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Babylone

La Babylone moderne, la grande prostituée
Bab-ili (la porte de Dieu), ville mésopotamienne sur l'Euphrate connue depuis le XXIIIe siècle av. JC, devient la capitale d'un vaste empire qui devait durer quinze siècles, avec des alternances de périodes fastes et de déclins.
Elle fut particulièrement florissante sous le règne d'Hammourabi, au XVIIIe siècle et sous Nabuchodonosor, au VIe siècle. C'est à cette époque que les Hébreux y furent emmenés en esclavage : l'épisode, célèbre (Nabucco de Verdi) a nourri comparaisons et allusions. 
La ville, abandonnée vers 300 av. JC, est le parangon de l'exil ou de la corruption. Dans l'Apocalypse, elle désigne cryptiquement Rome, la grande ville corrompue par les plaisirs matériels.
Babylone, quoique disparue, a continué à symboliser l'ennemi de la nation hébraïque, d'où le proverbe Sion pleure quand Babylone rit...


S'astiquer la colonne

On a oublié le rôle symbolique que la colonne Vendôme, à Paris, a joué pendant tout le XIXe siècle.
Ce monument inauguré en 1810 à la gloire des armées napoléoniennes, et dont le bronze qui l'entoure provenait des 1200 canons pris à l'ennemi durant la campagne d'Austerlitz de 1805, frappa tout de suite l'imagination des Français.
Sous la Restauration, elle devint le symbole de la grandeur de la France et de l'Empereur déchu ; l'une des chansons les plus célèbres d'Emile Debraux, écrite en 1818, dont le succès ne s'est pas tari jusqu'au début du XXème siècle, se termine par ces vers qui furent une véritable scie :
« Ah ! qu'on est fier d'être Français 
Quand on regarde la Colonne »
Cette colonne Vendôme, donc, préfiguration érectile de la tour Eiffel, fut tout de suite comparée à un phallus géant. La colonne fut ainsi pendant un siècle le désignatif privilégié du pénis : « Le membre viril que nous sommes bien plus fiers de regarder ou de montrer à une femme que d'être français » (Delvau, 1864). Mérimée écrivait à Stendhal en 1832 : « Je voudrais pouvoir la mettre à votre disposition (une fille), elle vous apprendrait le règlement des colonnes et le casse- noisettes, inventions qu'on ne saurait trop louer ». 
Dans ces conditions, s'astiquer la colonne, ou se la polir, allait de soi !!!


Avoir les yeux de Chimène

Boileau, Satires, IX, vers 232 (1667)
Lorsqu'en 1637 Corneille fit représenter le Cid, le public lui fit un accueil triomphal qui dut éveiller quelques jalousies parmi les confrères de l'auteur. Un Rouennais pouvait-il impunément s'imposer à Paris ? C'est un compatriote, Georges de Scudéry, qui attacha son nom à la querelle du Cid en attaquant Corneille sur le plan théorique et entraînant à sa suite les milieux intellectuels parisiens, peut-être avec l'appui de Richelieu. Le ministre pouvait voir d'un mauvais œil, en effet, cet acte d'indépendance d'un de ses auteurs, puisque Corneille appartenait au groupe des Cinq Auteurs patronnés par Richelieu.
L'Académie elle-même dut prendre position et reprocha à Corneille de n'avoir pas respecté dans le Cid les règles classiques, la bienséance et la morale.
Dans cette condamnation, plus nuancée que celle de Scudéry, on a pu voir aussi la patte de Richelieu, bien que son rôle soit contesté dans la querelle.
C'est à ces événements que fait allusion Boileau dans sa IXe satire :
« En vain contre le Cid un ministre se ligue,
Tout Paris pour Chimène a les yeux de Rodrigue. »
C'est donc la bonne poésie attaquée par la critique et vengée par le public que désigne primitivement l'allusion. Mais on dit bientôt qu'avait les yeux de Rodrigue l'amant trop aveuglé par la passion pour voir les défauts de sa maîtresse. La bienséance inventa donc les yeux de Chimène, puisque les hommes n'ont ni le monopole du cœur ni celui de l'aveuglement. C'est une expression qui est restée au sens figuré.


