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Faire amende honorable

En chemise et corde au cou
Soumis à la question ordinaire de l'eau lui tordant les entrailles ou à la question extraordinaire des brodequins lui broyant les genoux, l'inculpé, même innocent, finissait par avouer le crime dont il était accusé.
Mais la justice féodale ne se contentait pas de ses aveux. Il fallait qu'il les renouvelle en public le jour de son châtiment.
Le condamné en chemise blanche, la corde au cou et un cierge à la main, devait demander pardon de ses crimes. Il faisait amende honorable devant Dieu et les hommes, et l'honneur lui était ainsi rendu. Il s'était amendé et pourrait ainsi échapper aux flammes éternelles.

Faire chanter quelqu'un


Le faire avouer sous la torture
Sous la torture, le prisonnier ne tarde jamais à chanter, à avouer. Tel était jadis le sens de faire chanter, faire parler contre son gré.
Au XVIIIe siècle, le verbe élargit son sens : de faire parler contre son gré, on en vient à la notion de faire agir contre son gré sous la menace de révélations compromettantes.
Au XIXe siècle, les premiers maîtres chanteurs perfectionneront encore le procédé : ils extorqueront de l'argent en échange de leur silence.


Fausser compagnie

De là à ne plus vouloir du tout faire partie du groupe et, comme on disait au XVe siècle, jouer à fausser compagnie, il n'y a qu'un pas. Furetière écrit à ce propos : « On dit fausser compagnie, ou joüer à la fausse compagnie, pour dire, quitter un parti, trahir ceux avec qui on est associé. »
En effet, c'est l'idée de trahison que paraît contenir le verbe fausser comme on dit fausse la monnaie : « Ceulz qui corrumptent ou falsent la monnoie (XIVe siècle), ou bien sa foi : Ce fut chose moult estrange à luy de ainsi faulser sa foi et soy ainsi abaisser », (XVe siècle). 
Les deux notions sont juxtaposées dans cette phrase de Montaigne : « Nostre intelligence se conduisant par la seule voye de la parole, celuy qui la faulse trahit la société. »
On parlait au XIIIe siècle de la compagnie Tassel, association frauduleuse, compagnie de traîtres, dit Godefroy qui cite le Lay de l'Espervier : 
« Vartilas, dit-il, ce sachiez
Que cest jeu ne m'est pas bel : 
C'est la compagnie Tassel 
Que vos me fetes, ben le voi. » 
L'expression se trouve aussi dans le Roman de Renart : « C'est la compaingnie Tassel
que vos me fetes voirement. » 
Est-cela, une fausse compagnie, une compagnie de traîtres, que l'on rejoint en s'en allant ?
Quant à l'autre expression récente faire fausse compagnie, au lieu de jouer, elle paraît construite d'après faire faux bond. Par contre, la notion de jeu qui n'est pas bel, semble être demeurée dans l'argotique jouer les filles de l'air.
Quoi qu'il en soit, il s'agit d'une très vieille habitude que n'ont probablement pas instaurée les soldats !


Fourrer au bloc

Soumettre à la question 
Au temps de l'Inquisition, le bloc était un lourd billot de bois destiné à immobiliser les pieds du condamné que le bourreau soumettait à la torture des brodequins pendant la question extraordinaire pour obtenir ses aveux. 
Au temps de Courteline, le bloc est devenu le surnom de la salle de police dans les casernes. 
C'est aujourd'hui le commissariat. Un prévenu conduit au bloc n'y risque plus qu'un simple passage à tabac, forme ordinaire de la question de nos jours...


Porter le chapeau

Avant d'être brûlé en place de Grève 
Malheur à celui qui tombait dans les griffes de l'Inquisition, il avait peu de chances d'en sortir vivant. Même celui qui avouait publiquement son hérésie. Seul régime de faveur, il serait étranglé avant que les flammes du bûcher ne l'atteignent. 
Ceux qui ne se rétractaient pas et pire, les relaps revenus à leurs errements, se retrouvaient sur le bûcher, avant-goût des flammes éternelles. À ces suppôts de Satan, on faisait porter le chapeau qui les accusait, le grand chapeau conique des hérétiques promis à l'enfer.


Rester en plan

Pour reverdir 
Avec juste raison, on écrivait jadis rester en plan, car le mot dérive de planter. Les plaisantins ajoutaient même pour y reverdir. 
Un plan a commencé par être la plantation de jeunes arbres avant de devenir l'emplacement où devait être plantée sur le sol une statue ou édifié un monument. De là, on est passé au dessin représentant la projection horizontale d'une construction ou d'une ville. 
Pour François Villon, être en plan, c'était être en prison, c'est-à-dire condamné à l'immobilité forcée. De là dérive aussi être en planque, se dissimuler, immobile, pour mieux surveiller.

