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Agapes

Repas copieux et festif
Les agapes (du grec agapê qui se traduit par amouré) sont à l'origine un repas fraternel de caractère liturgique, respecté par les premières communautés chrétiennes. Le principe semble avoir été de mettre en commun les nourritures pour que le pauvre bénéficie des mets apportés par le riche.
Très vite, cependant, ces repas dégénèrent car chacun apporte son propre dîner et l'un a faim et l'autre est ivre (saint Paul aux Corinthiens qui font bombance et se gavent sans pudeur). Les agapes devenues des occasions d'orgie sont interdites au IVe siècle, mais ne cesseront qu'au VIIe. 
NT - Épître de Jude, verset 12


Croquer la pomme

Fruit défendu ; Péché originel
Thématique souvent utilisée dans un sens sensuel, la pomme peut s'interpréter métaphoriquement aussi comme les seins... Mais elle est avant tout le fruit de l'arbre de la connaissance, même si chaque peuple lui en préférait d'autres : la figue eut les honneurs de la Grèce et de l'Italie, l'orange en Italie, le raisin en Bourgogne et en Champagne, la cerise en Ile-de-France.
À noter que la feuille de vigne ou de figuier a servi également à revêtir Adam et Eve... Mais la pomme est resté le fruit défendu par excellence, ce qui peut se justifier par un phénomène linguistique : en effet, le sens du terme pomum (latin vernaculaire) qui désignait tout fruit à pépin s'est peu à peu restreint à la pomme. un jeu de mot analogue peut expliquer le choix du pommier (malus) pour incarner l'arbre mauvais (malus) !
AT - Genèse, livre 2, verset 17 ; livre 3, versets 1 à 7


Être changé en statue de sel

Rester parfaitement immobile, le plus souvent sous le coup de la stupéfaction ou de l'indignation
Lorsque les anges de Yahvé détruisent Sodome et Gomorrhe, Loth et sa famille sont épargnés et invités à fuir la ville sans se retourner. La femme de Loth regarda en arrière et elle devint une statue de sel.
La menace de mort vise ceux qui regardent Yahvé en face et donc qui assistent au déploiement de sa colère. Symboliquement, elle concrétise l'oubli dans lequel doivent être précipitées les villes maudites.
Aujourd'hui, on compare à la femme de Loth ceux qui se laissent paralyser par leur passé (enfance, expérience malheureuse, influence parentale...) et se montrent incapables d'agir.
AT - Genèse, livre 19, verset 26



Être le sel de la terre

Être le meilleur, faire partie de l'élite
Quand le sel représentait la parole divine, la paix, la sagesse, la pureté morale, tout ce qui grandit et rend précieux.
Aujourd'hui, l'image renvoie à quelqu'un de spirituel plutôt que vertueux : le sel dont on assaisonne les discours leur donne du charme mais hélas fait surtout office de réponse à tout.
NT - Évangile selon saint Matthieu, livre 5, verset 13 ; Évangile selon saint Marc, livre 9, versets 49 et 50 ; Évangile selon saint Luc, livre 14, versets 34 et 34 ; Épître aux Colossiens, livre 4, verset 6


Pain quotidien

Ce que l'on rencontre ou utilise tous les jours 
Le pain ayant été pendant longtemps la base de l'alimentation, il représentait aussi bien les besoins (matériels ou spirituels) de l'homme ; c'est pourquoi sa symbolique nous est restée dans nombre de rites et d'expressions : compagnon, copain...
NT - Évangile selon saint Matthieu, livre 6, verset 11 ; Évangile selon saint Luc, livre 11, verset 3