Bâtir des châteaux en Espagne

Des fiefs à conquérir 
Sous la conduite de Charlemagne puis de Du Guesclin qui y emmena les Grandes Compagnies au beau milieu de la guerre de Cent Ans, les Français ont souvent guerroyé en Espagne.
Les preux chevaliers pouvaient espérer recevoir en fief un château qu'ils devaient conquérir de haute lutte. L'aventure était difficile car ces châteaux étaient bien remparés. Ce qui explique que dès le temps du Roman de la Rose, bâtir des châteaux en Espagne avait le sens d'entreprise chimérique. Au temps des croisades, on dira de même faire des chasteaux en Asye ou au Caire. 
Quant aux Espagnols, ils disent de même bâtir des châteaux en Italie, car l'italie fut longtemps espagnole.


C'est Byzance !

S'exclame-t-on devant des richesses à profusion, une abondance de biens ou de luxe démesuré. 
Istanbul, autrefois Byzance ou Nouvelle-Rome, fut aussi nommée Constantinople du nom de l'empereur Constantin qui, forcé de quitter Rome, décida d'y faire établir l'Empire. Sa situation sur le Bosphore, la Corne d'Or, eut tôt fait d'attirer les ambitieux. Après Darius, roi de Perse, les Athéniens s'en emparèrent ; ce fut le début d'un essor remarquable et d'un commerce florissant. La ville fut agrandie et embellie. 
Quand elle fut soumise à l'autorité de Rome, l'expansion de Byzance se développa encore grâce au droit de péage exigé pour accéder à la mer Noire, ce qui permit un contrôle total du commerce dans cette région. Les arts y furent encouragés et l'architecture byzantine se propagea jusqu'en Occident, surtout en Italie (Pise, Venise, Ravenne). Palais impériaux, curie, thermes dignes de Caracalla, temples et plus tard églises, firent, au cours des siècles, la renommée de la ville.
Cette ville fut symbole de profusion et d'opulence. Jusqu'au Xe siècle, les architectes continuèrent d'élever des monuments remarquables, multipliant dômes et coupoles. Les sculpteurs idolâtraient les empereurs par des statues d'or et d'argent. Ces excès amenèrent finalement une décadence et dégénérescence de l'art byzantin, dues à une absence d'inspiration mêlée à une prodigalité excessive d'ornements et de mosaïques.
Malgré une fin moins glorieuse, Byzance demeure cependant dans nos esprits le symbole de fastes et de somptuosité.


Élevé à la spartiate

Une éducation d'une dureté et d'une rigueur extrêmes 
Sparte, république de la Grèce ancienne, connut un pouvoir grandissant siècle après siècle, doublant sa population en quelques décennies. Joignant à sa puissance militaire et politique le développement des arts et des lettres, Sparte devint le premier des États de la Grèce. 
De tels résultats ne pouvaient être atteints que grâce à une population prise en main et éduquée à la spartiate. Afin de devenir robuste, brave et pur, rompu à toutes les activités physiques, habitué à connaître et accepter volontairement toutes sortes de privations, à faire preuve d'un patriotisme exacerbé, le citoyen de Sparte était, dès son plus jeune âge, fondu dans un moule. 
Chaque nouveau-né devait être présenté par ses parents aux 28 membres du Sénat de Sparte qui décidaient si l'enfant devait vivre ou être tué. Les critères de choix étaient la bonne santé et la robustesse du nourrisson. Tout bébé chétif était impitoyablement éliminé, son corps jeté dans un ravin. L'enfant restait dans sa famille pendant sept années puis pris en main par l'État. 
L'éducation physique et militaire primaient. Discipline, bravoure, sens de la collectivité, dévouement pour l'État étaient inculqués à tous.
Afin de se confronter aux périls de la vie, le jeune Spartiate, alors âgé de vingt ans, devait subir l'épreuve de la survie en rase campagne. Pendant deux ans, livré à lui-même, il se transformait en fauve pour survivre. Il était autorisé à tuer les ilotes, esclaves totalement soumis à l'État, afin de s'endurcir au combat.
Le vol à Sparte était quasiment et même encouragé, toujours dans l'optique de dresser les citoyens à subvenir à ses propres besoins par tous les moyens. À Sparte, le mariage était obligatoire et les jeunes filles subissaient le même traitement que les hommes, s'entraînant à se battre entre elles presque nues dans les gymnases. 
Les Spartiates étaient susceptibles d'être mobilisés pour la défense de la République, jusqu'à soixante ans, autant dire toute leur vie. Les périodes militaires étaient alors régulièrement organisées pour réactiver leur ardeur guerrière.


