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Bible

Le grec biblon (du nom de Byblos qui contrôle le commerce du papyrus égyptien) signifiait coeur du papyrus et par extension livre. Dans l'AT, c'est encore un substantif ordinaire : livre de la Loi, livre de Moïse... Mais l'emploi absolu se trouve déjà dans Daniel (9,2), où il désigne probablement les livres prophétiques (au pluriel biblia).
C'est sur ce neutre pluriel que l'on forma le féminin singulier bible, qui désigne les deux Testaments dès le IIe siècle (saint Jean Chrysostome).
Par extension, il désigne aujourd'hui un livre de référence, dans lequel tout s'y trouve et retrouve — sauf vous, complètement perdu !!!


Le lys dans la vallée

Cette expression est surtout connue grâce au roman de Balzac, et désigne la Bien-Aimée.
AT - Cantique des cantiques, livre 2, verset 1


Pleurer comme une Madeleine

Comme une pécheresse repentie
Pleurer à torrents, ce qui n'a rien à voir avec le petit gâteau qui dégouline et s'effondre après avoir été trempé dans la tasse de thé...
Blague à part, l'expression remonte au XIVe siècle. Sainte Marie-Madeleine, ainsi appelée parce que née à Magdala en Galilée, était la pécheresse repentie qui inonda de ses pleurs les pieds du Christ mort en croix. On disait aussi faire la Madeleine, pour affecter le repentir. Expression récente, la madeleine de quelqu'un est la personne ou le fait qui fait ressurgir le passé. Allusion à Proust et à sa madeleine trempée dans une tasse de thé qui fait remonter ses souvenirs les plus lointains dans son œuvre À la recherche du temps perdu.
Mise en valeur par Stanislas Leczinski, le beau-père de Louis XV, la madeleine est devenue la spécialité de Commercy. Pas moins de cinq habitantes de cette petite ville de Lorraine, portant ce nom ou ce prénom, revendiquent la paternité du gâteau. 
NT - Évangile selon saint Luc, livre 7, versets 37 à 47



À boire, à boire, par pitié

Victor Hugo, Légende des siècles, XLIV, 4, vers 10 (1859) Pour avoir été, comme les Fables de La Fontaine, appris par cœur à l'école ou au lycée, les vers de Victor Hugo finissent toujours par revenir à la plume. Presque tous les vers d'Après la bataille pourraient être cités ici :
« Mon père, ce héros au sourire si doux,
Suivi d'un seul housard qu'il aimait entre tous 
Pour sa grande bravoure et pour sa haute taille, 
Parcourait à cheval, le soir d'une bataille, 
Le champ couvert de morts sur qui tombait la nuit. »
Un gémissement attire l'attention du général Hugo.
« C'était un Espagnol de l'armée en déroute 
Qui se traînait, sanglant, sur le bord de la route »,
et dont le cri À boire, à boire, par pitié éveille la compassion du vainqueur. Au moment de recevoir la gourde, le blessé se relève et tire un coup de feu sur le Français en criant Caramba...
« Le coup passa si près que le chapeau tomba
Et que le cheval fit un écart en arrière. 
Donne-lui tout de même à boire, dit mon père »


Aide-toi, le ciel t'aidera

La Fontaine, «le Chartier embourbé », Fables, VI, 18 (1668)
Serait ce là la constatation de l'inutilité d'un appel au Ciel quand on peut arriver à ses fins par soi-même ? Faut-il comprendre que Dieu ne peut pas plus que ce que l'homme fait pour se sauver ?
« D'autres comprennent cette exclamation comme une exhortation à l'effort, avec un brin d'hypocrisie, qui pourrait même devenir un conseil d'égoïsme, comme d'aucuns l'interprètent encore »... 


Aimez-vous Brahms ?

Titre d'un roman de Françoise Sagan (1959)
L'héroïne, invitée par cette question à un concert par un jeune homme de quatorze ans son cadet, voit soudain basculer toutes ses certitudes. 
« C'était le genre de questions que les garçons lui posaient quand elle avait dix-sept ans.» 
Il lui semble qu'elle révèle «tout un immense oubli : tout ce qu'elle avait oublié, toutes les questions qu'elle avait délibérément éviter de se poser. » 
Elle découvre subitement la différence entre aimer et savoir qu'on aime : si dans le domaine culturel, la perte de la sensation immédiate est triste, mais non vitale, la question devient grave lorsqu'elle concerne le compagnon avec qui elle vit. Aime-t-elle Roger comme sa mère, sa vieille nourrice, sa voiture ?
La banalisation de l'amour et la nécessaire remise en question de certitudes sont résumées dans ces trois mots.



