Être d'une maigreur extrême.
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De deux maux il faut choisir le moindre
Thomas de Kempis (?), Imitation de Jésus Christ, III,
12, 3 (Xvème siècle)
Cogner comme un sourd
Frapper fort comme quelqu'un qui n'entend pas le bruit de ses coups
En effet, les sourds ne peuvent percevoir ni le son de leur voix ni le bruit des coups qu'ils portent (dans un contexte où il s'agit de coups sonores). La forme frapper comme un sourd, très fort, avec acharnement, est attestée dès 1593.
Se dit aussi de quelqu'un qui bat, à tour de bras, une autre personne : « Il cognait comme un sourd sur sa femme », Zola
Faire la grasse matinée
Non, la grosse !
Gros et gras s'emploient souvent l'un pour l'autre. Pourtant ces deux adjectifs sont issus de mots latins différents : de grossus, même sens, et de crassus, épais.
Une grasse matinée est donc tout simplement une grosse matinée consacrée au sommeil et non une matinée passée au lit à faire du gras !
Gros et gras s'emploient souvent l'un pour l'autre. Pourtant ces deux adjectifs sont issus de mots latins différents : de grossus, même sens, et de crassus, épais.
Une grasse matinée est donc tout simplement une grosse matinée consacrée au sommeil et non une matinée passée au lit à faire du gras !
Faire sa grosse commission
Une tâche de confiance
Faire les commissions, c'est rapporter des emplettes qui ont été demandées.
Pipi-caca choquait et choque encore certaines oreilles pudibondes. L'enfant sur le pot doit faire sa commission, grosse ou petite. Sa mère lui confie en quelque sorte la tâche de lui rapporter un objet. Le langage rejoint ici Freud qui voyait dans la défécation un cadeau que l'enfant faisait à sa mère.
Dans son sens le plus courant, une commission est une tâche dont on est chargé.
Faire ses ablutions
Les ablutions sont faites pour se purifier, pas pour se rafraîchir vulgairement les idées en se passant de l'eau sur le bout du nez.
Elles font partie du rituel de la messe ; le prêtre fait une ablution (ablutio, de abluere, laver) lorsque, après la communion, il se rince les doigts avec du vin et de l'eau. Il les essuie ensuite avec un petit linge et, du temps où la messe se disait en latin, il récitait au même moment le Psaume XXVI, verset 6, qui commence ainsi : Lavabo inter innocentes manus meas (Je laverai mes mains parmi les innocents).
À force de répéter lavabo, etc. en s'essuyant les mains, les officiants appelèrent ainsi l'essuie-mains lui-même, puis le coin de l'autel où ils le rangeaient avec le vase.
Ce mot de sacristie passa aux ablutions profanes, pour désigner un meuble de toilette avec cuvette et pot à eau, puis avec la modernisation le bassin de faïence que l'on connaît.
C'est bien le comble de la déchéance pour un terme de liturgie que de finir, pour ainsi dire, au cabinet !!!
Hors d'état de nuire
En très mauvais état
Variante plaisante de hors service.
« Une vieille camionnette Peugeot D4B hors d'état de nuire », F. Fossaert, Prouvez-le !
Il ne paie pas de mine
Son allure est peu flatteuse
Comme dans payer son toupet, le verbe payer de avait au XVIIIe siècle le sens de présenter telle qualité.
L'expression était alors affirmative : payer de bonne mine était l'équivalent d'avoir la mine avantageuse. Il ne paie pas de mine, apparu au XIXe siècle, est aujourd'hui compris comme il est mieux qu'il n'en a l'air.
Il ne passera pas l'hiver
Il est sur le point de mourir
Se dit aussi d'une chose en très mauvais état. L'abréviation PHP (passera pas l'hiver) est comparable à HS (hors service).
Une voix de rogomme
La voix de rogomme est la voix rauque et éraillée des alcooliques. La voix de ceux qui autrefois abusaient du rogum, une boisson exotique à base de rhum. Mme de Maintenon en buvait. Une de ses lettres nous l'apprend.
Boire le rogomme signifiait alors boire une liqueur forte à la santé de quelqu'un. Liqueur naturellement achetée chez le rogomiste, le marchand d'eau-de-vie au XVIIIe siècle.
Se porter comme un charme
Comme sous l'effet d'un charme
Aux yeux des bossus, des tordus, des contrefaits, des estropiés, des égrotants, des cacochymes, des ladres et des scrofuleux qui abondaient à l'époque des sorciers et des sorcières, les bien portants ne pouvaient avoir la chance d'être en bonne santé que sous l'effet d'un charme, d'un pouvoir magique.
Et n'en déplaise à monsieur Larousse, la locution n'a rien à voir avec l'arbre qui peuple les charmilles.
Avoir l'estomac dans les talons
Mourir de faim
Avoir l'estomac dans les talons qui se dit pour avoir très faim a une variante très plaisante (1898) sous la forme de avoir l'estomac dans les gadins (in Esnault).