Langue de bois

Parlée derrière le rideau de fer 
Le pesant langage administratif de la bureaucratie tsariste avait déjà été affublé du nom de langage de chêne. Le terme sera repris par les Polonais dans les années 70 pour qualifier le langage du parti communiste au pouvoir.
Quelques échantillons de cette langue de bois : derrière le terme difficultés temporaires, il fallait lire manque chronique de marchandises dans les magasins ; une grève dans une usine était qualifiée d'absence d'une partie des travailleurs ; et les plus hautes mesures de protection sociale étaient un euphémisme pour parler des fusillades au temps de Staline !


OK ?

O.K. est un emprunt anglo-américain que l'on date généralement de 1869. 
A.W. Read a démontré dans The Saturday Review of Literature du 10 juin 1941 qu'il s'agissait du signe oll korrect, altération graphique de all correct (tout bien, tout est bien), équivalent familier de l'anglais all right. Ce type d'altération fantaisiste paraît avoir été usuel dès le début du XIXème siècle sur la côte Est des États-Unis où l'on a écrit et dit O.W. pour all right, interprété oll right
O.K. est d'abord attesté à Boston en 1839, avant d'être repris à Nex York lors de la campagne présidentielle mouvementée de 1840, comme symbole écrit et parlé du O.K. Club ou Kinderhood Club, comité démocratique de New York rallié au président en exercice, Martin van Buren, appelé par ses partisans Old Kinderhood, d'après le nom de son lieu de naissance.
Le parti opposé, le Whig Party (1834-54) d'origine bostonienne, s'empare du sigle et du symbole en en changeant la signification. Certains attribuent au président Andrew Jackson (1767-1845) l'habitude d'apposer les lettres O.K. sur les documents (all correct) pour donner son accord, mais on n'en a aucune attestation fiable.
Le mot s'écrit aussi okay ou okeh, et certains, enfin, ont voulu y voir un mot d'origine hollandaise ou indienne, sans que rien ne permette une fois de plus de l'affirmer (mais c'est bon de le citer, ça fait deux lignes de plus).
On a même évoqué une origine française, au quai, mais l'anecdote a été inventée bien après.
En France, O.K. est d'abord employé comme attribut après le verbe être, puis comme interjection (1931), mais reste rare avant la guerre de 39-45. Aujourd'hui, il est répandu dans le monde entier et en français, où il a pris une fréquence énorme, se substituant à d'accord, ça va, oui, et à tout type de réponse positive dans la conversation.
Mais sa valeur positive tend à céder la place à fous-moi la paix, on verra plus tard, tu me gonfles : « dans O.K. nous raconte encore Claude Sarraute dans son désopilant billet du Monde (janvier 1986), il y a maintenant une connotation impatiente et distraite. » 
O.K. ?

Porter le chapeau

Avant d'être brûlé en place de Grève 
Malheur à celui qui tombait dans les griffes de l'Inquisition, il avait peu de chances d'en sortir vivant. Même celui qui avouait publiquement son hérésie. Seul régime de faveur, il serait étranglé avant que les flammes du bûcher ne l'atteignent. 
Ceux qui ne se rétractaient pas et pire, les relaps revenus à leurs errements, se retrouvaient sur le bûcher, avant-goût des flammes éternelles. À ces suppôts de Satan, on faisait porter le chapeau qui les accusait, le grand chapeau conique des hérétiques promis à l'enfer.


