Affichage des articles dont le libellé est argot. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est argot. Afficher tous les articles

Faire des pompiers

Le verbe pomper était déjà connu au XIXe siècle pour exprimer la fellation. Alfred Devau note en 1864 la série alphabétique : Pomper le dard, pomper le gland, pomper le nœud. Toutes ces expressions sont encore bien vivantes, tant au sens propre que pour signifier l'exaspération. 
Les pompiers, par contre, ne sont apparus qu'au XXème siècle, et la première attestation du mot fut donnée par Cellard, en 1928. L'expression était même d'un usage courant dès la Seconde Guerre Mondiale : « Maintenant qu'elle était servie, qu'elle mordait hardiment dans ses biscottes, il n'y avait plus qu'à se retirer. Des lèvres à faire des pompiers qu'elle avait, pas d'erreur ! Je voudrais être biscotte... » (R. Guérin, L'Apprenti, 1946)
Le terme est toutefois aujourd'hui en perte d'usage. Le prestige de l'uniforme n'est plus.


Partouze

La partouze est aujourd'hui une activité sexuelle collective, sans égard au nombre des participants — à partir de trois, cela s'entend.
Le mot s'emploie du reste assez librement par tout débordement sexuel, de préférence avec témoins, ces récréations étant en principe l'apanage des classes aisées de la société.
Jacques Cellard fait apparaître cette acception dès 1925 : « Figure-toi que les gens de la haute ont inventé un vice nouveau. Tous ces blasés ne prennent plus grand plaisir à faire ce que vous pensez ; le ragoût, pour eux, c'est de se le regarder faire entre eux. On appelle ça "La Partouze" ! » (Galtier-Boissière, La Bonne vie, 1925, Cellard).


Prendre son fade

G. Esnault le relève aussi en 1850 au sens de ration : « un petit fade d'eau-de-vie », ou encore en 1899 : « Il a son fade » pour « il est ivre ».
La valeur sexuelle de l'expression a probablement suivi de prendre son pied, ce qui n'empêche pas un usage parfois fantaisiste et imagé : « La campagne prenait son fade avec la campagne », Bertrnad Blier, Les Valseuses, 1973.
L'expression prendre son fade est restée de connotation plus argotique et ne s'est pas répandue aussi largement dans la langue courante que son parallèle prendre son pied. Elle a gardé par ailleurs un sens strictement sexuel.
Comme le pied, le fade désignait la part du butin chez les voleurs du XIXe siècle.
Puis le mot est rapidement passé dans l'argot de tout un chacun, au point que Balzac l'employait, et que Delvau le désigne en 1866 comme : « quote-part de chacun dans une dépense générale ; écot que l'on paye dans un pique-nique. Mot de l'argot des voleurs qui a passé dans l'argot des ouvriers ».


Prendre son pied

Il s'agit véritablement ici d'une expression vedette, le mot de passe non seulement des jouissances contemporaines, mais de toute une génération lève-tabou, qui a vu son épanouissement autour des événements de mai 68.
Il est assez remarquable que cette expression, de construction après tout banale, qui a pris naissance dans le milieu des voyous, ait circulé si longtemps — un demi-siècle au moins — dans les profondeurs de l'argot et de la langue verte des zonards pour exploser soudainement dans le grand public et devenir le mot préféré de tout un chacun. C'est sans doute qu'elle touchait brusquement un archétype, en se remotivant dans l'inconscient collectif par l'image du bébé heureux qui s'empare de son petit pied pour le sucer, aussi bien que par celle de la femme, que relevait déjà Aristophane dans Lysistrata, qui saisit son pied au moment de la jouissance sexuelle.
Le mot pied, équivalent de fade, plus ancien et plus fréquent, est bien établi dans l'argot du début du XIXe siècle au sens de part de butin. C'est ainsi que Vidocq le présente dans Les Voleurs, en 1836 : « Pied. Les tireurs (voleurs à la tire) avaient autrefois l'habitude, en partageant avec les Nonnes et les Coqueurs (des complices spécialisés dans la manipulation des attroupements), de retenir, sur la totalité du chopin (butin), 3 ou 4 francs par louis d'or. Plusieurs tireurs qui existent encore à Paris, et qui sont devenus sages, avaient l'habitude de prélever cette dîme ».
Ce sens étroit paraît s'être développé dans la dernière partie du siècle pour prendre la valeur de part, de compte, de ration — toujours parallèlement à l'évolution de fade. On trouve dès 1878 j'en ai mon pied, pour dire j'en ai mon compte, j'en ai plus qu'assez, j'en ai ma ration, j'en ai ma claque — en somme j'en ai marre !!!
C'est probablement au travers de ce sens de ration portée à son comble, d'une femme qui prend sa ration, qui en a pour son compte dans les ébats sexuels que prendre son pied s'est installé d'abord dans la jouissance, puis, plus généralement, dans l'idée d'un plaisir très vif.
En effet, ce mot sorti de l'ombre au début des années 20 est resté longtemps attaché au plaisir exclusivement féminin.
Contrairement à ce qu'on pourrait croire, la valeur non sexuelle de l'expression, devenue la plus fréquente aujourd'hui, est apparue dans l'usage à peu près en même temps que sa valeur d'orgasme !
Ainsi, les deux sens, propre et figuré, ont-ils cheminé de concert pendant plusieurs décennies dans des cercles relativement restreints avant d'inonder le champ des grands bonheurs publics.


