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Sous le manteau

Clandestinement 
S'emploie spécialement avec des verbes comme publier, vendre, en parlant de livres, d'ouvrages interdits (XVIIe siècle). Manteau a le sens métaphorique de ce qui se cache. D'abord en secret (soubz manteau, XVIe siècle).


22, v'là les flics !

L'expression est apparue dans les ateliers d'imprimerie vers 1870 avant d'être utilisée par la pègre. Les ouvriers signalaient ainsi de façon codée l'arrivée du patron. Ce serait un calembour d'atelier comme les ouvriers typographes aimaient à en faire en se servant de leur jargon technique. Par exemple, quand dans l'atelier entrait un prêtre (un corbeau, en argot), ils s'exclamaient : « Qui a du onze corbeau ? » du fait des caractères d'imprimerie de corps 11 (11 points typographiques Didot, soit 4,13 mm de haut).
Mais pourquoi 22 pour désigner le patron ? Est-ce parce que c'est un corps de grande taille utilisé généralement pour les titres en haut de la page ? Ou parce que le mot chef est constitué d'un c, troisième lettre de l'alphabet, d'un h, la huitième, d'un e, la cinquième et d'un f, la sixième et que 3 + 8 + 5 + 6 = 22 ?
Ou bien a-t-il existé à l'image du « Qui a du onze corbeau ? » une exclamation du type « vingt-deux corps saint », une manière déguisée d'annoncer l'arrivée inopinée du singe (saint-je), le patron en argot ?
Le mystère demeure. Chez les Anglais aussi, qui emploient dans le même sens une expression analogue : twenty-three skidoo.

Aller en Galilée

Terme d'imprimerie 
Cette expression ne signifie pas moins que faire des remaniements importants dans une composition. 
Ce voyage est purement imaginaire, Galilée étant la déformation plaisante de galée, la planche sur laquelle le compositeur au plomb place ses lignes. De fait, remanier assez largement un texte oblige à reporter les caractères sur la galée, pèlerinage long et difficile. Pour un remaniement plus léger, on dira plutôt, mais c'est devenu rare, aller en Germanie.


Attrape-science

Apprenti typographe 
De ce mot qui n'a plus qu'une survivance ironique, Eugène Boutmy, célèbre typographe du XIXe siècle, fait cette évocation :
« L'attrape-science est l'embryon du typographe ; la métamorphose demande trois à quatre ans pour s'accomplir ; vers seize ou dix-sept ans, la chrysalide est devenue papillon, et le gamin s'est fait ouvrier. À l'atelier, il a une certaine importance : c'est le factotum des compositeurs ; il va chercher le tabac et fait passer clandestinement la chopine ou le litre qui sera bu derrière le rang par quelque compagnon altéré. Il va chez les auteurs porter les épreuves et fait, en général, plus de courses que de pâté [traige de caractères] », Dictionnaire de l'argot des typographes


Avant la lettre

Avant le complet développement, l'état définitif 
En imprimerie et en photogravure, l'épreuve avant la lettre (vers 1870) est celle tirée avant l'impression de la légende figurant au bas d'une planche, d'une gravure.


Avoir du feu

Argot des métiers de la reliure 
Fait, pour la tranche dorée d'un livre, de briller. Certains livres brûlent comme le feu.


Belle page

Page impaire d'un livre 
Impossible de nier que les livres ont de belles pages, également appelées bonnes pages. À ne pas confondre avec les bonnes feuilles, premières feuilles tirées avant l'impression définitive.


Bilboquet

Petits travaux d'imprimerie 
Tels que faire-part, cartes de visites, etc. C'est se jouer que de faire ces travaux, pas très bien considérés dans la corporation. Autant que bilboquet l'indique bibelot, autre surnom de la chose ; l'ouvrier spécialisé dans la composition de ces ouvrages de ville étant pour sa part bibelotier.


Bolobolo

Reproduction en continu d'un même texte 
Le terme sort des presses d'imprimerie. Pour vérifier l'encombrement d'un texte dans une page (par rapport aux illustrations, par exemple), point n'est besoin de grande prose : il suffit d'écrire bolobolo, bolobolo, bolobolo... ; ce qui s'appelle aussi en termes de métier un faux texte ou layout.

