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Connaître au sens biblique

Avoir des rapports sexuels
Oui mais dit comme ça, ça perd de son innocence, la métaphore est tellement plus poétique : L'homme connut Eve, sa femme. Elle devint enceinte, enfanta Caïn....
La double acception des verbes signifiant connaître est commune aux langues sémitiques. A noter que le verbe peut être employé pour les deux sexes : les filles de Loth n'on pas connu d'hommes. Il ne s'agit donc pas de considérer la femme comme un objet (de connaissance) dont s'emparerait l'homme.
Il y a sans doute dans cet emploi métaphorique le souvenir d'une initiation par la sexualité : L'accession au monde adulte est également une initiation à la vie sociale, à une conscience qui élève l'homme au-dessus de la condition de la bête, et une initiation à la mystique. La malédiction de la chair que l'on trouve dès l'AT a occulté ce mysticisme sensuel et obligé les exégètes à des acrobaties mentales pour réintégrer dans la nouvelle morale les livres sensuels comme le Cantique des Cantiques... 
AT - Genèse, livre 4 verset 1


69

Le XIXe siècle a bien connu le numéro de tête-bêche que figurent ces chiffres amusants.
« Que fait Bacchus quand, accablé d'ivresse, 
Son vit mollit et sur le con s'endort ? 
Soixante-neuf... et son vit se redresse,
Soixante-neuf ferait bander un mort » 
Parnasse satyrique, 18..
L'expression de ces salacités s'est prolongée tant bien que mal jusqu'à nos jours, mais la connotation égrillarde du chiffre paraît moins forte que naguère.


Coucher avec quelqu'un

Cette expression évoque la quiétude d'un lit, mais s'emploie depuis fort longtemps dans un cadre plus large :
« Quatre fois le jour il se couchait avec elle, et quelquefois au milieu des bois », raconte Tallemant des Réaux aux environs de 1660...


Des langues fourrées

Fourrer a un sens familier usuel : fourrer ses mains dans ses poches ou fourrer son doigt dans son nez.
La langue fourrée a le sens plus érotique de faire mouvoir sa langue à l'intérieur de la bouche du partenaire, comme dans un fourreau. Mais pourquoi ne dit-on pas fourrer une langue ?
Sans doute parce que la langue fourrée était un terme connu depuis toujours. Elle désigne un plat de charcuterie fait de chair de langue cuite dans une peau résistante.


Être au septième ciel

Connaître un bonheur sans partage, une félicité sans limite Y aurait-il sept ciels ?
Les Anciens, et même nos ancêtres du Moyen Âge, ignoraient la réalité de la voûte céleste et imaginaient ce qu'ils pouvaient expliquer. Pour eux, il y avait trois ciels : le zodiaque avec 12 constellations, la partie septentrionale qui en comptait 21 et la méridionale 27. Les théologiens admettaient également l'existence de trois cieux : l'air, résidence des oiseaux, lieu de formation des pluies et du vent ; le second était le ciel des astres fixés à une voûte solide en cristal pour laisser passer la lumière.
Au troisième ciel se trouvait le Créateur. Pendant longtemps, la locution fut être au troisième ciel et signifiait déjà connaître le bonheur, au Paradis, près de Dieu le Père.


Être porté sur la question

Être porté sur la chose
La chose en question étant bien entendu les plaisirs de l'amour, comme depuis longtemps on a pu être porté sur sa bouche ou sur sa gueule.
La question est donc ici un euphémisme de teinte plus intellectuelle dans un parler populaire qui singe les manies des gens instruits. Cette façon de dire ne semble pas avoir plus d'un demi-siècle d'existence.


Faire des folies de son corps

Débordements sexuels
L'expression est très ancienne (XVe siècle) et s'applique aussi bien aux hommes qu'aux femmes.
Au XVIIe siècle, Oudin en donne cette série de définitions : « Il a fait la folie, la faute — elle a fait la folie, elle s'est laissé embrasser vulgaire — elle n'a pas encore fait folie de son corps, elle est pucelle. Item, se dit des choses qui n'ont pas encore servi ». Plus tard, l'expression devint graduellement féminine, au point de prendre une allure désobligeante. En 1680, Richelet écrit : « Faire folie de son corps. Cette façon de parler se dit des femmes, et veut dire se prostituer ». Heureusement, on peut encore s'offrir des folies gratuites !!!