Rire jaune

Le jaune est une couleur contradictoire. 
Quand il est vif et éclatant, il représente la couleur du soleil et de l'or ; il est à ce titre attribué aux dieux, à la puissance des princes, des rois, des empereurs, pour proclamer l'origine divine de leur pouvoir. 
Au contraire, quand il est mat, il représente la couleur du soufre, de l'enfer, et devient le symbole de la trahison, de la déception. Il est alors « associé à l'adultère quand se rompent les liens sacrés de l'amour divin, rompus par Lucifer» (in Le Dictionnaire des Symboles). 
C'est ainsi que dans l'imagerie du Moyen Âge, le jaune devint la couleur traditionnelle de Judas, le traître par excellence, celui qui avait vendu le Christ lui-même !
«Jaune, paisle jaune doré, couleur de Judas, de vérolé, d'aurore, de serein », dit quelque part d'Aubigné. De cet apôtre mal famé le symbole passa aux Juifs en général, que dans certains pays la loi obligeait à s'habiller en jaune − tradition ressurgie à point sous le nazisme de sinistre mémoire...
En Espagne, les victimes des autodafés étaient vêtues de jaune en signe d'hérésie et de trahison ; en France, on badigeonnait en jaune la porte des félons. C'est véritablement une couleur qui n'a pas bonne réputation !
« Il rit jaune comme farine, note Oudin en 1640 : Il fait mauvaise mine, ou du bout des dents comme saint Médard », pour faire bonne contenance, n'a guère évolué depuis.
Saint-Simon emploie la tournure appliquée à un personnage peu sympathique : « [Chamillart était] très entêté, très opiniâtre, riant jaune avec une douce compassion à qui opposait des raisons aux siennes » (Mémoires, vers 1743).
Quant au Père Peinard, il y voit encore moins de franchise dans son numéro du 3 novembre 1889 où il prévoit une belle récolte pour l'hiver : « Ah, mille tonnerres, l'hiver s'annonce bougrement mal pour les richards ; tout ça va leur foutre une frousse du diable ! Ils pourraient bien piquer un de ces chahuts, très hurf, quelque chose dans les grands prix, qui les ferait rire jaune. Et nom de dieu, m'est avis que ça ne serait pas trop tôt. »


S'en moquer comme de l'an quarante

Comme du Coran 
Mais quel est donc ce fameux an quarante ? Tout simplement la déformation du mot arabe al coran, le Coran. On comprend le dédain des croisés pour les versets de ce livre impie à leurs yeux. Et pour l'algèbre que l'on doit aussi aux Arabes, comme en témoigne l'expression voisine n'y comprendre non plus qu'à de l'algèbre ou bien à l'alcoran.
Prétextant que s'en moquer comme de l'an quarante n'est attestée pour la première fois qu'en pleine Révolution Française, certains voudraient contester cette origine pourtant de loin la plus logique. Pour eux, l'an quarante serait celui de la République à la pérennité de laquelle les royalistes ne pouvaient croire.
Mais comme les premières attestations écrites se situent dans des textes révolutionnaires, d'autres les contredisent : pour eux, il s'agirait de l'an quarante du règne de Louis XVI encore roi des Français.
Ils tombent néanmoins d'accord pour déclarer que quarante serait le chiffre de l'attente dans la symbolique des nombres. Comme les quarante jours du déluge, les quarante ans passés par les Hébreux dans le désert, les quarante heures que passa Jésus au sépulcre et les quarante jours qui passèrent ensuite jusqu'à son ascension dans le ciel. C'est aussi la durée du jeûne chez les chrétiens et les musulmans.
Ce qui confirme bien l'hypothèse de l'alcoran en an quarante.


Taillable et corvéable à merci

À l'origine, la taille et la corvée étaient des impôts, le premier levé par le roi et le second par le seigneur. Ces impôts n'étaient perçus que sur les roturiers ; seuls les nobles et les ecclésiastiques en étaient exempts, le peuple était, lui, taillable et corvéable à merci.
La taille devait tout d'abord être un impôt temporaire que les souverains levaient pour tenir lieu de service militaire et pour subvenir à l'entretien de la troupe. Elle s'appliquait à une certaine quantité de denrées que l'on coupait ou taillait en deux parts, l'une pour le souverain, l'autre pour le contribuable.
Au XIe siècle, la taille fut étendue pour participer aux frais de mariage de la fille du roi, puis pour payer les rançons et ensuite pour aider aux Croisades. De temporaire, la taille devint annuelle et les ecclésiastiques, pour imiter leur roi, décidèrent eux aussi de la percevoir sur le dos du peuple quand le pape réclamait une aide financière.
Tous les seigneurs, des plus puissants aux plus humbles, taillèrent leurs sujets à merci mais quand un gentilhomme était dégradé, lui aussi devenait taillable. Le roi avait la possibilité de modérer les excès de ses seigneurs si ceux-ci abusaient de leur pouvoir. 
Sous Louis XI, cet impôt s'élevait à 31 millions de livres, sous François Ier, il passa à 9 millions et sous Henri III, culmina à 32 millions pour descendre à 23 millions à la Révolution avant d'être définitivement supprimé... mais remplacé !

