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Appeler un chat un chat

Allusion à la première satire de Boileau (1666), longue critique de la société parisienne par un poète en passe de s'exiler et qui n'a jamais réussi à se plier à la courtisanerie.
« Je ne sais rien nommer si ce n'est par son nom.
J'appelle un chat un chat, et Rolet un fripon. » (v. 52)
Charles Rolet, procureur au Parlement, avait apparemment cette réputation ailleurs que dans la satire de Boileau. Aujourd'hui, et peut-être à cause du double de chat, l'allusion invite à s'affranchir de toute pudeur de langage, plutôt qu'à exposer hardiment sa pensée. 
Si elle ne suffit pas, on peut l'assortir de ces vigoureuses formules empruntées à Béroalde de Verville, qui avait bien besoin de ce genre de justification :
« Les paroles ne sont point sales, il n'y a que l'intelligence 
Un étron incommode-t-il le soleil, bien que ses rayons s'y jettent ?
Seriez-vous bien aise que l'on vous ostat le cul pource qu'il est puant, & le sera jusqu'à la mort ? »
L'auteur du Moyen de parvenir expliquait ses comparaisons que les mots les plus crus avaient leur place dans ses discours... Grâce à Boileau, en termes plus galants, on peut aujourd'hui le dire.


Le petit chat est mort

Molière, l'École des Femmes, II, 6 (1662)
Célèbre réplique d'Agnès, que son tuteur Arnolphe a voulu élever dans l'innocence pour en faire une femme.
En rentrant de voyage, Arnolphe s'informe auprès de sa pupille de ce qui s'est passé durant son absence. 
« La promenade est belle. 
– Fort belle. 
– Le jour est beau. 
– Fort beau. 
– Quelle nouvelle ? / – Le petit chat est mort. » 
L'allusion traduit aujourd'hui les faits anodins que l'on ne signale que parce que rien de plus ne s'est produit (les chiens écrasés des journalistes).

Toute l'ambiguïté de la réplique réside dans le fait qu'en la prononçant, Agnès sait fort bien qu'il est arrivé quelque chose de plus important : les visites régulières d'un galant, dont elle comprend instinctivement qu'il faut le cacher à Arnolphe. Et celui-ci sait qu'elle le sait. C'est donc moins la banalité que la fausse ingénuité qu'il faut exprimer dans ces cinq mots, ce qui en fait une des répliques les plus difficiles du répertoire.






Dès potron-minet

Sitôt vu le cul du chat 
Au chant du coq, le jacquet (c'était le nom de l'écureuil en Normandie) est déjà debout à la recherche de noisettes, la queue découvrant son poistron ou potron (son postérieur). D'où l'ancienne expression normande : dès poitron-jacquet, autrement dit, à l'aube. 
Les chats ayant croqué avant le petit matin tous les jacquets de la capitale (le mot n'étant plus compris), les Parisiens acclimateront l'expression sous la forme dès potron-minet.


Pas de quoi fouetter un chat

Cette expression cruelle date du XVIIe siècle, et la mise en rapport des mots chat et fouetter en locution est ancienne : on disait à la même époque qu'une personne était « éveillée comme chat qu'on fouette ». 
Il est bien probable que ce fouetter n'est pas un innocent équivalent de battre, mais provient d'un à-peu-près avec foutre.

Une chatte n'y retrouverait pas ses petits

À propos d'un lieu en désordre, d'une chose, d'une histoire, d'une affaire embrouillée.

variante :
Une chienne n'y retrouverait pas ses petits




Tirer les marrons du feu

Être marron comme le dindon de la fable 
La Fontaine serait stupéfait de constater l'inculture de nos contemporains : tirer les marrons du feu n'est pas réaliser une bonne affaire au détriment des autres. C'est tout le contraire ! 
Dans Le Singe et le Chat, c'est le chat Raton le dindon de la fable. C'est lui qui est marron, c'est lui seul qui se brûle pour retirer les marrons du feu... au seul profit du singe Bertrand qui lui, les croque !

Avoir un chat dans la gorge



Quand des grumeaux se formaient dans la pâte, les cuisinières d'antan disaient qu'il se faisait des chas. C'était aussi le nom de la colle d'amidon. « Avoir un chat dans la gorge » n'est donc qu'un jeu de mots entre le chat, l'animal et le chas, le grumeau de substance catarrheuse qui donne cette voix enrouée.
Les Anglais, quant à eux, prétendent avoir « une grenouille dans la gorge » !


Donner sa langue au chat

Madame de Sévigné s'exclame dans sa lettre célèbre sur le mariage de monsieur Lanzin : « Ne devinez-vous pas, jetez-vous votre langue aux chiens ? ». On passe du chien au chat au XIXe siècle sous l'influence des enfants qui adorent jouer aux devinettes. A cette époque, il y a un chat dans chaque maison pour faire la chasse aux souris. Le chat est donc un animal plus familier à leurs yeux que le chien, compagnon du père pour la chasse.

Ecrire comme un chat

Comme un greffier 
On comprend qu'une écriture petite et serrée puisse faire songer à des pattes de mouche mais pas à un chat. C'est oublier qu'un greffier  (littéralement « celui qui écrit ») est un chat en argot. Et qu'une griffe est un paragraphe !


Il n'y a pas de quoi fouetter un chat

Cette expression cruelle date du XVIIe siècle, et la mise en rapport des mots chat et fouetter en locution est ancienne : on disait à la même époque qu'une personne était « éveillée comme chat qu'on fouette ».
Il est bien probable que ce fouetter n'est pas un innocent équivalent de battre, mais provient d'un à-peu-près avec  foutre.