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Le Vilain Petit Canard

Conte de Hans Christian Andersen (1842)
Par sa confondante simplicité, l'absence de merveilleux, l'alliance de l'humour et de l'émotion, ce conte est sans doute un des plus beaux du conteur danois. Le vilain petit canard, rejeté par tous, sauf par sa mère, finit par fuir la basse-cour. Il va à l'école chez une poule qui veut lui apprendre à pondre, se lie d'amitié avec des jars qui le trouvent trop laid pour leur faire concurrence auprès des oies, et lorsqu'il se retrouve au milieu des cygnes, il ne demande plus qu'à être mis à mort par ces oiseaux qu'il envie. C'est en baissant le cou qu'il s'aperçoit qu'il est aussi un cygne. 
« Peu importe qu'on soit né dans la cour des canards, si l'on est sorti d'un œuf de cygne. »
Il y a dans l'aventure du petit cygne une parabole du génie méconnu qui finit par trouver le milieu pour lequel il est né, et on n'a pas manqué d'y voir le destin même d'Andersen. Mais on y lit surtout point par point le récit satirique de la vie en société (la basse-cour), de l'éducation scolaire inadaptée à l'individu (la poule), de l'amitié ambiguë (les jars)... L'épithète de vilain petit canard reste affectueusement appliquée au gamin turbulent.



Un froid de canard

Si cette sympathique expression est connue de tous, son origine n'est pas si évidente que ça : pourquoi les canards seraient-ils froids ?
Bah en fait, il ne faut pas aller chercher bien loin : hors de la basse-cour, quand même, car un froid de canard est une expression de chasseurs, tout simplement ! Ainsi est désigné un temps propice à la chasse au canard sauvage, très froid, très vif.


Ça casse pas trois pattes à un canard

L'expression signifie tout... bêtement que « cela n'a rien d'extraordinaire, rien de remarquable ». C'est une sorte de crase (= télescopage de deux expressions pour n'en former plus qu'une) de «ça casse pas des briques » - qui signifie exactement la même chose : « cela n'a rien d'extraordinaire, rien de remarquable », elle-même variante intensive de « ne rien casser » - et de « scier les pattes », qui s'emploie pour surprendre vivement, interloquer. Vous en connaissez beaucoup, des canards à trois pattes ??? L'animal décrit étant en soi extraordinaire, lui mettre le grappin dessus et aller jusqu'à lui casser les pattes, voilà bien qui relève de l'exploit !!! De quoi scier les pattes à plus d'un !...


Canard boiteux

Comme tous les canards sont plus ou moins boiteux dans leur démarche naturelle, on peut se demander pourquoi une quelconque vindicte s'attacherait à l'un d'eux en particulier. L'expression, de plus, est curieusement absente de tous les dictionnaires. Si Littré l'ignore, c'est probablement que le  canard boiteux s'est répandu après lui, c'est-à-dire vers la fin du XIXe siècle ou au début du XXe.
Le mot pourrait venir de l'anglais a lame duck dont il est la traduction littérale. A lame duck est une expression qui trouve son origine dans la finance britannique, plus précisément dans le monde de la Bourse où elle désigne un marchand de titres incapable de payer ses dettes, et par extension tout spéculateur insolvable.
Cela, paraît-il, et sous toute réserve, à cause de la démarche vacillante d'un tel individu obligé de quitter le Stock Exchange honteusement dépouillé, sous le regard de glace de ses impitoyables collègues.
La locution est commune outre-Manche. Cela dit, il faut aussi remarquer qu'en anglais, le mot lame a plutôt le sens de « boiteux par accident » ; un autre mot désigne la démarche ordinaire et dandinante du canard : to waddle. A lame duck serait donc plus exactement un canard « blessé, éclopé ». L'image prend vraisemblablement sa source non dans l'animal de basse-cour, mais dans les fameuses chasses au canard sauvage, fort goûtées justement par l'aristocratie britannique du porte-feuille.
C'est en passant au français que l'expression aura pris, par le hasard d'une traduction littérale, cette redondance à effet cocasse qui a assuré sa fortune. Il est possible aussi qu'un croisement se soit produit avec la notion, semble-t-il traditionnelle, de « cheval boiteux ». G. Esnault signale pour 1881 « pas de pitié pour les chevaux boiteux ». L'influence de ce dernier a peut-être favorisé l'extension du sens à tous les traînards, les malhabiles et les malchanceux de toutes sortes que la vie, en effet, Il faut aussi se rappeler qu'un  canard désignant un journal vient du sens de « fausse nouvelle » qu'il avait au XVIIIe siècle : « Conte absurde et par lequel on veut se moquer de la crédulité des auditeurs. Cette nouvelle n'est qu'un canard », dit Littré qui rend compte du passage à la presse par l'acception suivante : « Se dit ironiquement de faits, de nouvelles, de bruits plus ou moins suspects qui se mettent dans les journaux ». 
Pourquoi cette mauvaise réputation ? Il existait préalablement et depuis le XVIe siècle l'expression « vendre un canard à moitié », pour mentir, faire accroire, laquelle en se raccourcissant est devenue « vendre un canard ». « Il est clair, précise Littré, que vendre un canard à moitié, ce n'est pas le vendre du tout, de là le sens d'attraper, de moquer ».