L'estomac vide semble alors s'agrandir et occuper tout le bas du corps, jusqu'aux pieds en outre, dans le contexte de la marche, les talons font souffrir le marcheur, à l'égal de son estomac avant l'étape.
Mais cette explication rationnelle ne suffit pas ! L'image implicite est celle de marcher sur son estomac, bien que le détail de la réalisation formelle reste obscur.
Avoir la vérole et un bureau de tabac
Locution médicale...
Fait pour un patient de présenter plusieurs pathologies n'ayant généralement pas de lien entre elles. Expression médicale s'il en est, avoir la vérole et un bureau de tabac, c'est vraiment avoir des maux qui n'ont rien à voir, comme un rhume, la tuberculose, une chaude-pisse, voire, comme se plaisent à dire les médecins dans leur parler carabin, une hépatite virile.
Avoir une dent contre quelqu'un
Une dent de lait
Nos parents disaient : « J'ai gardé une dent de lait contre lui », autrement dit gardé la mémoire d'un affront de sa part alors qu'on aurait dû la perdre comme on perd une dent de lait.
Avoir une mine de papier mâché
Être blanc comme plâtre
Le nom de papier mâché pourrait laisser croire qu'il est écrasé entre les dents et malaxé avec la salive.
En fait, le papier mâché était fabriqué selon un procédé artisanal qui consistait à détremper ou du carton dans un récipient. Il était mêlé à de la colle ou du plâtre qui lui donnait sa rigidité ainsi qu'une couleur gris blanchâtre qui suffit à expliquer la locution.
Bilanter
Faire le bilan biologique d'un patient, notamment en cas de transfusion
Faire un bilan de santé, c'est plus rapidement, bilanter. De même que grouper se dit pour vérifier le groupe sanguin d'une personne.
Être en nage
Être ruisselant de sueur
Furetière connaissait déjà la tournure : « On dit aussi être en nage pour dire être en sueur, tout mouillé, soit pour s'être échauffé, soit pour avoir été à la pluye, soit dans une crise de maladie ».
L'interprétation de cette locution, curieuse si l'on y réfléchit, et moins évidente qu'elle en a l'air, est un sujet de controverse. Certains suivent l'explication de M. Rat : « On disait au Moyen Âge être en age (être en eau), puis quand le mot age cessa d'être usité, la locution fut altérée. » Malheureusement, l'évolution de eau est plutôt eive, eve, aive, iaue, et aussi loin que l'on remonte dans les textes du Moyen Âge, on ne trouve aucune trace d'age dans le sens de eau (qui a pu exister cependant au moment du passage du latin aqua, lequel a donné aussi l'occitan aiga, à une époque très reculée).
Littré nous livre ici son interprétation qui donne pour origine à nage, abondamment attestée, devenue en nage, probablement pour des raisons d'euphonie : « Être à nage ou en nage, c'est proprement nager dans l'eau, et figurément être tout mouillé de sueur. »
En effet, à nage a eu le sens secondaire de baigner dans l'eau, être trempé. C'est la même idée de nager au sens de baigner dans un liquide qui semble avoir cheminé dans la langue quand on dit qu'un morceau de viande nage dans la sauce, ou dans le beurre.
C'est de cette notion que G. Esnault note pour 1900 à Lille : « nager : être submergé, en parlant des champrs, d'où il tire nager : ne savoir que faire, ne pas comprendre la situation, patauger.»
C'est qu'on nage dans un problème avec beaucoup moins de plaisir que dans une piscine !
Être fourbu
Expression bien cavalière !
Cette expression est effectivement liée aux chevaux, et s'inspire directement de l'ancien français forboire qui signifiait boire hors de raison, à l'excès.
Par la suite, son sens a légèrement évolué pour devenir fatigué par suite d'excès de boisson...
Plus tard encore, son sens se restreindra à la simple fatigue. Et l'expression, peu usitée, se pare même d'une certaine élégance...
Grain de folie
Le terme de grain n'est pas ici à prendre dans son sens habituel de semence mais comme la 480ème partie d'une once. Avant l'invention du système métrique, le grain (0,053 g) était la plus petite mesure de poids.
Utilisé par les apothicaires dans la préparation des remèdes, le mot a donné naissance à des expressions comme n'avoir pas un grain de bon sens ou avoir un grain quand on parle d'un individu un tout petit peu fou... sous-entendu qu'il a un grain de folie.
Jeter sa gourme
Faire passer son acné
La gourme est l'ancien nom médical des dermatoses qui affectent le cuir chevelu et le visage des enfants mal soignés, plein de croûtes ou de boutons.
Avant le XIXe siècle, c'était aussi le nom de l'acné juvénile. Jeter a ici un double sens : à la fois sécréter des boutons (en botanique, on parle de rejets), et s'en débarrasser. Une idée bien ancrée voulait que les boutons des adolescents disparaissent aux premiers rapports sexuels, quand ils jetaient leur gourme.
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