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L'emporter au Paradis

D'une extrême pauvreté
Le Seigneur a donné, le Seigneur a repris, que le nom du Seigneur soit béni.
AT - Livre de Job, livre 1, versets 13 à 22



Talent

Disposition naturelle, don divin
Si le mot n'est pas d'origine biblique, le sens actuel dérive directement de la parabole des talents telle qu'elle est interprétée au 12ème siècle.
En grec, talent désigne le plateau d'une balance et plus particulièrement d'un poids de 20 à 27 kg qui servait d'unité de compte, en argent ou en or. Ainsi, un maître confie ses richesses à ses esclaves. Le premier fait fructifier les 5 talents d'argent tandis que le second les enterre.
À son retour, le maître donne un talent au premier et traite le second de paresseux car, à tout homme qui a, on donnera et il sera dans la surabondance ; mais à celui qui n'a pas, même ce qu'il a lui sera retiré.  Cruauté ? non, la parabole ne fait que condamner ceux qui, ayant reçu un don du ciel ne l'exploitent pas et le laissent dormir.
NT - Évangile selon saint Matthieu, livre 25, versets 14 à 30



Veau d'or

Symbole de l'argent et de son pouvoir
L'expression rappelle un épisode condamnant l'idolâtrie : quand Moïse, grimpé sur le mont Sinaï, papotait avec Dieu, le peuple s'impatientant demanda à Aaron de lui confectionner un dieu; ce qu'il fit à partir des boucles d'oreilles en or des femmes. Il lui donna la forme d'un veau, évoquant ainsi les dieux égyptiens (vache Hathor ou taureau Apis) ou le dieu-lune des Mésopotamiens, figuré par un jeune taureau dont les cornes apparaissent dans le croissant lunaire. Le nom de ce dieu-lune, Sin, n'est pas sans rappeler le désert de Sin et le mont Sinaï : le culte du Veau d'or serait une résurgence du culte lunaire, en faveur chez les peuples nomades.
Par extension, la statue de métal est devenue le symbole de la condamnation de l'oisiveté qu'engendre l'adoration de l'or. D'un autre côté, pour leur rendre leur énergie, Moïse commande aux Hébreux d'aller de porte en porte à travers le camp et de tuer qui son frère, qui son ami, qui son proche... trois mille hommes tombèrent ce jour-là...
AT - Exode, livre 32, versets 1 à 35 ; Deutéronome, livre 9, verset 16 ; Première épître aux Romains, livre 12, verset 28 ; Deuxième épître aux Romains, livre 10, verset 29 ; livre 17, verset 16 ; Livre d'Osée, livre 8, versets 5 et suivants


Bon appétit, messieurs !

Victor Hugo, Ruy Blas, III, 2 (1838)
Ainsi stigmatise-t-on encore ceux qui se réunissent pour se partager le gâteau , requins de la politique ou de la finance.


Le temps c'est de l'argent

Théophraste, selon Diogène Laërce, V, 2, 40 (IIIe siècle ACN)
La traduction littérale du grec dit « Le temps est une dépense somptueuse ». La traduction anglais est plus élégante, « Time is money ».


Manger son blé en herbe


Rabelais, Tiers Livre, ch. II (1546)

« Je vous vois, Monsieur, ne vous en déplaise, dans le grand chemin que tenait Panurge, prenant l'argent d'avance, achetant cher, vendant bon marché, et mangeant son blé en herbe. » : Cette réprimande de La Flèche au fils de l'Avare (II, 1) montre qu'au temps de Molière une expression proverbiale attestée au XVIe siècle bien avant le Tiers Livre était déjà devenue allusion littéraire.
Les recueils de proverbes médiévaux étaient riches en formules imagées, très concrètes, qui passèrent au laminoir classique et ne furent souvent épargnées qu'au titre d'allusions littéraires. Le chapitre où maître François explique « comment Panurge feut faict chastellain de Salmigondin en dopsodie, et mangeoit son bled en herbe » donnait un sens nouveau aux mots de l'expression. 
Dilapider les revenus de la châtellenie en ripailles et banquets relève certes de l'imprévoyance du paysan coupant son blé avant maturité. Mais, à Pantagruel qui lui fait la leçon, Panurge réplique que c'est agir en ermite que vivre de salades et de racines : et la Tempérance est au nombre des vertus cardinales. Bien mieux, le médecin en Rabelais ne manque pas de donner un cours de diététique que ne désavoueront pas les modernes secateurs du germe de blé : « Du bled en herbes vous faictez belle saulce verde de légière concoction, de facile digestion... » et de bien d'autres vertus...