Pleurer comme une Madeleine

Comme une pécheresse repentie
Pleurer à torrents, ce qui n'a rien à voir avec le petit gâteau qui dégouline et s'effondre après avoir été trempé dans la tasse de thé...
Blague à part, l'expression remonte au XIVe siècle. Sainte Marie-Madeleine, ainsi appelée parce que née à Magdala en Galilée, était la pécheresse repentie qui inonda de ses pleurs les pieds du Christ mort en croix. On disait aussi faire la Madeleine, pour affecter le repentir. Expression récente, la madeleine de quelqu'un est la personne ou le fait qui fait ressurgir le passé. Allusion à Proust et à sa madeleine trempée dans une tasse de thé qui fait remonter ses souvenirs les plus lointains dans son œuvre À la recherche du temps perdu.
Mise en valeur par Stanislas Leczinski, le beau-père de Louis XV, la madeleine est devenue la spécialité de Commercy. Pas moins de cinq habitantes de cette petite ville de Lorraine, portant ce nom ou ce prénom, revendiquent la paternité du gâteau. 
NT - Évangile selon saint Luc, livre 7, versets 37 à 47



Pour une bouchée de pain

Pour un prix dérisoire. 
AT - Proverbes, livre 28, verset 21



Vignes du Seigneur

Ironiquement, bon vin, alors que dans l'AT, la vigne du Seigneur est la maison d'Israël qu'il a transplantée d'Égypte en Terre promise : Elle déployait ses sarments jusqu'à la Mer et ses rejets jusqu'au Fleuve. Mais Ésaïe reproche aux Hébreux de n'avoir été que le verjus (suc acide) d'Israël tandis que Yahvé en espérait du vin...
NT - Épître de Matthieu, livre 21, versets 33 à 46 


Des langues fourrées

Fourrer a un sens familier usuel : fourrer ses mains dans ses poches ou fourrer son doigt dans son nez.
La langue fourrée a le sens plus érotique de faire mouvoir sa langue à l'intérieur de la bouche du partenaire, comme dans un fourreau. Mais pourquoi ne dit-on pas fourrer une langue ?
Sans doute parce que la langue fourrée était un terme connu depuis toujours. Elle désigne un plat de charcuterie fait de chair de langue cuite dans une peau résistante.


Tremper son biscuit

Cette métaphore naïve et transparente développe l'idée de faire une gâterie.
Il est possible que le choix de cette douceur ait été influencé par le vieux terme bistoquette, la pine.
Dans le genre alimentaire, il y a encore tremper sa nouille.
Une autre explication circule, en fait, et attestée dans la littérature libertine du temps de Sade...
Il s'agirait donc d'une pratique sexuelle scatologique, quand certains trempaient véritablement un bout de pain dans un vase de nuit avant de le goûter.
L'expression tremper son biscuit s'éclaire alors d'un jour nouveau, non dénué d'humour, mais je demande à voir l'homme savourer son biscuit une fois trempé : faut quand même être sacrément souple !!!
Blague à part, c'est sans doute l'aspect déviant et donc forcément excitant — ah ! le plaisir de l'interdit ! — qui explique le succès de cette expression que bon nombre d'autres auraient pu si facilement détrôner. Le fait aussi d'un jeu de mots sur un jeu de mots, ce triple sens qui permet à tout le monde de s'accorder dans une complicité coquine : certains se contentent de la douce comparaison avec le gâteau, tandis que d'autres, plus vicieux, se délectent d'une allusion franche, car faussement déguisée, à une pratique sexuelle très... crue !


Bon appétit, messieurs !

Victor Hugo, Ruy Blas, III, 2 (1838)
Ainsi stigmatise-t-on encore ceux qui se réunissent pour se partager le gâteau , requins de la politique ou de la finance.


C'est une tarte à la crème

Vieille recette éculée
Mark Sennett a popularisé à l'écran les batailles burlesques à coups de gâteaux à la crème.
Ce qui fait que beaucoup ne comprennent plus qu'une tarte à la crème est un lieu commun, un argument rebattu. Encore moins savent que le terme a pour origine une scène de L'École des Femmes où Molière emploie l'expression dans ce sens figuré.



Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute

La Fontaine, Fables, I, 2, « Le Corbeau et le Renard » (1668) 



Dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es

Brillat-Savarin, Physiologie du goût ou Méditations de gastronomie transcendante, IVe aphorisme (1826)
Un proverbe italien, Dimmi con chi tu vai, e sapero qual che fai, existait avant ; on le trouve dans un pamphlet de 1789 contre Marie-Antoinette.


