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Bon pasteur, bon berger

Homme dévoué jusqu'à la mort
Le Bon Pasteur est celui qui donne sa vie pour ses brebis, à l'opposé du berger mercenaire qui fuit devant le loup. Il désigne le Christ par opposition aux prêtres de l'ancienne Loi.
L'image du roi-pasteur est fréquente dans l'Orient ancien.
Les pharaons du Nouvel Empire se disent aussi pasteurs de leur peuple. La royauté sacrée des Assyro-Babyloniens se définit pareillement. Dans le code d'Hammourabi (prologue) est le premier titre que revendique le roi ; de même, dans l'épilogue, Hammourabi se vante de s'être bien acquitté du pastorat que lui avait donné Marduk.
NT - Évangile selon saint Jean, livre 10, verset 11
AT - Livre d'Ésaïe, livre 40, verset 11 ; Livre de Jérémie, livre 2, verset 8 ; livre 10, verset 21 ; livre 23, versets 1 à 3 ; Livre d’Ézéchiel, livre 34, versets 11 à 16 et 23



Faire des pompiers

Le verbe pomper était déjà connu au XIXe siècle pour exprimer la fellation. Alfred Devau note en 1864 la série alphabétique : Pomper le dard, pomper le gland, pomper le nœud. Toutes ces expressions sont encore bien vivantes, tant au sens propre que pour signifier l'exaspération. 
Les pompiers, par contre, ne sont apparus qu'au XXème siècle, et la première attestation du mot fut donnée par Cellard, en 1928. L'expression était même d'un usage courant dès la Seconde Guerre Mondiale : « Maintenant qu'elle était servie, qu'elle mordait hardiment dans ses biscottes, il n'y avait plus qu'à se retirer. Des lèvres à faire des pompiers qu'elle avait, pas d'erreur ! Je voudrais être biscotte... » (R. Guérin, L'Apprenti, 1946)
Le terme est toutefois aujourd'hui en perte d'usage. Le prestige de l'uniforme n'est plus.


Messieurs les ronds-de-cuir


Roman de Courteline (1893)

Rond de cuir, sorte de coussin circulaire, en forme de disque ou de couronne, sur les sièges des employés de bureau. L'emploi du terme par Courteline lui a donné la valeur métonymique d'employé de bureau.
Dès son apparition, rond de cuir suggère une activité mécanique et indolente, avec tous les contenus négatifs de bureaucrate.



C'est la réponse du berger à la bergère

L'expression c'est la réponse du berger à la bergère ne signifie rien d'autre que le mot de la fin, elle est généralement employée pour conclure une discussion. 
Pour mieux comprendre cette expression pastorale, voici tout d'abord la petite histoire du mot berger, d'abord bergier, et berchier (fin XIIe siècle), issu du latin populaire °vervecarius, lui-même dérivé de vervex (-> brebis), attesté sous la forme birbicarius, pâtre, pasteur vers 600 et sous la forme berbicarius en 698, puis au IXe siècle (Gloses de Reichenau).
Le mot désigne la personne chargée de garder les moutons et s'emploie quelquefois avec la valeur figurée de gardien (fin XIIe siècle), spécialement de guide spirituel, par allusion à la parabole biblique ; dans ce sens, il a été éliminé par le synonyme pasteur.
L'ancienne connotation péjorative de manant, homme lourd et grossier, courante en ancien français, a disparu, cédant la place au XVIIe siècle, à l'image littéraire du berger de poésie pastorale, évoquant la simplicité (parfois raffinée) des moeurs champêtres et la sincérité des sentiments...
De là l'expression l'heure du berger pour signifier le moment favorable de l'amant, puis généralement le moment favorable, l'occasion (1690). La locution contemporaine la réponse du berger à la bergère − et c'est bien celle-à qui nous préoccupe à cette heure (du berger...) vient du même contexte littéraire.