La corvée, elle aussi, était un impôt féodal payé en nature. Les serfs et gens de main morte étaient taillables et corvéables à merci, c'est-à-dire qu'ils devaient travailler un jour par semaine pour le seigneur, soit 52 jours par an. Et comme le clergé leur interdisait de travailler le dimanche et durant près de 50 jours de fêtes religieuses, les corveieurs n'avaient plus qu'environ 200 jours pour nourrir leur famille.
Aux corvées seigneuriales venaient s'ajouter les corvées royales pour l'entretien des routes et des chemins. L'impôt devenant de plus en plus lourd, les gouvernements successifs des rois Louis XII, Charles IX et Henri III, qui souhaitaient mettre un terme à la féodalité, parvinrent à en limiter les excès. Il fut ordonné qu'il ne pourrait y avoir plus de 12 corvées par an, pas plus de 3 corvées par mois et qu'elles devraient être espacées dans le temps. 
Le peuple, néanmoins écrasé par cet impôt, méprisé et traité comme du bétail, exploité sans retenue, se souleva sous Louis XIV. 
Quand, en 1673, on établit le papier timbré à un sou la feuille, puis le monopole du tabac à 20 sous la livre, la révolte fut terrible et sanglante en Bretagne où les paysans brûlèrent de nombreux châteaux après avoir molesté leurs occupants. En juin 1675, le Code paysan exigea l'abolition en Armorique du droit de champart (perception sur lhéritage) et de corvée. En 1776, Turgot fit supprimer la corvée, cet impôt inique dont l'abolition est ô combien symbolique d'une première faille dans les prérogatives et privilèges des nobles et ecclésiastiques ! La Convention nationale décida en 1793 que personne à cette date ne serait plus, en France, taillable et corvéable à merci, du moins au sens propre de la locution !


Tartempion

Individu tout ce qui se fait de plus quelconque et supposé auquel on accorde peu d'estime 
L'origine de ce mot remonte au XIXème siècle, et il s'agissait alors d'un personnage imaginaire et quelque peu ridicule qui revenait constamment dans les articles de Charivari, entre 1840 et 1850 (Gustave Fustier).
Le nom fut très en vogue à la fin du XIXème siècle, donc. Un journaliste de l'Aurore écrivait vers 1900 à propos des députés : « Nous envoyons à la Chambre de déplorables Tartempion, des sous-vétérinaires dont les chevaux ne voudraient pas pour leur servir l'avoine », cité par Hector France.

Tomber en quenouille

Aux mains d'une femme ! 
Symbole de la femme depuis l'Antiquité, la quenouille s'oppose au glaive de l'homme. Le patrimoine − son nom est assez explicite pour ça − devait rester entre les mains du père. Si, par quelque succession, il devenait propriété d'une femme, il ne pouvait qu'être menacé de ruine : c'est bien le sens de tomber en quenouille
L'expression est souvent évoquée à propos de la loi salique exhumée en 1317 pour exclure les femmes de la succession de la couronne de France quand Louis le Hutin mourut sans héritier mâle.
C'était la loi de succession chez les Francs Saliens qui habitaient au temps de Clovis sur les rives de l'Islel, un bras du Rhin. Chez leurs voisins, les Francs Ripuaires, la coutumes était d'offrir à une jeune fille libre qui s'était unie à un esclave, une quenouille et une épée. À elle de choisir : devenir elle aussi une esclave... ou trancher la gorge de son amant !