Rouler un patin

Patin que les linguistes appellent déverbal du verbe ancien patiner qui avait le sens érotique de caresser avec insistance comme avec une grosse patte. Remplacé par peloter au XIXe siècle, patiner reprendra vie sous la forme rouler un patin dans les années 30 en pleine vogue du patin à roulettes !
À noter que le verbe peloter a donné lui aussi naissance à un calembour du même acabit : rouler un pélot, un palot, une pelle, tandis que la chaussure de patinage inspirera rouler une galoche. 


Rouler une pelle

Le verbe peloter, qui remplaça au XIXe siècle celui de patiner (qui avait le sens érotique de caresser avec insistance comme avec une grosse patte) a donné lieu à un calembour : rouler un pélot, un palot, une pelle, tout comme patiner, qui refit surface dans les années 30, en pleine vogue du patin à roulettes, inspira rouler un patin et rouler une galoche (pour la chaussure de patinage).


Se sucer la pomme

Se bécoter
L'expression était déjà de mode au XIXe siècle, et relevée par Delvau en 1866 :
« Se sucer la pomme. S'embrasser, se bécoter. On dit aussi se sucer le trognon ». La pomme étant la tête, l'expression a duré aujourd'hui au sens de bécotage prolongé et incessant ; elle évoque des amoureux qui n'arrêtent pas de se lécher.


Se taper la colonne

Se taper apparaît dans le supplément du Dictionnaire de la langue verte de Delvau en 1883 : « Se voir refuser quelque chose ; s'en passer — Se masturber ».
Il est probable que le geste ait été pour quelque chose dans l'utilisation du mot, plus violent que polir ou astiquer ; l'idée de frustration par absence de sexe, de privation, a dû en découler.


Il pleut des hallebardes

Une pluie à vous pénétrer jusqu'aux os ! 
On s'attendrait plutôt à il pleut des lances pour qualifier une pluie pénétrante car la hallebarde n'était pas une arme de jet avec ses deux fers, l'un en pointe, l'autre en forme de croissant. 
De plus, l'expression n'apparaît que fin XVIIe siècle, à une époque où la hallebarde avait disparu depuis plusieurs siècles en tant qu'arme de guerre. Seuls les suisses d'église en étaient encore dotés. 
En fait, hallebarde se substitue bien ici au terme de lance qui avait le sens de pluie en argot. Pleuvoir à verse se disait à l'époque lancequiner.
Outre-Manche, ce ne sont pas des hallebardes ou des cordes qui tombent du ciel mais des chats et des chiens ! Les Britanniques disent : It rains cats and dogs ; l'expression évoque la rapidité des gouttes qui se succèdent comme des chiens poursuivant des chats...


Tailler une bavette

De bonne femme, pas de boucher ! 
Au Moyen Âge, la bavette n'était pas réservée aux seuls nourrissons. Elle ornait la robe de personnages regardés comme des bavards impénitents : les femmes et les avocats (les bavards en argot). 
Baver avait alors le sens de bavarder. Tailler bien la parole signifiait avoir la langue bien pendue. 
Tailler une bavette prendra donc le sens de débiter de la salive en bavardant, comme deux commères qui se retrouvent, mais pas nécessairement comme le boucher qui, pour sa part, taille ses bavettes dans l'aloyau.