Faire des pipes

Cette expression est aujourd'hui de très loin la plus usuelle pour parler de la fellation. Son emploi, cependant, n'est pas attesté avant les années 40, où elle alternait avec faire des pompiers, particulièrement dans le milieu de la prostitution où elle semble avoir pris naissance.
Faire une pipe est à l'origine la façon courante, dans le langage des années 20 et 30, de dire rouler une cigarette ; avant l'usage pour tous des cigarettes toutes cousues — lequel ne remonte guère qu'aux années 60 — il était habituel sur tous les chantiers de faire une petite pause, le temps de s'en rouler une, de se faire une pipe, et de l'allumer. Comment le sens a-t-il pu glisser de cette action banale à l'autre, parmi les plaisanteries des douillettes maisons closes de papa ?
Il est du reste remarquable que la tabagie ait toujours été plus ou moins associée au libertinage, aux lieux de débauche, et ne général aux filles de mauvaise vie. Une femme qui autrefois s'exerçait à déculotter la pipe d'un homme — même sans sous-entendu paillard — la vraie pipe en terre, se donnait fort mauvais genre. La variante qui tend aujourd'hui à remplacer faire par tailler des pipes est directement modelée sur tailler une plume ; ce qui ne manque pas de donner à cette expression un air absurde de bon aloi !
Sans que rien soit assuré, on peut assez facilement rapprocher les deux choses : non seulement le roulage du tabac entre les doigts, à gestes méticuleux, évoque assez bien le tripotage d'une pine, mais surtout vient ensuite le léchage précis et délicat, du bout de la langue, tout au long de la cigarette, qui produit à lui seul une image assez irrésistible pour qu'elle jaillisse naturellement dans la gouaille des pipeuses professionnelles : « Tu veux que je te fasse pareil à ta petite queue, mon mignon ?... »


Faire des pompiers

Le verbe pomper était déjà connu au XIXe siècle pour exprimer la fellation. Alfred Devau note en 1864 la série alphabétique : Pomper le dard, pomper le gland, pomper le nœud. Toutes ces expressions sont encore bien vivantes, tant au sens propre que pour signifier l'exaspération. 
Les pompiers, par contre, ne sont apparus qu'au XXème siècle, et la première attestation du mot fut donnée par Cellard, en 1928. L'expression était même d'un usage courant dès la Seconde Guerre Mondiale : « Maintenant qu'elle était servie, qu'elle mordait hardiment dans ses biscottes, il n'y avait plus qu'à se retirer. Des lèvres à faire des pompiers qu'elle avait, pas d'erreur ! Je voudrais être biscotte... » (R. Guérin, L'Apprenti, 1946)
Le terme est toutefois aujourd'hui en perte d'usage. Le prestige de l'uniforme n'est plus.


Faire sa petite affaire

Assouvir une envie sexuelle
L'expression évoque de façon euphémique un coït banalisé et rapide.


Jouer à touche-pipi

Jeux enfantins pour adultes
C'est là une transposition gentillette de jeux enfantins dans un domaine adulte plus salace.
Faire pipi que relève Littré, est attesté d'abord par Delvau en 1866 « dans l'argot des enfants ».
Jouer à touche-pipi semble n'avoir été inventé qu'au cours des années 1920, avec une signification variable et extensible qui permet de ne pas préciser où le jeu s'arrête, de l'attouchement au coït.


Partie carrée

Contrairement à ce que l'on pense de nos jours, la notion de partie ne doit rien à l'anglais.
Au XVIIe siècle, le mot désignait de façon courante, parmi bien d'autres usages, une réunion de gens qui s'amusent : « se dit aussi de tous les autres divertissements où on engage certaines personnes, et à certains jours », dit Furetière. 
C'est ainsi que le mot fut compris jusqu'au siècle dernier : « Venez passer demain la journée avec moi, quelques uns de mes voisins s'y rassembleront pour faire de la musique, il en demeurera peut-être un petit nombre à souper ; si la partie vous plaît vous les imiterez », Caylus, Les Manteaux, 1746
De même, une partie carrée était alors simplement formée de quatre personnes : « On appelle une "partie carrée" celle faite de deux hommes et deux femmes seulement pour quelque promenade, ou quelque repas » (Furetière, 1690).
Ce sens a vécu sans sous-entendus paillards jusqu'au XIXème siècle — du moins la paillardise n'était-elle pas nécessairement incluses dans les prémices.
Cependant la notion de partie carrée spécifiquement prise au lit — ce que l'on appelle aujourd'hui plus prosaïquement l'échangisme — s'était introduite dans les chaumières dès la seconde moitié du XVIIe siècle : il n'y a aucun doute sur les intentions à l'évocation d'une partie carrée...
L'expression est demeurée en grand usage jusque vers les années 50 ; elle paraît vieillotte aujourd'hui, et comme entachée d'indécence.
On lui préfère son dérivé partouze...