Tous les chemins mènent à Rome

Et au paradis 
Étroites sont les voies qui mènent au paradis. L'une d'entre elles consistait au Moyen Âge à entreprendre un grand pèlerinage. Aux lieux saints, à Saint-Jacques-de-Compostelle ou à Rome, capitale de la chrétienté. On sait que, depuis César, les voies romaines convergeaient toutes sur Rome. Comme les nationales en France sur Paris ! 
Tous les chemins mènent à Rome est surtout utilisée aujourd'hui en son sens abstrait, pour indiquer qu'il existe diverse façons de parvenir au même but. 
Le choix de Rome ne s'est pas effectué au hasard. Centre politique et historique du monde méditerranéen, Rome était le centre d'une vaste toile vers où tout convergeait. Afin de faciliter cette concentration en un seul lieu, les différents points de l'Italie, et plus tard de l'Empire, furent reliés à la capitale par les célèbres voies romaines. 
La plus célèbre et aussi la plus ancienne est la voie Appienne, commencée par Appius Claudius en 312 avant notre ère. Au début, elle n'allait que de Rome à Capoue. Du pied du Capitole, par l'arc de Titus et celui de Constantin, elle sortait de Rome décorée d'arcs de triomphe, mausolées et temples, bordée de milliers de sépulcres érigés par les familles patriciennes auxquelles ce privilège était réservé. Elle était aussi parsemée sur 565 kilomètres de bornes militaires. Celle que l'on a surnommée la Regina Viarum est la plus ancienne des voies romaines et, après plus de vingt siècles, certaines portions en sont encore visibles. Elle a résisté aux intempéries, aux chariots et aux envahisseurs grâce à une construction exemplaire.
Le plus souvent, des condamnés étaient chargés de la réalisation des travaux : sur une couche de mortier faite de chaux et de sable étaient placées des pierres plates reliées par un ciment des plus résistants. Un second lit de pierres grossières mêlées à du ciment était recouvert de terre bien tassée sur laquelle venaient reposer les grandes dalles de pierre basaltique polygonales de formes variées. La largeur (plus de 4 mètres) permettait à deux chars de se croiser. De chaque côté, des trottoirs de 1,50 mètre de large délimités par une bordure de pierre longeaient la Via Appia Antica. Tous les douze kilomètres environ, les voyageurs trouvaient déjà de quoi se restaurer, se loger, changer de monture. Un véritable travail de Romain !
Sur toutes les voies qui quittaient Rome venaient se greffer des axes de communication qui reliaient les trois mers entourant la péninsule.
Rome était vraiment le centre d'un monde. Tout convergeait vers elle, les richesses de l'Italie, les céréales du nord, l'huile d'olive du sud, les vins de Sicile, les cargaisons de sa flotte, les théories d'esclaves enchaînés, les prises de guerre, les caravanes de marchands pacifiques, et plus tard les hordes d'envahisseurs belliqueux ; tous les chemins menaient à Rome, ogre gigantesque qui avalait tout, digérait tout, survivait à tout.
Au-delà de la péninsule, les provinces romaines furent aussi reliées entre elles par des voies militaires atteignant toutes les extrémités de l'Empire. La Gaule était coupée de quatre voies consulaires dont Lugdunum (Lyon) était le centre.


Vouer quelqu'un aux gémonies

Le mot gémonies vient du mot latin gemere (gémir), allusion probable aux gémissements des futures victimes dont le cadavre serait exposé au peuple. 
Dans l'ancienne Rome, la prison se trouvait sur les coteaux du Capitolin. Elle se composait en partie d'une grande chambre rectangulaire voûtée, sous laquelle se trouvait un cachot circulaire de 5 mètres de diamètre et de 2 mètres de haut. Nulle lumière ne pouvait y parvenir et le seul moyen d'y descendre était un orifice circulaire percé dans le sol de la pièce du haut.
Cette double construction servait de lieu de supplice aux criminels dont Rome voulait se débarrasser. Ils étaient jetés par le trou dans la pièce inférieure où les bourreaux les étranglaient à la lueur des torches.
Les cadavres étaient ensuite remontés par un croc et exposés sur les marches des gémonies, double escalier qui flanquait la porte de la prison, face au Forum. Après plusieurs jours d'exposition supposée faire réfléchir les Romains sur les dangers de s'en prendre à l'autorité, les dépouilles étaient jetées dans le Tibre.
Cette prison existe toujours et se visite gratuitement. Elle fut consacrée en 1539 en deux églises. Celle du dessus est dédiée à saint Joseph, l'inférieure à saint Pierre qui y aurait été détenu avant de subir le martyr.
De nos jours, on traîne quelqu'un aux gémonies quand on veut l'accabler d'outrages. De même, vouer une personne aux gémonies signifie la livrer au mépris public.


Avoir des atomes crochus

L'atome est vieux de 2000 ans. Il fut inventé par les philosophes grecs Leucippe et Démocrite qui se refusaient à croire à l'intervention des dieux dans la création du monde.
Pour eux, l'univers tout entier était constitué de vide et de particules insécables (c'est ce que signifie atomos en grec : qu'on ne peut couper). Démocrite avait imaginé que ces atomes s'accrochaient les uns aux autres. 
La physique nucléaire moderne ne retiendra pas cette hypothèse, mais la psychologie populaire le fera, pour évoquer la sympathie qui s'établit entre deux êtres.