L'appétit vient en mangeant

Ce proverbe médiéval (attesté au XVe siècle) est entré en littérature dans les propos de buveurs que Rabelais égrène à la naissance de Gargantua (ch. 5) : « L'appétit vient en mangeant, la soif s'en va en buvant. »
La même parodie de la scolastique se retrouve dans d'autres propos de buveurs restés proverbiaux : « boire sans soif ou boire pour la soif à venir. »
Un proverbe médiéval invitait déjà à boire pour la soif à venir... 



La terre est bleue comme une orange

Paul Eluard, l'amour la poésie, « Premièrement », VII (1929)


Le convive de pierre

Tirso de Molina, El Burlador de Sevilla y Convidado de peidra (ca 1625)
En France, c'est au Festin de pierre de Molière que l'on pense avant tout en évoquant le mythe de Don Juan. Un fait divers rapporté par la Chronique de Séville semble à la base de la longue tradition de ce mythe. Don Juan Tenorio fut massacré par les religieux du couvent où était enterré un Commandeur qu'il avait tué.
On fit croire que la statue de la victime s'était animée pour l'attirer en enfer. Plusieurs Festins de pierre, en France, précèdent le chef-d'œuvre de Molière, qui pâtit, auprès des contemporains, d'avoir été rédigé en prose. La transformation du séducteur sans scrupule en libre-penseur raisonnant la religion superstitieuse, souffrant sa vie en pessimiste plus qu'en jouisseur, et forçant le respect par sa résolution plus qu'il n'indigne par sa conduite, dépasse notre propos.


Manger son blé en herbe


Rabelais, Tiers Livre, ch. II (1546)

« Je vous vois, Monsieur, ne vous en déplaise, dans le grand chemin que tenait Panurge, prenant l'argent d'avance, achetant cher, vendant bon marché, et mangeant son blé en herbe. » : Cette réprimande de La Flèche au fils de l'Avare (II, 1) montre qu'au temps de Molière une expression proverbiale attestée au XVIe siècle bien avant le Tiers Livre était déjà devenue allusion littéraire.
Les recueils de proverbes médiévaux étaient riches en formules imagées, très concrètes, qui passèrent au laminoir classique et ne furent souvent épargnées qu'au titre d'allusions littéraires. Le chapitre où maître François explique « comment Panurge feut faict chastellain de Salmigondin en dopsodie, et mangeoit son bled en herbe » donnait un sens nouveau aux mots de l'expression. 
Dilapider les revenus de la châtellenie en ripailles et banquets relève certes de l'imprévoyance du paysan coupant son blé avant maturité. Mais, à Pantagruel qui lui fait la leçon, Panurge réplique que c'est agir en ermite que vivre de salades et de racines : et la Tempérance est au nombre des vertus cardinales. Bien mieux, le médecin en Rabelais ne manque pas de donner un cours de diététique que ne désavoueront pas les modernes secateurs du germe de blé : « Du bled en herbes vous faictez belle saulce verde de légière concoction, de facile digestion... » et de bien d'autres vertus...

En 1923, Colette, elle aussi, subvertit le proverbe en montrant comment une femme mûrissante pouvait manger en herbe un adolescent.


Noces de Gamache

Festin où tout est servi à profusion

Comme aux noces de Gamache et de la belle Quiteria, que Cervantès décrit dans son Don Quichotte (2ème partie, chap. XX), et où furent servis un bœuf entier, des moutons, des lièvres, des poules, toutes sortes de gibiers, sans parler de soixante outres de vin de cinq pintes chacune, des monceaux de pains, de fromages, divers pâtisseries, le tout assez abondant pour nourrir une armée.
Attention à ne pas confondre, comme on le fait souvent, avec les noces de Cana, nom de la petite ville galiléenne où Jésus pour la première fois changea miraculeusement l'eau en vin.