Travailler comme un sabot

On ne travaille que depuis le début du XVIe siècle ! 
Mais le mot existe depuis bien longtemps. Au XIIe siècle, le travail, voyez l'impertinence, c'était la torture − du latin tripalium, instrument de torture composé de trois pieux. De là, le mot est passé à cette machine où l'on assujettit les bœufs pour les ferrer que l'on voit, et que l'on utilise encore sous ce nom, dans les vieux villages.
Pendant tout le Moyen Âge, travailler voulait dire tourmenter, peiner, souffrir, notamment en parlant d'une femme qui va accoucher.
Dans un lai de Marie de France, le chevalier Guigemar, blessé et terriblement amoureux, passe une très mauvaise nuit : 
« Li est venu novel purpens* [pensée]
E dit que suffrir li esteut* [il lui faut] 
Kar issi* fait ki mes* [ainsi / plus] ne peut. 
Tute la nuit a si veillé
E suspiré e travaillé » 
C'est ce sens original qui est demeuré quand on dit que les soucis nous travaillent, nous tourmentent ou bien les rhumatismes, ou même un cor au pied. Il reste sûrement un relent, dans l'enchaînement se travailler l'esprit, se tourmenter la matière grise, avec l'expression banale : travailler du chapeau.
En tout cas, travailler, c'est œuvrer, bien péniblement, avec la sueur qui s'ensuit... « Travailler, prenez de la peine, c'est le fond qui manque le moins », dit La Fontaine qui savait le français.
Quant au sabot, il y en a un qui dort profondément. Pourquoi l'autre travaillerait-il comme un dégoûtant ?... Peut-être parce qu'une fois aux pieds les sabots s'agitent, cognent, claquent et font un pétard bien connu − du moins une sorte de souvenir collectif... Ce n'est guère convaincant... 
Il existait un verbe saboter, qui au XVIe et au XVIIe siècles, voulait dire secouer, tourmenter ; doublé en cela par sabouler, un mot plus ou moins issu de lui : « Le bruit courait que vous aviez eu deux chevaux tués entre les jambes, esté porté par terre, saboulé et pétillé aux pieds des chevaux de plusieurs escadrons », Sully
Il me paraît plus logique de penser que l'ancien saboter une personne, la tourmenter (Oudin) soit venu de la toupie que l'on fouette et peut-être même par des voies un peu plus détournées, liées à un autre genre de travail ! 
Travailler à coups de trique ? On rencontre là toute une sémantique paillard : Travailler comme un manche c'est-à-dire un pénis, salement − on retombe sur sabouler dans le sens de coïter, dès Rabelais : « Les laquais de cour, par les degrés entre les huis, saboulaient sa femme à plaisir » − et d'ailleurs travailler lui-même, dès le XVIe siècle également : « Comme le bonhomme Hauteroue disait travaillant sa première femme » (Beroalde de Vervill, Guiraud).
Un sabot était au XIXème siècle, une fille de la dernière catégorie, mal faite, mal habillée.
Travailler comme un sabot bien que non attesté, serait-il simplement besogner comme un imbécile ?... Quoi qu'il en soit, dans ces champs tortus qui s'entremêlent, saboteren est venu à signifier travailler mal, bâcler la besogne.
De là, le sabotage, le travail volontairement manqué, puis la malveillance précise destinée à empêcher le fonctionnement d'une machine, avec le succès qu'on lui a connu pendant la dernière guerre mondiale.


Un homme de sac et de corde

Juste bon à finir pendu ou noyé 
Les voleurs étaient punis de façon exemplaire au Moyen Âge. Les grands criminels finissaient pendus haut et court à une corde, pour l'exemple. Quand aux petites petites fripouilles, la justice préférait s'en débarrasser en les noyant après les avoir enfermés dans un sac. 
Tel était le sort funeste promis à tous les malfrats, verts-galants, tire-laine, coupeurs de bourse et coupe-jarrets du temps de François Villon, des coquins à mettre tous dans le même sac et à condamner en bloc.


Casser une cellule

Séparer des détenus en les plaçant dans des cellules différentes 
Vu sous l'angle du détenu, casser une cellule est bien clair : c'est tout casser. Du point de vue de l'administration, c'est plutôt empêcher que cela ne se produise.


Lancer la gamelle

Commencer la distribution des repas dans les prisons
Quelques gamelles volent bien, çà et là, dans les prisons, mais lancer y a surtout le sens de mettre en route : les surveillants lancent les promenades (conduisent les détenus à la promenade), lancent les parloirs (y introduisent les détenus), voire, à l'heure des repas, lancent la gamelle, signal, non de rébellion, mais de la soupe.