Envoyer au diable Vauvert

Envoyer paître 
Envoyer quelqu'un au diable, c'est souhaiter le voir partir pour un lieu d'où il ne reviendra jamais. L'envoyer aux cent mille diables, c'est encore plus loin. Mais quel est donc ce diable vert ou vauvert quand la tradition l'habille de rouge ou de noir ?!! 
Les Parisiens disaient faire le diable de Vauvert, ce qui signifiait se démener : comme un diable dans un bénitier. Selon la rumeur publique, vivait autrefois dans les ruines du château de Vauvert un démon redoutable.
Au temps de Saint Louis, les Chartreux y avaient fondé une abbaye réussissant à le chasser hors des murs de la ville bien après la place d'Enfer (qui deviendra curieusement la place Denfert-Rochereau dans le XIVe arrondissement).
C'était loin pour un Parisien de l'époque. Ce qui explique la première forme de l'expression : au diable vauvert. Le diable de Vauvert ne fait plus parler de lui. 
S'est-il repenti après être rentré chez les moines de l'abbaye ou bien est-il parti vivre très loin à la campagne (au vert !) ? Son suppléant le diable vert habite, croit-on, en lieu encore plus lointain, en pleine verdure.


Saisir l'occasion aux cheveux

Les Romains, qui en laissaient rarement passer une, représentaient l'Occasion sous la forme d'une déesse nue, aux pieds ailés, chauve sur le derrière de la tête, tenant un rasoir d'une main et de l'autre un voile tendu au vent. Mais une longue tresse de cheveux lui pendait par-devant, seul endroit par où on pouvait la saisir au passage. Le symbole est évident qui sous-tend le dicton : L'occasion est chauve.
En effet, les cheveux constituent chez l'homme une prise facile, c'est un peu la poignée du couvercle ou l'anse du panier. De la tignasse des écoliers aux longues nattes des belles martyres des premiers temps de notre ère, on a toujours largement utilisé ce point d'ancrage pour forcer les gens à faire ce qu'ils refusaient de faire. 
« S'il [l'amour] nel veut reprendre 
Por ce ne l'irai-je pas prendre 
Par ses biaus cheveux »
dit un texte du XIIIe siècle. On a même vu que, pour plus de commodité, on attachait les gens à la queue d'un cheval de trait pour les traîner sur le sol jusqu'à ce que mort s'ensuive.
Quand une chose est tirée par les cheveux, c'est qu'elle n'arrive pas de bonne grâce : « On dit qu'un passage, qu'une comparaison sont tirés par les cheveux lorsqu'ils ne viennent pas naturellement au sujet, qu'ils sont tirez trop loin, & amenez par force & par machine », dit Furetière. 
Amyot, parlant au XVIe siècle des interprétations bizarres que d'aucuns veulent à tout prix tirer des œuvres des poètes, disait : « quelques uns les tordant à force, et les tirant, comme l'ont dit, par les cheveux, en expositions allégoriques. » 
On rapporte que les musulmans se rasaient le crâne, ne laissant qu'une seule mèche afin qu'après leur mort Mahomet puisse les empoigner par là pour les hisser vers son paradis.
On a dit également que c'était le sens de la mèche des Indiens rasés d'Amérique, lesquels, avec un sens de la courtoisie dont on n'a plus idée, se laissaient une poignée de cheveux sur le scalp afin que, s'ils venaient à être tués au combat, leur ennemi ait moins de mal à le leur arracher...
Malheureusement, selon des historiens avertis, l'habitude de scalper son prochain ne serait pas du tout un trait de la culture indienne. Elle aurait au contraire été introduite par les conquérants qui, pour encourager les autochtones à s'entre-tuer, payaient le cadavre d'Indien à la pièce, sur présentation de la peau du crâne, comme on offre une prime par queue de renard abattu ! 
Comme dit le Coran : Un cheveu même a son ombre − les plus petits détails ont leur importance.


Brocarder

Précepteur, puis évêque de Worms, de 1012 à 1024, Brocard écrivit un important volume de décrets et donna même son nom aux principes ou premières maximes du droit.
Son autorité était telle que, lorsqu'un désaccord naissait entre les étudiants à propos d'une quelconque interprétation du droit, il suffisait d'alléguer ce que Brocard avait écrit pour que ceci fît autorité et ne souffrît point de réplique.
Par extension, brocarder quelqu'un signifie lancer des paroles mordantes ou des traits si piquants qu'aucune façon de rétorquer n'est possible.