Ainsi parlait Zarathoustra

Poème philosophique de Nietzsche (1883-85)



Alchimie du verbe

Arthur Rimbaud, Une saison en enfer, « Délires », II (1873)


Amour, amour, quand tu nous tiens / on peut bien dire : adieu prudence !

Allusion au « Lion amoureux », de La Fontaine, Fables, IV, 1
La morale s'applique à ceux qui se sont laissés dépouiller de tout par amour et dont on jette l'écorce sans remords.





Appeler un chat un chat

Allusion à la première satire de Boileau (1666), longue critique de la société parisienne par un poète en passe de s'exiler et qui n'a jamais réussi à se plier à la courtisanerie.
« Je ne sais rien nommer si ce n'est par son nom.
J'appelle un chat un chat, et Rolet un fripon. » (v. 52)
Charles Rolet, procureur au Parlement, avait apparemment cette réputation ailleurs que dans la satire de Boileau. Aujourd'hui, et peut-être à cause du double de chat, l'allusion invite à s'affranchir de toute pudeur de langage, plutôt qu'à exposer hardiment sa pensée. 
Si elle ne suffit pas, on peut l'assortir de ces vigoureuses formules empruntées à Béroalde de Verville, qui avait bien besoin de ce genre de justification :
« Les paroles ne sont point sales, il n'y a que l'intelligence 
Un étron incommode-t-il le soleil, bien que ses rayons s'y jettent ?
Seriez-vous bien aise que l'on vous ostat le cul pource qu'il est puant, & le sera jusqu'à la mort ? »
L'auteur du Moyen de parvenir expliquait ses comparaisons que les mots les plus crus avaient leur place dans ses discours... Grâce à Boileau, en termes plus galants, on peut aujourd'hui le dire.


Attacher le grelot

Au cou du chat
C'est à La Fontaine que l'on dit la locution. Dans sa fable Le « Conseil tenu par les Rats », ceux-ci décident d'attacher un grelot au cou du terrible chat Robillard pour contrôler ses allées et venues. 
Attacher le grelot est aujourd'hui attirer le premier l'attention sur le danger d'un situation.


Aujourd'hui plus qu'hier et bien moins que demain

D'après Edmond About, Le Roman d'un brave hommech. 16 (1874)
Incarnation du moralisme progressiste du XIXème siècle, prophète de la trinité bourgeoise Travail-Patrie-Famille, About avait romancé, pour illustrer sa conception du brave homme, l'exaltation et les dangers de l'ascension sociale. Dumont, son héros narrateur, raconte à cinquante ans son trajet de la misère à la fortune, puis de la ruine au redressement, en montrant comment l'amour de sa femme l'a soutenu dans les épreuves : « Je ne sais pas s'il en existe au monde une plus belle, conclut-il, car l'idée de la comparer à une autre ne m'est jamais entrée dans l'esprit. Ce que je puis vous assurer, c'est que je l'aime aujourd'hui un peu plus qu'hier et un peu moins que demain. » 
Ainsi s'achève le roman dans la fusion des ascensions sentimentale et sociale...


Avoir les yeux de Chimène

Boileau, Satires, IX, vers 232 (1667)
Lorsqu'en 1637 Corneille fit représenter le Cid, le public lui fit un accueil triomphal qui dut éveiller quelques jalousies parmi les confrères de l'auteur. Un Rouennais pouvait-il impunément s'imposer à Paris ? C'est un compatriote, Georges de Scudéry, qui attacha son nom à la querelle du Cid en attaquant Corneille sur le plan théorique et entraînant à sa suite les milieux intellectuels parisiens, peut-être avec l'appui de Richelieu. Le ministre pouvait voir d'un mauvais œil, en effet, cet acte d'indépendance d'un de ses auteurs, puisque Corneille appartenait au groupe des Cinq Auteurs patronnés par Richelieu.
L'Académie elle-même dut prendre position et reprocha à Corneille de n'avoir pas respecté dans le Cid les règles classiques, la bienséance et la morale.
Dans cette condamnation, plus nuancée que celle de Scudéry, on a pu voir aussi la patte de Richelieu, bien que son rôle soit contesté dans la querelle.
C'est à ces événements que fait allusion Boileau dans sa IXe satire :
« En vain contre le Cid un ministre se ligue,
Tout Paris pour Chimène a les yeux de Rodrigue. »
C'est donc la bonne poésie attaquée par la critique et vengée par le public que désigne primitivement l'allusion. Mais on dit bientôt qu'avait les yeux de Rodrigue l'amant trop aveuglé par la passion pour voir les défauts de sa maîtresse. La bienséance inventa donc les yeux de Chimène, puisque les hommes n'ont ni le monopole du cœur ni celui de l'aveuglement. C'est une expression qui est restée au sens figuré.