De bon aloi

Certifié 18 carats 
Chaque seigneur avait pouvoir de battre monnaie. Casse-tête pour les marchands allant de foire en foire : comment s'y retrouver entre les livres tournois frappées à Tours, les livres parisis de Paris, ou encore les besants, les ducats et les pistoles qui avaient cours à travers toute l'Europe ? Sans compter la fausse monnaie ! 
Même les princes en frappaient, rognant sur le titre du métal de leurs pièces d'or. Il fallait vérifier non seulement le poids de chaque pièce en la pesant au trébuchet, mais aussi son titre en carats à l'aide d'une pierre de touche qui indiquait si elle présentait un bon ou un mauvais aloi (de l'ancien français aloier, fondre un alliage).


Dernier cri

Réclame de crieurs 
À la sortie des bureaux, les rues de Paris résonnaient des cris des vendeurs de journaux à la sauvette : « Dernières nouvelles ! » 
Par analogie, les nouveautés proposées par les camelots des boulevards deviendront le dernier cri du jour, forme première de l'expression. Et les vêtements dans le vent, le dernier cri de la mode.


Donner du fil à retordre

Retordre du fil, c'est prendre deux ou trois fils simples et les tordre ensemble afin de donner un nouveau fil à deux ou trois brins, plus solide par conséquent que chacun des brins pris séparément.
C'est une opération qui, lorsqu'elle était faite à la main, présentait des difficultés ; d'abord parce qu'il fallait utiliser plusieurs canettes et posséder un certain doigté, ensuite parce que chacun des brins filés au fuseau n'étant pas d'une grosseur uniforme, les épaisseurs ou les minceurs se conjuguant au retordage, il était particulièrement difficile d'obtenir un fil retors raisonnablement uni, sans trop de bosses ou de parties ténues.
Ce travail donnait un mal de chien, et semble suffisamment justifié l'expression donner du fil à retordre, par comparaison au filage proprement dit qu'une fileuse entraînée depuis l'enfance effectuait par routine et sans y penser. 
« On dit aussi qu'on a donné du fil à retordre à quelcun, pour dire qu'on lui a bien donné de la peine et de l'embarras », dit Furetière.
Toutefois, Pierre Guirand est d'une opinion différente : « Donner du fil à retordre, donner de la peine me semble un jeu de mots technique, les métiers étant une des principales sources de ce type de calembour. La peine, en effet (du latin pedimus), désigne le fil de la chaîne d'une étoffe et qui forme une frange lorsqu'on enlève la pièce du métier. Cette peine est donc un fil qui doit être tordu, retourné à l'intérieur de la trame pour former la lisière. »
Outre que retourner cette frange n'est pas retordre, (le mot semble avoir toujours eu un sens technique précis), on voit mal comment cette opération très simple, et qui ne donne précisément aucune peine, aurait pu produire le calembour.
Par contre, tordre véhicule une idée d'adresse ou de force physique, avec le sens parfois de maîtriser quelque chose, dont retordre a dû profiter.


Faire la navette

Une navette (diminutif de nave ou nef, vaisseau à cause de sa forme de petite barque) est l'outil du tisserand qui va et vient inlassablement sur la chaîne du métier à tisser pour passer le fil de la trame.
Le sens d'aller et retour constants parle de lui-même. Elle a prêté à d'autres comparaisons ; selon Furetière, « on dit proverbialement d'une femme qui caquette bien, que la langue lui va comme une navette de tisserand. »


Faire un cuir

Écorcher la langue 
On dit de celui qui fait un pataquès, cette liaison « mal-t-à-propos » : il fait un cuir
C'est normal, il écorche sa langue comme on écorche la peau des animaux pour en faire du cuir.


