habitaient au temps de Clovis sur les rives de l'Islel, un bras du Rhin. Chez leurs voisins, les Francs Ripuaires, la coutumes était d'offrir à une jeune fille libre qui s'était unie à un esclave, une quenouille et une épée. À elle de choisir : devenir elle aussi une esclave... ou trancher la gorge de son amant !
Turlupiner
Né aux environs de 1615, le verbe turlupiner était employé au sens intransitif de se livrer à des plaisanteries de mauvais goût aussi bien que pour faire de quelqu'un l'objet de mauvaises plaisanteries dans une acception cette fois-ci transitive (1695).
Ces deux acceptions sont aujourd'hui sorties d'usage, le mot prenant sens de tourmenter (quelqu'un) (1790). Turlupiner est directement issu du mot turlupin, nom et adjectif (XIVe siècle) d'origine inconnue. Il a d'abord désigné un membre d'une secte hérétique et, également au XIVe siècle, est relevé au sens de rieur, badin. Le caractère expressif du mot fait supposer à Pierre Guirand qu'il a pu être compris comme un composé tautologique de turlu(ete) (flûte de berger) et du dialecte pine (sifflet d'écorce) ; ce qui pourrait expliquer l'évolution des sens.
Turlupin a qualifié une personne qui ne prend pas au sérieux les choses religieuses (1485), d'où le sens de coquin chez Rabelais, où il est altéré en tirelupin, et peut-être celui de fainéant, parasite, au XVIIe siècle comme surnom (1612) d'un personnage hypocrite créé par Henri Legrand (1583- 1634), comédien de l'Hôtel de Bourgogne.
De là, il est employé comme nom commun pour désigner un comédien de la foire qui débite des plaisanteries de mauvais goût et, par extension, un mauvais plaisant (avant 1654). En ce sens, il a vieilli.
Il a refait son apparition dans le vocabulaire politique contemporain en 1978... Enfin, lié au théâtre, le mot a été employé aussi pour mauvais acteur (fin XIXe siècle, Huysmans).
Sans oublier de saluer le splendide roman picaresque de Léo Perutz, Turlupin...
Verbatim
Transcription au plus près d'une conversation d'ordre diplomatique
Ce mot de bas latin (littéralement il aurait dit, soit mot à mot) est resté de haute diplomatie.
Aller à Canossa
Pour faire amende honorable
Henri IV, l'empereur d'Allemagne, pas le roi de France, fut frappé d'excommunication lors de la querelle des Investitures en 1077. Pour faire lever la sentence, il demanda à être reçu par le pape Grégoire VII qui résidait au château de Canossa près de Modène. Pour l'humilier, le souverain pontife le fit attendre plusieurs jours sous la neige avant de lui accorder audience.
Nous devons l'expression à Bismarck.
Faire des crasses
L'origine historique de cette locution, empruntée à la langue familière sinon argotique, ne peut être attestée avec certitude mais pourrait bien remonter à l'époque romaine.
Dans les années 60 avant J.-C., dans sa soif de conquêtes, Jules César envahit la Gaule sous le prétexte d'éloigner Arioviste et ses hordes, qu'il reconduisit au-delà du Rhin.
Une fois les Germains repoussés, les Romains oublièrent de regagner leurs bases et s'installèrent en Gaule. Cette situation déplut aux Armoricains qui se rebellèrent dans leur péninsule.
César, dont l'autorité ne supportait pas d'être bafouée, même par les ancêtres d'Astérix, décida de soumettre ce peuple impudent et envoya les 5000 hommes de la légion de Crassus, officiellement pour protéger l'Armorique d'autres invasions.
Les protecteurs tentèrent de faire régner la pax romana par la force quand cela était nécessaire. Venus officiellement pour apporter de l'aide de Rome, Crassus se comporta comme en pays conquis profitant de la situation d'une façon éhontée.
Devant les crasses de Crassus (dont le nom signifie en latin stupide, grossier), les Armoricains se rebellèrent et l'envoyé de César, de protecteur officiel, se transforma en occupant preneur d'otages.
L'hiver suivant son arrivée, Crassus voulut réquisitionner toutes les réserves de blé de la péninsule sans doute comme tribut de sa bienveillante protection. Mais dans plusieurs petits villages tranquilles d'Armorique bien connus (!), cet impôt fut refusé et les envoyés de Crassus furent capturés et gardés comme monnaie d'échange contre les otages que détenaient toujours les Romains.
Ce qui est certain, c'est que César contraignit définitivement les Armoricains après la défaite navale qu'il leur infligea dans le golfe du Morbihan en 56 avant J.-C.
Fier comme Artaban
En droit d'être fier
Tout autre le serait à moins. Le nom de ce fier mais obscur roi des Parthes est passé à la postérité grâce à un roman de 4153 pages, Cléopâtre, écrit par un certain Gaultier de La Calprenède, auteur au XVIIe siècle de fictions historiques.
Artaban représente le type même de l'amant dont la fierté est demeurée légendaire.
Bien avant cela, au début de notre ère, Artaban fut le nom de six princes persans. Artaban III, roi des Parthes de l'an 18 à 44 après J.-C., fut détrôné deux fois et réussit toujours à remonter sur le trône. Il demeura le symbole de la fierté de son peuple en résistant aux influences helléniques, chaldéennes et romaines.
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