Partouze

La partouze est aujourd'hui une activité sexuelle collective, sans égard au nombre des participants — à partir de trois, cela s'entend.
Le mot s'emploie du reste assez librement par tout débordement sexuel, de préférence avec témoins, ces récréations étant en principe l'apanage des classes aisées de la société.
Jacques Cellard fait apparaître cette acception dès 1925 : « Figure-toi que les gens de la haute ont inventé un vice nouveau. Tous ces blasés ne prennent plus grand plaisir à faire ce que vous pensez ; le ragoût, pour eux, c'est de se le regarder faire entre eux. On appelle ça "La Partouze" ! » (Galtier-Boissière, La Bonne vie, 1925, Cellard).


Prendre son fade

G. Esnault le relève aussi en 1850 au sens de ration : « un petit fade d'eau-de-vie », ou encore en 1899 : « Il a son fade » pour « il est ivre ».
La valeur sexuelle de l'expression a probablement suivi de prendre son pied, ce qui n'empêche pas un usage parfois fantaisiste et imagé : « La campagne prenait son fade avec la campagne », Bertrnad Blier, Les Valseuses, 1973.
L'expression prendre son fade est restée de connotation plus argotique et ne s'est pas répandue aussi largement dans la langue courante que son parallèle prendre son pied. Elle a gardé par ailleurs un sens strictement sexuel.
Comme le pied, le fade désignait la part du butin chez les voleurs du XIXe siècle.
Puis le mot est rapidement passé dans l'argot de tout un chacun, au point que Balzac l'employait, et que Delvau le désigne en 1866 comme : « quote-part de chacun dans une dépense générale ; écot que l'on paye dans un pique-nique. Mot de l'argot des voleurs qui a passé dans l'argot des ouvriers ».


Prendre son pied

Il s'agit véritablement ici d'une expression vedette, le mot de passe non seulement des jouissances contemporaines, mais de toute une génération lève-tabou, qui a vu son épanouissement autour des événements de mai 68.
Il est assez remarquable que cette expression, de construction après tout banale, qui a pris naissance dans le milieu des voyous, ait circulé si longtemps — un demi-siècle au moins — dans les profondeurs de l'argot et de la langue verte des zonards pour exploser soudainement dans le grand public et devenir le mot préféré de tout un chacun. C'est sans doute qu'elle touchait brusquement un archétype, en se remotivant dans l'inconscient collectif par l'image du bébé heureux qui s'empare de son petit pied pour le sucer, aussi bien que par celle de la femme, que relevait déjà Aristophane dans Lysistrata, qui saisit son pied au moment de la jouissance sexuelle.
Le mot pied, équivalent de fade, plus ancien et plus fréquent, est bien établi dans l'argot du début du XIXe siècle au sens de part de butin. C'est ainsi que Vidocq le présente dans Les Voleurs, en 1836 : « Pied. Les tireurs (voleurs à la tire) avaient autrefois l'habitude, en partageant avec les Nonnes et les Coqueurs (des complices spécialisés dans la manipulation des attroupements), de retenir, sur la totalité du chopin (butin), 3 ou 4 francs par louis d'or. Plusieurs tireurs qui existent encore à Paris, et qui sont devenus sages, avaient l'habitude de prélever cette dîme ».
Ce sens étroit paraît s'être développé dans la dernière partie du siècle pour prendre la valeur de part, de compte, de ration — toujours parallèlement à l'évolution de fade. On trouve dès 1878 j'en ai mon pied, pour dire j'en ai mon compte, j'en ai plus qu'assez, j'en ai ma ration, j'en ai ma claque — en somme j'en ai marre !!!
C'est probablement au travers de ce sens de ration portée à son comble, d'une femme qui prend sa ration, qui en a pour son compte dans les ébats sexuels que prendre son pied s'est installé d'abord dans la jouissance, puis, plus généralement, dans l'idée d'un plaisir très vif.
En effet, ce mot sorti de l'ombre au début des années 20 est resté longtemps attaché au plaisir exclusivement féminin.
Contrairement à ce qu'on pourrait croire, la valeur non sexuelle de l'expression, devenue la plus fréquente aujourd'hui, est apparue dans l'usage à peu près en même temps que sa valeur d'orgasme !
Ainsi, les deux sens, propre et figuré, ont-ils cheminé de concert pendant plusieurs décennies dans des cercles relativement restreints avant d'inonder le champ des grands bonheurs publics.