Surveillant (e)

Agent chargé de la garde des détenus d'un établissement pénitentiaire
On ne parle pas d'un prisonnier, dans la Pénitentiaire, mais d'un détenu ; ni d'un gardien de prison, mais d'un surveillant (maton ou son équivalent verlanisé tonma, étant plutôt du langage des détenus) ; et même pas d'une prison, mais d'un établissement pénitentiaire (lycée ou collège restant également du côté des détenus).
Ces précautions lexicales érigées par l'administration fondent un code de relations qui tend à imposer le respect, la règle du voussoiement systématique entre surveillants et détenus en étant l'un des aspects.
Ces débats terminologiques sont d'importance, et il n'est pas indifférent pour leur statut que les surveillants viennent à souhaiter être dénommés agents de justice.


Faire gaffe

Comme un soldat de guet 
Au XIVe, un gaffre était un soldat du guet (de l'allemand gaffen, regarder bouche bée). 
Au XIXe siècle, le gaffe était le complice qui faisait le guet lors d'un fric-frac. 
Au XXe siècle, pour le prisonnier derrière les barreaux, le gaffe est le maton, le surveillant. 
D'où le sens actuel de faire gaffe, faire attention.


Pas de quartier

Pas de rançon 
Prisonnier, un chevalier avait plus de valeur que mort : on pouvait en exiger une rançon. Les prix étaient variables en fonction de la renommée du captif. Jusqu'à l'an 1568, qui vit les Espagnols et les Hollandais se mettre d'accord pour fixer la rançon d'un officier au quart de sa solde annuelle, à payer par le capitaine propriétaire de son régiment comme on l'était alors. De là l'expression demander quartier. 
L'accord stipulait la possibilité de ne pas faire de quartier pour les simples soldats et de les exécuter.


Passer au tourniquet

Passer en conseil de discipline 
Du nom de l'ancien supplice dans lequel on brisait les membres du condamné, ce moderne tourniquet agite également le prévenu dans tous les sens.


Tonnerre de Brest !


L'expression la plus célèbre du cher capitaine Haddock ne fait aucunement référence à quelque orage qui frapperait régulièrement le port breton... En fait, l'expression date du XVIIIe siècle, à l'époque où Brest avait un bagne. Chaque fois qu'un bagnard parvenait à s'échapper, l'alerte était donnée par le canon d'alarme du bagne que l'on surnommait le Tonnerre de Brest à cause du grondement que l'on pouvait entendre à des lieues à la ronde. Le bruit du canon était aussi le signal attendu par les innombrables bohémiens qui grouillaient aux alentours du bagne, appâtés par la récompense promise en cas de capture du fugitif. C'était donc une véritable meute qui se lançait aux trousses du prisonnier évadé.
Rares étaient ceux qui passaient entre les mailles du filet. La troisième tentative de François Vidocq fut la bonne. Il avait été condamné pour faux à huit ans de travaux forcés à Brest. En 1809, il fut décidé de créer une brigade de police composée d'anciens forçats dont Vidocq devint le chef. Il démissionna une vingtaine d'années plus tard pour se lancer dans les affaires. Son entreprise ayant fait faillite, Vidocq reprit du service dans la police en 1832. Chassez le naturel... Vidocq fut renvoyé pour vol. Balzac s'en inspira pour son personnage de Vautrin.
Entre les références à Tintin et à Balzac, voilà bien un juron qui a gagné ses galons d'idiome littéraire, non ?!!



Manger le morceau

En se mettant à table 
Le détenu qui dénonçait ses complices avait le droit de rompre le jeûne du cachot en cassant le morceau. 
Aujourd'hui, on promet aux mouchards qui se mettent à table une remise de peine ou l'indulgence du juge. Mais la loi du milieu fait que beaucoup ne mangent pas de ce pain-là.

Être vache

Tout avachi 
Au temps de Flaubert, être vache avait un tout autre sens qu'actuellement : c'est être mou, avachi. Comme une vache qui regarde passer un train, dira-t-on plus tard. C'est sous l'influence du coup de pied en vache que ce paisible ruminant est devenu synonyme de méchant. C'est à la caserne ou en prison − le mot y est né − que se rencontre le plus vache de tous, le gradé ou le maton, une véritable peau de vache.


Peau de vache

Le plus vache de tous
Au temps de Flaubert, être vache avait un tout autre sens qu'actuellement : c'est être mou, avachi. Comme une vache qui regarde passer un train, dira-t-on plus tard.
C'est sous l'influence du coup de pied en vache que ce paisible ruminant est devenu synonyme de méchant. C'est à la caserne ou en prison − le mot y est né − que se rencontre le plus vache de tous, le gradé ou le maton, une véritable peau de vache.