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Et tout le tremblement

Comme à la ferme 
Tremblement est ici un vieux mot normand qu'on employait pour désigner la multiplicité des besognes à faire dans une ferme ou à la maison. 
Les verbes trembler et trépider s'employaient jadis indifféremment. On retrouve ici le sens de mener une vie trépidante.


Faire des fredaines

« Les fredaines qu'on fait ensemble rendent camarades », disait Mme de Genlis au XVIIIe siècle.
 C'est sûrement vrai, et pas très méchant.

Les fredaines sont des écarts de conduite par folie de jeunesse, de tempérament ou autrement, précise Littré.
Ce mot quelque peu désuet aujourd'hui représente le féminin de l'adjectif fredain qui signifiait mauvais. Selon Bloch & Wartburg, il se rattache à un groupe de termes d'ancien provençal désignant un scélérat, avec pour origine lointaine celui qui a renié le serment prêté.

Faire florès

Se couvrir de fleurs
On ne voit plus les fleurs sous le bouquet de compliments adressés à ceux qui font florès, à ceux qui réussissent.
La coutume de jadis était pourtant de couvrir de fleurs la personne qui remportait un brillant succès.
Aux Jeux floraux de Toulouse, un concours de poésie qui existe depuis le XVe siècle, les lauréats reçoivent une fleur d'or ou d'argent.
La locution vient du provençal faire flori, faire le fleuri, le florissant, l'avantageux.



Faire une gaffe

Mettre les pieds dans le gué 
La gaffe dans son sens de maladresse, a une toute autre origine : Gafar en provençal signifiait passer à gué. D'où la double acception de gaffe : perche qui aidait à passer la rivière et maladresse du piéton qui patauge dans la boue du gué. 
En normand, patauger se dit pareillement gafouiller.


Il y a belle lurette

Il y a bien longtemps 
Lurette est un mot fictif qui n'existe que dans la locution il y a belle lurette, laquelle est donc complètement lexicalisée, depuis son passage − assez récent  en français non dialectal. 
Il y a belle lurette est attestée en 1877, et provient de l'expression dialectale il y a belle heurette, hurette, par altération de la consonne initiale (on trouve y ê belle hure que et bellurette en Bourgogne et dans l'Est). 
La combinaison de beau et du diminutif ette (= il y a une belle petite heure) correspond à un intensif où l'idée diminutive correspond en fait à l'idée d'un temps important. On trouve aussi depuis belle lurette.


Un cadavre ambulant

Un être très affaibli 
Affaibli et que menace une fin prochaine bien qu'il aille et vienne... Un mort vivant. 
Massillon écrit d'un de ces êtres sur qui s'étend déjà l'ombre de la mort : «Il ne tient plus à la vie que par un cadavre qui s'éteint. » Le dictionnaire de l'Académie est moins alarmiste, puisqu'il en donne cette définition (1835) : personne très maigre. D'ailleurs, de nombreux patois et dialectes emploient cadavre (ou une forme altérée du mot) pour désigner un homme vivant, maigre ou non. 
Dans ce dernier cas, l'ironie macabre désigne même, par cadavre, un homme grand et robuste.

À la queue leu leu

Quand on parle du loup, on en voit la queue 
Le mot leu n'est pas autre chose qu'une ancienne forme de loup. «Hareu, le leu ! le leu ! le leu !», criaient les bergers picards. Il a laissé des traces dans le nom de Saint-Leu, pour Saint-Loup, et naturellement dans la description de gens marchant l'un derrière l'autre - « queue à queue, comme les loups quand ils s'entre-suivent » : à la queue leu leu
Cela bien avant que les romans de Fenimore Cooper parlent de file indienne. Pourtant, le redoublement du mot leu n'est qu'une erreur d'écriture, déjà très ancienne.
Il constitue une mauvais (ou amusante) interprétation de la vieille langue où de et du ne s'employaient pas toujours pour désigner l'appartenance : Château-Gaillard veut dire le château de Gaillard et Choisy-le-Roi, Choisy du Roi. Ainsi la queue du loup était simplement la queue le loup, et en Picardie : la queue le leu, qu'on a finit par écrire leu leu.
Du reste, Rabelais cite la forme «à la queue au loup». Si l'expression a eu autant de vitalité, c'est qu'elle servait à désigner « un jeu de petits enfans », un jeu tout bête, et toujours amplement pratiqué dans les cours d'école maternelle, qui consiste à courir en rang d'oignons en tenant le tablier de celui qui précède...


Bayer aux corneilles

Regarder les corbeaux voler 
Bayer aux corneilles a le sens de regarder les mouches voler. Il faudrait plutôt parler de corbeaux car la corneille est un petit corbeau. Mais c'est aussi le fruit du cornouiller. Alors ? L'origine de l'expression est-elle animale ou végétale ? Ni l'une ni l'autre, sans aucun doute... Car au XVIe siècle, corneille a également le sens de chose sans intérêt. Et c'est bien là le sens de l'expression. Reste à savoir pourquoi corneille a pris ce sens dépréciatif au figuré.
Est-ce dû à la saveur aigrelette de la cornouille qui en fait un fruit qui n'est guère plus apprécié que les nèfles (en Picardie, l'exclamation «des corgnolles !» a le même sens que «des nèfles !») ?
Ou bien ce sens figuré vient-il de la chasse au faucon ? «Voler pour corneille !» se disait du faucon stupide qui, à la place d'une grive ou d'une caille dodue, ramenait comme proie ce petit corbeau sec et immangeable ?



Rentrer bredouille

S'enliser au tric-trac 
Au jeu de tric-trac (l'ancêtre du jacquet et du backgammon), on ne disait pas être capot mais bredouille
Le joueur qui restait bredouille assistait, impuissant, à la victoire de son adversaire dont les quinze dames parcouraient toutes les cases du jeu alors que les siennes, encore à la case départ, semblaient enlisées dans la berdouille (c'est encore le nom de la boue dans le Nord). 
Ce terme passera dans le vocabulaire de la chasse pour se moquer de celui qui revient son carnier vide de gibier tout en bredouillant de vagues excuses. 
À noter encore que bredouiller, c'est parler comme avec de la boue dans la bouche.


Bartassiger

Ce verbe qui sent bon la garrigue vient de bartasses, taillis touffus, en patois du Sud. Bartassiger revient donc à folâtrer dans les jardins à la façon des libertins du XVIIIe siècle, et l'on imagine bien quelque nobliau campagnard batifolant au détour d'un bosquet...