Filer un mauvais coton

« On dit proverbialement, Cela jettera un beau coton, pour faire entendre qu'une chose mal entreprise produira un mauvais effet & qu'elle sera désavantageuse à ceux qui l'ont commencée. Cette façon de parler, quoiqu'elle ait passé de la ville à la Cour, est basse & ridicule. » 
Tel était le sentiment de Furetière sur cette expression et c'est peut-être pour être moins ridicules que nous disons, depuis le XIXe siècle, filer un mauvais coton
Pierre Guiraud, suivant en cela Maurice Rat, donne ici une interprétation arboricole : « Filer un mauvais coton, être dans un mauvais état de santé ou d'affaires, s'explique par la forme primitive de l'expression qui est de jeter un mauvais coton. Jeter signifie émettre une sécrétion.
On dit par exemple jeter sa gourme qui est une sorte d'inflammation boutonneuse qui atteint les petits enfants [...]. Jeter un mauvais coton aura donc pu se dire d'un cotonnier qui produit des boutons maladifs, et coton aura entraîné la pseudo-motivation filer. »
Sans vouloir porter ombrage à l'éminente érudition de M. Guiraud, il est assez étonnant que les gens du XVIIe siècle, et le peuple de Paris de surcroît, se soient intéressés d'aussi près aux cotonniers, ces arbres exotiques d'Inde ou d'Egypte, au point de nommer, sans les avoir jamais vus, une de leurs maladies possibles, et d'en faire une locution courante...
Tout au plus pouvaient-ils savoir − Olivier de Serres le dit − que les cotonniers jettent du coton, et à la rigueur en faire une plaisanterie.
Une étoffe vieillissante jette en effet une bourre cotonneuse qui est la marque de son usure, et qui laisse prévoir des déchirures, des accrocs, bref une détérioration complète du tissu dans un proche avenir.
C'est là l'interprétation donnée par G. Esnault, lequel note aussi pour 1692 jeter un vilain coton. Par contre, il semble logique que le coton de la locution ait conduit à filer, peut-être à cause des premières machines défectueuses au XVIIIe siècle, peut-être aussi par attraction avec une autre expression courante et ancienne : filer sa corde, qui voulait dire se livrer à des activités qui ne pouvaient qu'entraîner une fin désastreuse.
Il y a là une parenté certaine, surtout au sens que relève Furetière de «chose désavantageuse à ceux qui l'ont commencée », qui a pu produire le croisement.


Jeter le manche après la cognée

Se rebuter, abandonner par dégoût ou découragement une affaire ou une entreprise 
« Le génie politique cherche à tirer le meilleur parti des situations les plus compromises et ne jette jamais, comme on dit, le manche après la cognée », Sainte-Beuve 
La locution fait allusion au bûcheron, las ou découragé, qui est tenté, n'en pouvant plus, de jeter au loin sa cognée.


La foi du charbonnier

La foi aveugle du pauvre hère 
Beaucoup d'anecdotes apocryphes ont été écrites pour justifier la foi naïve du charbonnier ou expliquer l'adage charbonnier est maître chez soi
En fait, c'est à cause de sa solitude (le charbonnier vivait seul dans sa hutte en pleine forêt) et à cause de sa crasse et de sa misère (fabriquer du charbon n'était guère rémunérateur) que le charbonnier a été mis en avant. Il n'y avait guère que la foi qui pouvait le sauver. 
Ces deux expressions datent du temps où le seul charbon connu était le charbon de bois.


La trêve des confiseurs

C'est le coup de feu pour eux 
Aux temps féodaux, l'Église imposait aux princes la trêve de Dieu, leur interdisant de combattre pendant l'Avent, le Carême et Pâques. Il existait aussi une trêve marchande pour que le commerce entre belligérants puisse quand même être assuré. Économie oblige ! 
La trêve des confiseurs est plus récente. Elle a lieu entre Noël et le Nouvel An quand l'usage veut que toutes les activités politiques et diplomatiques s'arrêtent. Il faut bien que de temps en temps les députés puissent retourner dans leur circonscription pour échanger des confiseries à la place des discours.