En 1923, Colette, elle aussi, subvertit le proverbe en montrant comment une femme mûrissante pouvait manger en herbe un adolescent.


Nerf de la guerre

L'argent

Expression attribuée à Démosthène par Eschine, contre Ctésiphon, 166, connue par Machiavel, qui la contredit dans Discours sur la première décade de Tite-Live, II, 10 (ca 1516).
Démosthène parle en fait de nerfs de la démocratie.




Au bas mot

Au minimum
Au plus bas prix
D'abord au minimum, l'expression a pris le sens d'au plus bas prix d'après le sens spécial de mot, prix offert ou demandé pour une marchandise. 
L'expression marque le niveau inférieur d'une évaluation quantitative. 


Au marc le franc

En cas de faillite
Rien à voir avec le serpent monétaire ou le marc de Bourgogne.
Au Moyen Âge, un marc était un poids de 8 onces (245 g) qui servait à peser les monnaies. Il a donné son nom au Mark allemand. L'expression signifie littéralement : pour le poids d'un marc, tant de francs. Elle ne s'emploie plus que dans un jugement de faillite pour dire que les créanciers seront payés au prorata de leur créance.




Avoir du bien au soleil

Les gens riches ont du bien au soleil, des terres, des tours, des maisons, des forêts, des ranches en Amérique, plein de choses que le soleil éclaire quand il fait beau...
L'expression se comprend d'elle-même, d'autant qu'il fait souvent beau pour les gens riches !
Pourtant, quand on dit que quelqu'un a de l'argent, cela devient un petit peu moins logique, à moins de penser que les banques sont des endroits particulièrement bien exposés !
Il paraît y avoir comme une aberration du langage...
En fait, il s'agit d'une survivance un peu troublée d'une époque où l'on disait, pour désigner de grosses économies : ils ont des écus au soleil
En effet, du règne de Louis XI à celui de Louis XIII, l'écu au soleil était une pièce d'or qui valait 10 livres (au lieu de 3 pour l'écu d'argent ordinaire).
« Ils portaient un soleil à huit rayons au-dessus de la couronne royale, d'où leur nom d'écu au soleil. »
C'est à ces pièces que Mascarille fait allusion dans les vers où il proclame que certaines vertus s'évanouissent : 
« Aux rayons du soleil qu'une bourse fait voir. »
Ce sont les mêmes dont parle Rabelais ci-dessous :
« ... faisant sonner ses gettons comme si ce feussent escus au soleil. »
Ces pièces étant peu à peu sorties du souvenir, on continua à citer des écus au soleil en signe de richesse, et le changement de motivation a probablement aidé à fixer la notion de biens au soleil dans le sens plus général.


Avoir du foin dans ses bottes

Double signe extérieur de richesse
Le pauvre portait des sabots, le riche pouvait se payer des bottes. Pour se protéger du froid l'hiver, le pauvre y mettait de la paille, le riche du foin, car le foin avait plus de valeur que la paille. Il a mis du foin dans ses bottes était la forme première de l'expression.
Furetière note en 1690 qu'elle se dit de ceux qui sont venus de bas lieu, qui ont fait de grandes fortunes par des voies illicites. Avoir du foin dans ses bottes n'a plus aujourd'hui cette connotation péjorative et n'indique plus qu'une fortune bien établie.


Avoir maille à partir

Pour un p'tit sou à partager 
Au temps de la cour des Miracles, n'avoir ni sou ni maille, c'était être pauvre entre les pauvres. La maille (du latin mediala, demi-pièce) était une piécette de cuivre. Comme l'obole, elle valait un demi-denier, le 24e d'un sou. C'était la pièce habituelle que le bourgeois jetait aux miséreux qui se pressaient sur les degrés des églises, provoquant à tout coup batailles et disputes. Impossible en effet pour les gueux de se partager une maille, de la départir, comme on disait alors, car c'était la plus petite pièce de monnaie existante. Il ne leur restait plus qu'à se disputer, sens actuel de l'expression.


