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Être blanc comme neige

Symbole de l'innocence...
Sauf qu'aujourd'hui, la neige... plus c'est pur, moins c'est innocent !!!
Blague à part, le blanc symbolise donc l'innocence, la joie et la pureté.
Ce qui est associé à Dieu se reconnaît à cette couleur, les anges dans l'AT, le Christ dans le NT.
Le thème culmine dans l'épisode de la Transfiguration et dans l'Apocalypse, véritable camaïeu de blanc.
AT - Psaumes, livre 51, verset 9 ; Livre des Nombres, livre 12, verset 10 ; Livre d'Ésaïe, livre 1, verset 18 ; Livre de Daniel, livre 7, verset 9
NT - Apocalypse, livre 1, verset 14



Tu me fends le cœur

Marcel Pagnol, Marius, III, 1
N'ayant pas suivi attentivement la partie de cartes, Escartefigue se demande s'il soit couper à cœur. César, son partenaire, tente de lui faire signe, mais Panisse, outré, le surveille. César dramatise : « Quand tu parles sur ce ton, quand tu m'espinches comme un scélérat, eh bien, tu me fends le cœur... Pas vrai, Escartefigue ? Il nous fend le cœur ». 
Escartefigue, ravi, coupe à cœur, et Panisse, furieux, quitte la partie. Si on ne peut plus tricher avec ses amis, conclut César, ce n'est plus la peine de jouer aux cartes. Réflexion qui va plus loin que la boutade et qui contient une définition paradoxale de l'honnêteté : car bien tricher est un art qui a le droit d'être exercé, et le faire avec ses amis délivre de la tentation dans des circonstances plus officielles.


C'est la bouteille à l'encre

Une situation obscure 
L'origine de cette expression est plus limpide que son objet : l'encre de jadis était confectionnée à partir de noir de sèche qui laissait un dépôt noirâtre sur les bouteilles à encre même vides. On y voyait aussi peu clair à l'intérieur que dans une situation obscure.


Mon œil !

Il est de quelle couleur ? 
Contrairement à ce qu'on pourrait croire, Mon œil ! n'est pas un euphémisme de Mon cul ! mais l'abréviation de la très décente expression apparue sous le Second Empire : « Regarde de quelle couleur est mon œil ». Elle était employée pour inviter son vis-à-vis à vous regarder fixement pendant qu'on lui jouait un tour ou une farce. 
Renversant la situation, celui qui flairait la supercherie dans un propos s'écriait par antiphrase : « Regarde la nuance de mon œil, pour montrer qu'il n'était pas dupe. »


Passer au bleu

Selon Maurice Rat, les poudres à laver le linge contiennent aujourd'hui adoucissant et azurant incorporés destinés à assurer un blanc plus que blanc. Autrefois, les blanchisseuses devaient ajouter à l'eau de rinçage du bleu de lessive aussi bleu anglais ou azur pour faire disparaître les reflets jaunâtres du linge. C'est bien le sens de passer au bleu.
Il existe cependant une autre explication que voici : Ce qui passe au bleu, qui est escamoté, est précisément une chose qui ne dépend pas de nous, mais que l'on attend, soit parce qu'on la désire (une augmentation, des vacances), soit parce qu'on la redoute (une amende, une facture). Dans tous les cas, il y a quelque chose d'un peu illicite dans l'opération. En outre, si nous en sommes l'exécutant, nous faisons passer quelque chose au bleu.
C'est pourquoi l'explication de Maurice Rat n'est pas entièrement satisfaisante, car passer le linge au bleu n'avait rien de louche ni de décevant pour qui que ce soit !
Dans un sens un peu analogue, les Anglais disent washout (lavé, lessivé). Leur mot vient du jargon de la marine au temps où les messages étaient écrits sur une ardoise que l'on transmettait et que l'on essuyait après usage. On pouvait donc les laver avant qu'elles aient atteint leur destinataire.
Le mot était en vogue pendant la Première Guerre mondiale : se pourrait-il qu'il y ait eu des pratiques similaires dans notre marine ?...