Faire des crasses

L'origine historique de cette locution, empruntée à la langue familière sinon argotique, ne peut être attestée avec certitude mais pourrait bien remonter à l'époque romaine.
Dans les années 60 avant J.-C., dans sa soif de conquêtes, Jules César envahit la Gaule sous le prétexte d'éloigner Arioviste et ses hordes, qu'il reconduisit au-delà du Rhin.
Une fois les Germains repoussés, les Romains oublièrent de regagner leurs bases et s'installèrent en Gaule. Cette situation déplut aux Armoricains qui se rebellèrent dans leur péninsule. 
César, dont l'autorité ne supportait pas d'être bafouée, même par les ancêtres d'Astérix, décida de soumettre ce peuple impudent et envoya les 5000 hommes de la légion de Crassus, officiellement pour protéger l'Armorique d'autres invasions.
Les protecteurs tentèrent de faire régner la pax romana par la force quand cela était nécessaire. Venus officiellement pour apporter de l'aide de Rome, Crassus se comporta comme en pays conquis profitant de la situation d'une façon éhontée. 
Devant les crasses de Crassus (dont le nom signifie en latin stupide, grossier), les Armoricains se rebellèrent et l'envoyé de César, de protecteur officiel, se transforma en occupant preneur d'otages.
L'hiver suivant son arrivée, Crassus voulut réquisitionner toutes les réserves de blé de la péninsule sans doute comme tribut de sa bienveillante protection. Mais dans plusieurs petits villages tranquilles d'Armorique bien connus (!), cet impôt fut refusé et les envoyés de Crassus furent capturés et gardés comme monnaie d'échange contre les otages que détenaient toujours les Romains.
Ce qui est certain, c'est que César contraignit définitivement les Armoricains après la défaite navale qu'il leur infligea dans le golfe du Morbihan en 56 avant J.-C.


22, v'là les flics !

L'expression est apparue dans les ateliers d'imprimerie vers 1870 avant d'être utilisée par la pègre. Les ouvriers signalaient ainsi de façon codée l'arrivée du patron. Ce serait un calembour d'atelier comme les ouvriers typographes aimaient à en faire en se servant de leur jargon technique. Par exemple, quand dans l'atelier entrait un prêtre (un corbeau, en argot), ils s'exclamaient : « Qui a du onze corbeau ? » du fait des caractères d'imprimerie de corps 11 (11 points typographiques Didot, soit 4,13 mm de haut).
Mais pourquoi 22 pour désigner le patron ? Est-ce parce que c'est un corps de grande taille utilisé généralement pour les titres en haut de la page ? Ou parce que le mot chef est constitué d'un c, troisième lettre de l'alphabet, d'un h, la huitième, d'un e, la cinquième et d'un f, la sixième et que 3 + 8 + 5 + 6 = 22 ?
Ou bien a-t-il existé à l'image du « Qui a du onze corbeau ? » une exclamation du type « vingt-deux corps saint », une manière déguisée d'annoncer l'arrivée inopinée du singe (saint-je), le patron en argot ?
Le mystère demeure. Chez les Anglais aussi, qui emploient dans le même sens une expression analogue : twenty-three skidoo.

À la louche

Argot budgétaire 
Se dit d'une estimation budgétaire faite de façon approximative aux fins de donner un ordre de grandeur. Allons-y à la louche, on sortira plus tard les cuillères !

Avoir du feu

Argot des métiers de la reliure 
Fait, pour la tranche dorée d'un livre, de briller. Certains livres brûlent comme le feu.


Cul-de-plomb

Argot des chemins de fer : agent travaillant dans un bureau Pour qui travaille au grand air par tous les temps, les gens de bureaux sont plutôt ronds-de-cuir ou culs-de-porc.


En faire tout un fromage

Pour figurer en haut de l'affiche 
Argot de publicitaire des années folles. Sur les affiches de théâtre, le fromage ou fromage blanc était une réserve blanche de forme ronde destinée à mettre en valeur le nom des vedettes du spectacle et ainsi grossir leur importance. 
On comprend que le comédien qui n'y voyait pas figurer son nom puisse en faire tout un fromage !


Encadrer la planète

Si l'expression est belle et poétique, ce qu'elle décrit l'est moins : c'est, en terme d'aviation, s'écraser. 
Encadrer, en argot général, heurter violemment, les aviateurs en ont, avec leur sens épique, élargi le sens à l'ensemble de la planète.


Être à la masse

En court-circuit 
Argot de garagiste : un fil à la masse provoque un court-circuit quand il touche la carrosserie. De même un homme à la masse est complètement déphasé. 
La formule s'applique aussi bien à celui qui a un simple retard à l'allumage qu'à celui qui a complètement pété les plombs.

Faire chier la colle

Lors d'un collage de pièces, appliquer une dose de colle telle qu'elle déborde hors des surfaces se dit faire chier la colle. 
Ne pas confondre cette expression de menuisier et cette autre : chier dans la colle, argotique façon d'exprimer l'exagération.