Avoir quelqu'un dans sa manche

Avoir un homme sous la mai
Les notables, les marchands du Moyen Âge portaient d'amples robes fourrées dont les larges manches leur servaient de poches. Ils y serraient à portée de la main leur bourse, symbole de leur puissance et de leur richesse qui leur permettrait d'acheter les services de quiconque. Des manches si larges qu'on pouvait imaginer qu'elles auraient pu dissimuler un homme prêt à agir pour le compte de son maître. Une façon imagée d'avoir un homme sous la main.


Avoir un bœuf sur la langue

Vieux calembour grec 
Au temps d'Homère, posséder ne serait-ce qu'un seul bœuf, c'était déjà être riche. La richesse se calculait alors en bœufs : Tel collier en or et ivoire valait dix bœufs, un bon cuisinier s'échangeait contre six bœufs. 
Égorger un bœuf sur l'autel d'un dieu était une offrande inouïe. Rien donc de plus normal en soi que les premières monnaies aient été frappées à l'effigie d'un bœuf et non à celle d'un prince ! 
Quand un Grec voulait acheter le silence de quelqu'un, il faisait mine de lui glisser dans la bouche une de ces pièces frappées du bœuf. Il lui mettait un bœuf sur la langue (bous epi glossa). 
Les grecs affectionnaient tout particulièrement ce calembour car dans leur langue, bous signifiait à la fois bœuf et argent.


C'est Byzance !

S'exclame-t-on devant des richesses à profusion, une abondance de biens ou de luxe démesuré. 
Istanbul, autrefois Byzance ou Nouvelle-Rome, fut aussi nommée Constantinople du nom de l'empereur Constantin qui, forcé de quitter Rome, décida d'y faire établir l'Empire. Sa situation sur le Bosphore, la Corne d'Or, eut tôt fait d'attirer les ambitieux. Après Darius, roi de Perse, les Athéniens s'en emparèrent ; ce fut le début d'un essor remarquable et d'un commerce florissant. La ville fut agrandie et embellie. 
Quand elle fut soumise à l'autorité de Rome, l'expansion de Byzance se développa encore grâce au droit de péage exigé pour accéder à la mer Noire, ce qui permit un contrôle total du commerce dans cette région. Les arts y furent encouragés et l'architecture byzantine se propagea jusqu'en Occident, surtout en Italie (Pise, Venise, Ravenne). Palais impériaux, curie, thermes dignes de Caracalla, temples et plus tard églises, firent, au cours des siècles, la renommée de la ville.
Cette ville fut symbole de profusion et d'opulence. Jusqu'au Xe siècle, les architectes continuèrent d'élever des monuments remarquables, multipliant dômes et coupoles. Les sculpteurs idolâtraient les empereurs par des statues d'or et d'argent. Ces excès amenèrent finalement une décadence et dégénérescence de l'art byzantin, dues à une absence d'inspiration mêlée à une prodigalité excessive d'ornements et de mosaïques.
Malgré une fin moins glorieuse, Byzance demeure cependant dans nos esprits le symbole de fastes et de somptuosité.


Chez ma tante

Point n'est besoin d'inventer de toutes pièces une anecdote à propos de la tante d'un personnage célèbre tombé dans la dèche. Il s'agit tout simplement d'un terme ironique à l'adresse de tous ceux qui n'osent pas avouer avoir mis au clou leurs derniers objets précieux et qui prétendent avoir eu recours à un emprunt à leur famille.
La tante est ici la féminisation de mon oncle comme on appelle depuis toujours en Belgique le prêteur sur gages.


De bon aloi

Certifié 18 carats 
Chaque seigneur avait pouvoir de battre monnaie. Casse-tête pour les marchands allant de foire en foire : comment s'y retrouver entre les livres tournois frappées à Tours, les livres parisis de Paris, ou encore les besants, les ducats et les pistoles qui avaient cours à travers toute l'Europe ? Sans compter la fausse monnaie ! 
Même les princes en frappaient, rognant sur le titre du métal de leurs pièces d'or. Il fallait vérifier non seulement le poids de chaque pièce en la pesant au trébuchet, mais aussi son titre en carats à l'aide d'une pierre de touche qui indiquait si elle présentait un bon ou un mauvais aloi (de l'ancien français aloier, fondre un alliage).


De l'or en barre

Une valeur sûre 
Allusion aux lingots d'or. 
« [...] notre grand trésorier, au lieu de nous payer en Jules, ne nous a proposé que des billets sur les monts-de-Piété, ou Banco del Spirito Santo. Quoique ces billets valent ici de l'or en barre, ils ne font cependant pas notre compte », Charles de Brosses, Lettres d'Italie, tome II