Supprimer ou effacer se disait auparavant passer au safran. On a donc simplement changé de couleur. Ce safran était la couleur jaune dont on peignait la maison de celui qui faisait banqueroute en escamotant l'argent de ses fournisseurs et créanciers.


Rire jaune

Le jaune est une couleur contradictoire. 
Quand il est vif et éclatant, il représente la couleur du soleil et de l'or ; il est à ce titre attribué aux dieux, à la puissance des princes, des rois, des empereurs, pour proclamer l'origine divine de leur pouvoir. 
Au contraire, quand il est mat, il représente la couleur du soufre, de l'enfer, et devient le symbole de la trahison, de la déception. Il est alors « associé à l'adultère quand se rompent les liens sacrés de l'amour divin, rompus par Lucifer» (in Le Dictionnaire des Symboles). 
C'est ainsi que dans l'imagerie du Moyen Âge, le jaune devint la couleur traditionnelle de Judas, le traître par excellence, celui qui avait vendu le Christ lui-même !
«Jaune, paisle jaune doré, couleur de Judas, de vérolé, d'aurore, de serein », dit quelque part d'Aubigné. De cet apôtre mal famé le symbole passa aux Juifs en général, que dans certains pays la loi obligeait à s'habiller en jaune − tradition ressurgie à point sous le nazisme de sinistre mémoire...
En Espagne, les victimes des autodafés étaient vêtues de jaune en signe d'hérésie et de trahison ; en France, on badigeonnait en jaune la porte des félons. C'est véritablement une couleur qui n'a pas bonne réputation !
« Il rit jaune comme farine, note Oudin en 1640 : Il fait mauvaise mine, ou du bout des dents comme saint Médard », pour faire bonne contenance, n'a guère évolué depuis.
Saint-Simon emploie la tournure appliquée à un personnage peu sympathique : « [Chamillart était] très entêté, très opiniâtre, riant jaune avec une douce compassion à qui opposait des raisons aux siennes » (Mémoires, vers 1743).
Quant au Père Peinard, il y voit encore moins de franchise dans son numéro du 3 novembre 1889 où il prévoit une belle récolte pour l'hiver : « Ah, mille tonnerres, l'hiver s'annonce bougrement mal pour les richards ; tout ça va leur foutre une frousse du diable ! Ils pourraient bien piquer un de ces chahuts, très hurf, quelque chose dans les grands prix, qui les ferait rire jaune. Et nom de dieu, m'est avis que ça ne serait pas trop tôt. »


Se mettre dans de beaux draps

Bien blancs 
L'Église consentait à pardonner le péché de luxure, mais contre une dure pénitence : assister à la messe du dimanche entouré d'un drap blanc ou vêtu d'habits blancs. Ils désignaient le pécheur ou la pécheresse aux yeux de tous. 
Le blanc était le symbole de la pureté retrouvée. De la même manière étaient habillés de blanc les condamnés repentants qui acceptaient de faire amende honorable avant d'être exécutés. 
Cette coutume explique la formulation première de l'expression se mettre dans de beaux draps blancs ; beaux par antiphrase pour évoquer la sale situation où l'on s'était fourré.

Se tenir à carreau

À l'abri des arbalètes 
Qui se garde à carreau n'est jamais capot. Ce proverbe a pu faire croire que l'expression était née dans un tripot, mais il n'est bâti que sur la consonance car la couleur carreau n'a pas de prédominance dans aucun jeu de cartes. 
Se tenir à carreau c'est en fait se tenir à l'abri des carreaux, ces traits d'arbalète ainsi nommés parce que leur pointe était taillé à quatre pans.


Un lieu noir de monde

Tout de noir vêtu 
Expression que la plupart emploient sans songer à son sens réel : Au XIXe siècle, les convenances exigeaient pour sortir en public une tenue noire ou sombre, même pour se promener le dimanche en famille...