Beaucoup de bruit pour rien

Titre d'une comédie de Shakespeare (1598) 
« Much ado about nothing »

Bon appétit, messieurs !

Victor Hugo, Ruy Blas, III, 2 (1838)
Ainsi stigmatise-t-on encore ceux qui se réunissent pour se partager le gâteau , requins de la politique ou de la finance.


Bonjour tristesse

Paul Eluard, la Vie immédiate, « À peine défigurée » (1932)
Repris par Françoise Sagan comme titre de son premier roman, en 1954.


Bottes de sept lieues

Charles Perrault, Le Petit Poucet (1697)
Si le rêve d'une victoire conjointe sur l'espace et le temps est aussi vieux que l'homme, les progrès technologiques ont relégué au rang des mythologies enfantines les bottes de sept lieues, les sandales ailées de Persée, les talonnières d'Hermès ou la jument de Mahomet, dont les enjambées s'étendent aussi loin que peut porter la vue.
La lieue gauloise valait 1,5 mille romain. Le mille, cependant, variait du simple au double selon qu'on le calculait en pas (gradus) ou en pas doubles (passuus) : la lieue pouvait donc osciller entre 2,4 et 4,8 km... À l'époque de Perrault, la lieue de France est estimée à 3898 m, ce qui donne à l'ogre des enjambées de 28 km !
Perrault a explicitement fait de son héros l'ancêtre de nos facteurs. Le Petit Poucet, nouvellement chaussé après son aventure, devint le messager du roi dans les batailles lointaines et celui des dames séparées de leur amant. Il lui arrivait aussi de porter les lettres des bourgeoises à leur mari, mais plus rarement, car la course était mal payée : l'astucieux marmot peut donc être considéré comme l'initiateur de la grève postale pour revendications salariales !
Mais on peut aussi interpréter plus audacieusement ces bottes de sept lieues. Le rapport censé exister entre la longueur du pied et la longueur (ou la profondeur) des organes sexuels est un préjugé répandu depuis le Moyen Âge.
Les chaussures en ont hérité, comme le rappelle le couplet de Cadet Roussel qui attribue trois souliers au muscadin :
« Le troisième n'a pas de semelle, il s'en sert pour chausser sa belle... »
Est-ce d'une botte de ce genre que s'empare le Petit Poucet ? Bien des indices ont permis aux psychanalystes de se pencher sur l'inconscient de M. Perrault. Sans doute faut-il avoir l'esprit singulièrement mal tourné pour souligner qu'il n'y a pas de bottes de sept lieues qui fatiguent fort leur homme... Mais un rapprochement avec Le Chat Botté ne manque pas de pertinence. À peine l'animal a-t-il chaussé les bottes qu'il réclame, qu'il devient Maître Chat, acquérant la respectabilité et la hardiesse qui lui font défaut.
Dans les deux cas, il y a un cadet de famille, oublié dans la succession ou tenu comme quantité négligeable (considéré donc comme une fille juste bonne à servir un chat) aspirant à la domination, et y parvenant après s'être chaussé royalement. Coïncidence pour le moins troublante, pour un auteur qui fut lui aussi cadet d'une famille nombreuse, mais qui dépassa ses aînés sur la route de la gloire grâce à ses bottes de sept lieues.


Briller par son absence

Tacite, Annales, III, 76
Aux funérailles de Junie, sœur de Brutus, et veuve de Cassius, les images de vingt familles illustres sont exposées, « mais Cassius et Brutus brillaient par cela même que leur effigie n'apparaissaient pas » ; la formule est fixée en français par une traduction du latin de Marie-Joseph Chénier, Tibère, I, 1 (1819) : « Brutus et Cassius brillaient par leur absence ».


C'est mon avis et je le partage

D'après Christophe, Les Facéties du sapeur Camember, Confidences 1898)
Lointain précurseur de la bande dessinée, Georges Colomb qui signait Christophe, imagina les types, longtemps populaires, de la famille Fenouillard et du sapeur Camember, au langage tissé de lieux communs mal compris.
La formule ici s'inspire de Joseph Prudhomme, personnage créé par Henry Monnier en 1830 : « Apprenez, Monsieur, c'est mon opinion et je la partage, que l'oisiveté est la mère de tous les vices » (Les Mémoires de M. Joseph Prudhomme, 1857).



C'est une tarte à la crème

Vieille recette éculée
Mark Sennett a popularisé à l'écran les batailles burlesques à coups de gâteaux à la crème.
Ce qui fait que beaucoup ne comprennent plus qu'une tarte à la crème est un lieu commun, un argument rebattu. Encore moins savent que le terme a pour origine une scène de L'École des Femmes où Molière emploie l'expression dans ce sens figuré.