Les jours ouvrables

Dans les anciennes coutumes, les loisirs, et par conséquent le travail, se réglaient sur l'observance des fêtes religieuses. Outre les dimanches, consacrés au Seigneur, donc aux offices, donc intouchables pour la productivité, il existait au fil de l'année un nombre assez coquet de fêtes de saints de haut renom qui étaient elles aussi obligatoirement chômées.
Chaque paroisse avait un saint patron et il aurait été offensant de ne pas l'honorer dignement par le repos et la fête. Seuls les plus célèbres de ces chômages nous sont restés : le 15 août, fête de la Vierge, le jeudi de l'Ascension, les lundis de Pâques et de Pentecôte, ainsi bien sûr que la Nativité du 25 décembre : Noël.
Heureusement, certaines fêtes laïques et nationales sont venues renforcer le lot, suppléant aux Saint-Michel et aux Saint-Martin défaillants... Donc, dans la pratique on peut dire que les jours ouvrables sont aujourd'hui ceux où les bureaux et les banques sont ouverts, où l'Administration en général reçoit ses administrés.

Le mot ouvrable s'en trouve rapproché naturellement du verbe ouvrir, comme sur les pancartes des issues secondaires du métro parisien : « ouvert de 5h30 à 20 heures les jours ouvrables ».
Pourtant ce n'est pas du tout son sens véritable. Ouvrable est un dérivé de l'ancien verbe ouvrer, qui signifie travailler.
Le mot a donné ouvrage, ouvroir, dans le sens d'atelier, œuvre, et bien entendu ouvrier. Ouvrer a donc été un mot usuel jusqu'au XVIe siècle où il a été remplacé par travailler.
Vers la fin du XVIIe siècle, ouvrable était lui aussi tombé en désuétude, et avait déjà son sens réduit actuel : « Ne se dit qu'en cette phrase, jour ouvrable et signifie les jours ordinaires de la semaine où il n'est pas de fête, où il est permis de travailler, d'ouvrir boutiques. On dit aussi jours ouvriers », Furetière


Rendre son tablier

Démissionner, se démettre d'une fonction 
Attestée dès 1889, par Larchey, l'expression s'employait avant tout à propos d'un domestique qui quittait sa place, et ne s'utilise plus aujourd'hui qu'ironiquement pour de hautes fonctions. 
Autrement dit, rendre son tablier se disait pour quitter ses maîtres, en parlant d'une servante ou d'un domestique, à qui ses patrons fournissaient d'ordinaire le tablier mis pour travailler et qui le leur rendait en les quittant.


Tailler une bavette

De bonne femme, pas de boucher ! 
Au Moyen Âge, la bavette n'était pas réservée aux seuls nourrissons. Elle ornait la robe de personnages regardés comme des bavards impénitents : les femmes et les avocats (les bavards en argot). 
Baver avait alors le sens de bavarder. Tailler bien la parole signifiait avoir la langue bien pendue. 
Tailler une bavette prendra donc le sens de débiter de la salive en bavardant, comme deux commères qui se retrouvent, mais pas nécessairement comme le boucher qui, pour sa part, taille ses bavettes dans l'aloyau.


Une jeune fille au pair

Une nurse à bon marché 
Dans son sens économique, le pair était l'ancien nom pour désigner la parité, le cours, la valeur d'échange d'une monnaie. 
C'était l'époque où les familles aisées engageaient des répétiteurs au pair pour donner des leçons à leurs enfants, en échange de la nourriture et du logement. Quittant sa bonne d'enfant ou sa nurse, il était temps que l'enfant commence à s'instruire. 
Aujourd'hui, ce n'est plus la nurse, c'est la jeune fille au pair qui élève les enfants des ménages de cadres. La mode en est venue des États-Unis. Nombreuses sont les au pair (c'est leur nom, en anglais) qui financent ainsi leurs études en Amérique.


Avoir la vérole et un bureau de tabac

Locution médicale... 
Fait pour un patient de présenter plusieurs pathologies n'ayant généralement pas de lien entre elles. Expression médicale s'il en est, avoir la vérole et un bureau de tabac, c'est vraiment avoir des maux qui n'ont rien à voir, comme un rhume, la tuberculose, une chaude-pisse, voire, comme se plaisent à dire les médecins dans leur parler carabin, une hépatite virile.