Voir rouge

Concevoir une vive colère 
L'expression attestée au milieu du XIXe siècle, sous la plume d'Eugène Sue, signifie s'emporter au point de voir tout rouge, d'avoir les yeux injectés de sang. 
En fait, la locution procède d'une métonymie : la colère est censée injecter de sang les yeux, et la vision est symboliquement colorée de rouge. Celui qui voit rouge projette ses sentiments d'hostilité sur ce qui l'entoure. 
Très visuelle, cette locution est sémantiquement ambiguë : elle n'a guère de rapport avec la vision en rose et procède plutôt d'expressions comme être aveuglé par la colère. En outre, le rouge connote assez clairement le sang.


Envoyer au diable Vauvert

Envoyer paître 
Envoyer quelqu'un au diable, c'est souhaiter le voir partir pour un lieu d'où il ne reviendra jamais. L'envoyer aux cent mille diables, c'est encore plus loin. Mais quel est donc ce diable vert ou vauvert quand la tradition l'habille de rouge ou de noir ?!! 
Les Parisiens disaient faire le diable de Vauvert, ce qui signifiait se démener : comme un diable dans un bénitier. Selon la rumeur publique, vivait autrefois dans les ruines du château de Vauvert un démon redoutable.
Au temps de Saint Louis, les Chartreux y avaient fondé une abbaye réussissant à le chasser hors des murs de la ville bien après la place d'Enfer (qui deviendra curieusement la place Denfert-Rochereau dans le XIVe arrondissement).
C'était loin pour un Parisien de l'époque. Ce qui explique la première forme de l'expression : au diable vauvert. Le diable de Vauvert ne fait plus parler de lui. 
S'est-il repenti après être rentré chez les moines de l'abbaye ou bien est-il parti vivre très loin à la campagne (au vert !) ? Son suppléant le diable vert habite, croit-on, en lieu encore plus lointain, en pleine verdure.


L'éminence grise

Qui reste dans l'ombre 
Le père François-Joseph du Tremblay, ministre occulte des Affaires étrangères et conseiller secret de son Éminence rouge, le cardinal de Richelieu, doit son nom à la couleur grise de sa robe de l'ordre des Capucins. Officiellement, il était préfet des missions.


Un blanc isabelle

Cette couleur est mitoyenne entre le blanc et le jaune, mais avec une prédominance de ce dernier. L'expression s'emploie principalement pour un cheval, un isabelle.
Cette nuance viendrait du vœu fait par Isabelle la Catholique au XVe siècle. À cette époque, le royaume de Grenade, au sud de la péninsule Ibérique, était aux mains des Maures, des infidèles, depuis 756, date de sa fondation par les Arabes. La ville de Grenade, dont les monuments actuels témoignent encore de la magnificence, devint la capitale du royaume musulman.
Cette épine au talon de la très religieuse Espagne irritait les Rois Catholiques Ferdinand II et Isabelle. Cette dernière avait fait vœu de ne point changer de vêtements tant que la ville de Grenade ne serait pas libérée des musulmans. Elle dut attendre jusqu'en 1492 et imperceptiblement ses chemises, jupons et autres sous-vêtements, qui avaient été un jour immaculés, prenaient une couleur et une odeur moins agréables aux yeux et aux narines.
Le blanc isabelle était né !

Tapis vert

Argot des transports (train, métro, bus...) : Conseil de discipline
Sans doute, certain feutre vert de tables où siège le conseil de discipline est pour quelque chose dans cette métaphore, mais aussi ironiquement l'aspect de jeu de hasard auquel peuvent être associées les décisions qui y sont prises. Passer au tapis vert fait cependant, à l'entendre, plus doux que passer au tourniquet qui se dit particulièrement dans la police.


Avaler des couleuvres

À la place des couleurs 
Il est facile pour un héron d'avaler des couleuvres. Les humains avalent mieux les couleurs. 
Dans le sens ancien du mot, couleur était une fausse apparence donnée à quelque chose. Avaler des couleurs n'étant plus compris, la logique populaire lui substitua des couleuvres, symboles de manœuvres tortueuses.