Caner, faire la cane

L'expression, vieillie, signifie « se dérober à propos, faire le plongeon à l'approche du danger », laquelle a donné plus simplement le verbe caner : reculer, fuir, que Littré signale comme étant nu mot très familier.
C'est encore Furetière qui explique le plus délicatement l'origine de l'expression : « On dit aussi qu'un homme fait la cane pour dire qu'il recule par lâcheté dans des entreprises périlleuses, ou qu'il manque à ce qu'il s'étoit vanté de faire, à cause que les canes sont si timides, qu'elles baissent la tête en passant par une porte, quelque haute qu'elle soit ». Pratique internationale, peut-être, car les anglais disent to duck dans le même sens.
Quant à caner, mourir, il semble venir d'un renforcement argotique du précédent jeu de mots avec canner, s'en aller, quitter les lieux, c'est-à-dire jouer des cannes, des jambes.



Sauter du coq à l'âne

C'est se montrer... chaud lapin !!! 
Quand deux animaux s'accouplent, on dit que le mâle couvre ou saillit la femelle. Il n'est que de voir le coq sauter de poule en poule dans une basse-cour pour se rendre compte que saillir et sauter sont deux formes d'un même verbe. Ne dit-on pas « sauter une nana » ? Si les poules en chaleur sont trop peu pour satisfaire l'appétit sexuel de ce chaud lapin, il arrive que l'on assiste à une « saillie du coq en l'ane », c'est-à- dire que l'on voit avec stupeur un coq sauter sur une cane. L'amour ne connaît pas de frontières ! Le mot ane (sans accent circonflexe) est l'ancien nom de la femelle du canard (du latin ana). La forme première de l'expression « saillir du coq en l'asne » montre qu'il y avait déjà, au XIVe siècle une confusion entre l'ane et l'âne. N'étant plus comprise, l'expression se verra attribuer son sens actuel.
À l'appui de cette hypothèse, Claude Duneton cite une autre expression, « autant que le coq au cul de la cane », qui dans le Roannais a le même sens que mettre cautère sur une jambe de bois.



Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages

Pour signifier que l'on n'entend pas être pris pour un naïf, un imbécile, une victime désignée. L'origine de cette expression plaisante n'est pas éclaircie. C'est l'exergue du livre d'Antoine Blondin, Les Enfants du bon Dieu (1952) et le titre du film de Michel Audiard (1968).
Cette même année, le 9 septembre 1968, de Gaulle y faisait allusion : « [...] l'étrange illusion qui faisait croire à beaucoup que l'arrêt stérile de la vie pouvait devenir fécond; que le néant allait, tout à coup, engendrer le renouveau ; que les canards sauvages étaient les enfants du Bon Dieu » (cité par A. Passeron, in De Gaulle 1958- 1969, Paris, 1972)