Bourdon

Omission d'un mot, d'un membre de phrase ou d'une phrase Bourdon pourrait venir de ce qu'à l'origine on marquait une omission d'un signe semblable au bourdon (ou pommeau) d'un bâton de pèlerin.
Toujours est-il qu'il est le tourment de la composition au plomb parce que imposant d'héroïques acrobaties de mise en page. Qui y va facilement de son bourdon est un bourdonniste (comme le doublonniste est coutumier des doublons), et il ne serait pas étonnant qu'avoir le bourdon (la malchance) vienne de là.


Bourreur de ligne


Ouvrier qui ne fait que de la composition courante 
Un bon bourreur de ligne est un ouvrier qui compose vite et bien en ligne courante. N'être qu'un bourreur de ligne, en revanche, est en savoir faire que cela, et n'avoir pas de talent pour la présentation pour les textes exigeants.
Enfin, qui fait de la composition en ligne courante est un lignard.

C'est lavé !

Argot des imprimeurs : Signal de fin de travail 
On lavait naguère, avant de partir, l'atelier et les caractères qui avaient servi. L'expression est restée, même si, grâce à la photocomposition, on ne débarrasse plus, après usage, les outils de leur encre.


Caviarder

Retrancher des passages d'un article 
S'il arrive qu'on lâche un noir pâté, c'est bien involontairement. Ce noir caviar, lui, est bien volontaire et doit verbe et nom (le caviardage) à la Russie tsariste, grande spécialiste en censure et œufs d'esturgeon.


Coquille

Erreur typographique 
Pour Emile Chautard, la coquille est la « terreur du correcteur, l'ennui de l'auteur et le désespoir du philologue. » 
Et d'ajouter : « L'errartum est sa correction, le correcteur son chasseur et le corrigeur son apothicaire. » 
Grand débat, donc, que la coquille. Y compris chez les correcteurs, qui refuseront qu'on y réduise leur métier, n'aimant pas être pris pour de simples décoquilleurs. 
Quant à l'étymologie de l'agaçante coquille, les grammairiens s'y déchirent. L'une des plus sensées est celle soutenue par Jean- Pierre Colignon : « Extension à l'écriture, des coquilles représentant les péchés et les fautes que portaient à la ceinture les pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle. Les correcteurs étant à l'époque généralement des moines, l'image pouvait naturellement venir. »
Le bourdon, omission dans un texte d'un ensemble de mots ou de lettres, paraît aller dans ce sens, car il semble lui aussi venir de la ressemblance entre le signe de correction qui l'indique et le pommeau d'un bâton de pèlerin...
À moins... à moins que par une plaisanterie transmise par les siècles, la troublante coquille ne puisse en aucun cas se départir de son q, ce qui donnerait évidemment le mot de couille...

Corrigeage

Ce n'est pas là une incorrection, puisqu'il s'agit de... la correction faite par le typographe ! 
Le typographe fait du corrigeage, c'est-à-dire qu'il intègre les corrections effectuées, elles, par le correcteur.


Couillard

Petit filet qui sert à diviser une composition ou à combler le blanc d'une page 
Filant la métaphore, on met couillard ou cul-de-lampe dans un blanc de queue (blanc de page restant en fin de composition).


Deleatur

Signe de correction indiquant une lettre ou un fragment de texte ou de phrase à supprimer. 
Qu'on détruise, impitoyable semble dire ce verbe latin aux antiques accents guerriers.


Dos-d'âne

Meuble d'imprimerie à deux versants 
Le mot s'emploie çà et là dans les métiers comme ceux de la presse, où l'âne a bon dos, quand on y déploie la dernière épreuve afin de jeter, entre correcteurs morasseurs (ou morassiers) et la rédaction, un ultime regard critique sur le journal qui va sortir. Mais gare à rencontrer le dos-d'âne sur sa route, car il fait couiner les amortisseurs !



Gober sa chèvre

Être mécontent 
Gober sa chèvre, animal têtu, est d'un mécontentement tout de même moins fort que gober son bœuf
En termes d'imprimerie, un bœuf est l'exécution d'une composition en texte courant. Les typographes sont amateurs de bœuf, mais pas seulement sous forme de bifteck (une pièce de bœuf étant un travail important). Ils peuvent ainsi faire un bœuf (exécuter une composition en soutien d'un compagnon absent), ou bien avoir ou prendre leur bœuf, c'est-à-dire piquer une grosse colère ; et qui a souvent son bœuf est un bœufier...