S'astiquer la colonne

On a oublié le rôle symbolique que la colonne Vendôme, à Paris, a joué pendant tout le XIXe siècle.
Ce monument inauguré en 1810 à la gloire des armées napoléoniennes, et dont le bronze qui l'entoure provenait des 1200 canons pris à l'ennemi durant la campagne d'Austerlitz de 1805, frappa tout de suite l'imagination des Français.
Sous la Restauration, elle devint le symbole de la grandeur de la France et de l'Empereur déchu ; l'une des chansons les plus célèbres d'Emile Debraux, écrite en 1818, dont le succès ne s'est pas tari jusqu'au début du XXème siècle, se termine par ces vers qui furent une véritable scie :
« Ah ! qu'on est fier d'être Français 
Quand on regarde la Colonne »
Cette colonne Vendôme, donc, préfiguration érectile de la tour Eiffel, fut tout de suite comparée à un phallus géant. La colonne fut ainsi pendant un siècle le désignatif privilégié du pénis : « Le membre viril que nous sommes bien plus fiers de regarder ou de montrer à une femme que d'être français » (Delvau, 1864). Mérimée écrivait à Stendhal en 1832 : « Je voudrais pouvoir la mettre à votre disposition (une fille), elle vous apprendrait le règlement des colonnes et le casse- noisettes, inventions qu'on ne saurait trop louer ». 
Dans ces conditions, s'astiquer la colonne, ou se la polir, allait de soi !!!


S'envoyer en l'air

Atteindre la jouissance
S'envoyer en l'air semble bien être la forme populaire et laïque du monter au septième ciel des orgasmes châtiés.
L'expression entend une certaine franchise dans le laisser-aller, d'abandon et de liberté dans les ébats qui est bien sympathique.


Se branler

L'ancien verbe branler, si usuel alors, au sens de bouger, remuer, agiter s'est vu écarté de l'usage ordinaire grandement à cause de sa signification érotique qui a fini par l'emporter sur toutes les autres ; branler, c'est aujourd'hui masturber, et les vieilles locutions qui demeurent des anciens temps et s'emploient encore, telles que branler le chef, remuer la tête, branler dans le manche, être irrésolu, ou se mettre en branle, en mouvement, prennent involontairement une légère teinte égrillarde. 
Branler était déjà établi au début du XVIIe siècle dans son acception masturbatoire avec une double entente sur l'expression branler la pique, qui signifiait au sens propre faire le maniement de cette arme de combat. Témoin, ce passage sans aucune ambiguïté du Cabinet Satyrique de 1618 :
« Les Cons si estroits de cloture 
Mettent un Vit à la torture
Et le laissent sans mouvement : 
J'aymerois mieux bransler la pique 
Que de foutre en paralytique, 
Le plaisir gist au remuement »
La connotation sexuelle de ce verbe est si peu équivoque à l'époque qu'Oudin le relève intransitivement en 1640 : « Bransler, faire l'acte charnel »
Les meilleurs auteurs l'ont employé à la forme réfléchie et masturbatoire aux XVIIIe et XIXe siècles : « Elle m'a avoué que sa position devenait affreuse vers onze heures du soir. Je lui ai conseillé de résister le plus longtemps qu'elle pourrait, mais si elle était forcée dans ses derniers retranchements de tendre une main secourable à Ancillus et de le débarrasser de son superflu. Je veux dire de le branler. Je ne sais pas pourquoi je m'amuse à chercher des périphrases pour une chose aussi simple », Prosper Mérimée, Lettre à Stendhal, 1er décembre 1831.
À noter que se branler, terme générique du plaisir solitaire, était déjà courant et bien établi à la même époque.


Se taper la colonne

Se taper apparaît dans le supplément du Dictionnaire de la langue verte de Delvau en 1883 : « Se voir refuser quelque chose ; s'en passer — Se masturber ».
Il est probable que le geste ait été pour quelque chose dans l'utilisation du mot, plus violent que polir ou astiquer ; l'idée de frustration par absence de sexe, de privation, a dû en découler.


Tailler une plume

La fellation des lettrés !
Cette expression a vu le jour chez les libertins lettrés, avant de se propager assez largement, mais modérément, tout de même, dans des couches plus populaires au cours de la première partie du XXe siècle. Jacques Cellard qui a bien fait le tour de la question l'explique ainsi : « La métaphore porte sur la plume d'oie dont on humectait le bec de la langue pour pouvoir le tailler au canif, opération souvent confiée à une femme. Un roman de 1868 a pour titre : Cécile Coquerel, tailleuse de plumes ». 
L'une des premières attestations de la locution est fournie en 1906 par Guillaume Apollinaire qui la situe dans le corps enseignant : « Ah ! Hélène, comme ta langue est habile ! Si tu enseignes aussi bien l'orthographe que tu tailles les plumes, tu dois être une institutrice épatante », Les Onze Mille Verges
Cette façon de dire est encore d'un usage assez fréquent ; elle semble même jouir d'un regain de faveur grâce à l'extrême popularité de tailler des pipes qu'elle a engendrée, et dont elle paraît être aujourd'hui une simple alternative farfelue pour l'auditeur non averti.