Connu comme le loup blanc

Animal mythique 
Un loup rôdant dans les forêts alentour faisait souffler un vent de panique sur le village. On rentrait bêtes et enfants. La nouvelle se répandait comme une traînée de poudre. Elle était vite connue de tous. 
Être connu comme le loup, forme première de l'expression au XVIe siècle avait déjà le sens d'être notoire. 
Le XVIIIe siècle précisa la couleur de l'animal. Le loup blanc est une réalité un loup albinos : sa rareté avait fait de lui un animal mythique qui avait la réputation de toujours échapper aux chasseurs.


Noir comme un geai

Faux... son plumage est bigarré ! 
À partir du jais, pierre dure de lignite, on faisait jadis des bijoux de deuil. On doit donc dire « noir comme du jais » et non « comme un geai ». 
Le geai appartient à la famille du corbeau cependant que son plumage n'est pas noir mais bigarré et terne, sauf quand il se pare des plumes du paon. 
L'homonymie est restée trompeuse pour beaucoup.


Travailler au noir - Faire du marché noir

Quand un robinet fuit ou une lampe se déglingue, on hésite à appeler un réparateur officiel dont l'auscultation vaut déjà une fortune et qui, s'il change un joint ou un cordonnet, vous entraîne dans des frais sérieux.
Les ouvriers qui travaillent au noir, enfreignant toutes les conventions collectives, semblent calquer l'appellation de leurs services sur le célèbre marché noir, celui qui fleurit dans l'ombre clandestine des années 40, et dont les échanges avaient parfois lieu dans des caves effectivement obscures. L'aspect illicite et plein de dangers de ces activités évoque en fond ténébreux la magie noire et les messes du même tonneau...
Or, si ces motivations souterraines ont sûrement participé au succès de ces expressions parentes, elles n'ont pas été suffisantes pour les créer !
Contrairement à l'idée reçue, le marché noir, aussi bien que le travail au noir existaient en France avant la guerre de 1939; il semble même que l'un ne dérive pas de l'autre, mais qu'ils aient tous deux empruntés à l'allemand dans les années qui suivirent la guerre précédente, années pendant lesquelles c'était le Français qui était l'occupant.
Le professeur J. Fourquet, en retraite à Fresnes, apporte les précisions suivantes : « En allemand, le terme de composition Schwarz (noir) entre dans des composés tels que : Schwarzarbeit, travail au noir 
Schwarzbrenner, bouilleur de cru clandestin 
Schwarzfahren, voyager sans billet 
Schwarzgeschäft, trafic clandestin 
Schwarzmarkpreis, prix de marché noir 
Scwarzschlachten, écouter la radio sans payer la taxe. Ce sens de scwharz a connu une diffusion particulière à l'époque des restrictions dues à la guerre de 1914-1918. 
Le Schwartzschlachten, abattage clandestion ou au noir de 14-18 avait amené la sérieuse administration prussienne à réagir : il y avait pour chaque cochon un bulletin de naissance, un passeport pour les déplacements, et un acte de décès !
Il est donc vraisemblable que le marché noir nous vienne de l'Allemagne de 1914-1918. » 
Ces suggestions sont corroborées par M. Léon Martineau de La Roche-sur-Yon : « L'expression marché noir était certainement connue dans des pays qui subissaient dès avant la guerre des restrictions alimentaires et de matières premières (l'Allemagne, par exemple). Le marché noir français ne devait apparaître que plusieurs mois après. » 
Sur le travail au noir, M. Martineau fournit également des renseignements très clairs : « Issu d'une famille d'artisans, j'ai soixante-cinq ans ; il me souvient d'avoir entendu déjà dans les années 30 les parents pester contre le travail noir ou le travail au noir. L'expression était d'ailleurs, dès cette époque, employée dans des documents officiels et dans des revues des chambres de commerce et de métiers » (lettre du 5 février 1981, à M. Claude Duneton).