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À brûle-pourpoint

À bout portant
Le pourpoint était un vêtement court matelassé destiné à protéger le dos et la poitrine du guerrier. Fait de deux peaux rembourrées de laine, il était piqué, de là vient son nom : poindre voulait dire piquer
Se mettre en pourpoint, c'était se préparer à se battre. Le pourpoint a été le vêtement de l'homme du XIIIe au XVIIe siècle. Bien que rembourré, il ne résistait pas à un coup de feu, surtout tiré à bout portant, à bout touchant, comme on disait alors.
Le pourpoint, passé de mode, à brûle-pourpoint verra son sens évoluer vers celui d'inopinément.

À crédit

Cette locution adverbiale, surtout employée de nos jours dans le sens financier (= sans payer tout de suite) a eu de nombreux emplois plus généraux, crédit signifiant confiance inspirée par quelqu'un ; influence dont il jouit. 
Croire quelque chose à crédit : sur la foi d'un autre, sans vérifier (XVI-XVIIe siècles)
Faire quelque chose à crédit : inutilement, en vain
Mourir à crédit : sans raison connue 
À noter que cette dernière expression a été stylistiquement reprise par Céline dans Mort à crédit 
Se faire battre à crédit : recevoir des coups sans les rendre Expression qui renvoie sans doute au sens financier 
Perdre son âme à crédit : mourir d'une cause inconnue (début XVIIe siècle)


À la dérive

En se laissant aller, sans pouvoir réagir
Ou, pour des objets : sans être dirigé, en étant le jouet des circonstances. 
Dans les deux cas, l'expression présuppose une issue mauvaise.
L'image du corps flottant emporté par le courant est généralement associée à la passivité de l'homme et des entreprises humaines face aux forces qui le mènent. Cela équivaut donc à être sans règle et sans guide, comme un navire emporté par les vents ou par le courant, dans une direction perpendiculaire ou oblique à sa quille : « Laissons les nations aller à la dérive », Proudhon 
L'anglais dit de même : adrift, et l'espagnol : a la dériva.


À la six-quatre-deux

En deux coups de dés
Quand cette expression à l'origine obscure apparaît en 1867, elle possède déjà les deux sens que nous lui connaissons ; en moins de deux ou à la va comme j'te pousse. Le sens de rapidité pourrait venir d'un jeu de dés ou de cartes. 
On disait aussi de celui qui allait vite en besogne : il a fait deux coups, six trous, par référence au jeu de tric-trac ou jacquet, dont chacun des quatre compartiments comporte six cases. 
Mais certains pensent que cette notion de vitesse pourrait venir de la manière de dessiner rapidement l'un en-dessous de l'autre un 6, un 4 et un 2 pour former le profil d'un visage.
Dire les chiffres à l'envers peut exprimer la notion de négligence. On disait aussi faire quelque chose de sept en quatorze, n'importe comment, comme celui qui compte de sept à quatorze sans s'arrêter aux chiffres intermédiaires.



À mots couverts

En termes voilés
Apparue en ce sens au XVIIe siècle, d'après le sens de couvrir, cacher, dissimuler, soit pour cacher ses intentions, soit pour dissimuler une réalité peu compatible avec la bienséance (dire, exprimer... à mots couverts).
Une autre façon d'exprimer cette idée est fournie par à demi mot qui se construit plutôt avec entendre, comprendre (sans que l'idée, la chose soit exprimée complètement).


À pas de géant

Locution adverbiale signifiant aller très vite. Se dit d'une entreprise, d'une évolution...


À quoi ça rime ?

On a coutume d'opposer aujourd'hui le fond et la forme. il fut un temps où, pour être apprécié, un texte se devait d'être en vers. Ou bien alors son contenu (la raison, le raisonnement) devait se révéler particulièrement riche. On opposait alors la rime à la raison.
Agir sans rime ni raison consistait à se comportait d'une manière incompréhensible. Les Anglais disent même without rhyme or reason.
D'où le sens de à quoi ça rime ? qu'est-ce que cela signifie ?



À telle enseigne que

À tels signes que
Le Français moderne ne connaît plus que l'enseigne de magasin et l'enseigne de bateau. Au temps de Saint Louis et de Joinville, signe et enseigne étaient employés indifféremment. Notamment dans le sens de preuve.
Oriflamme du seigneur, l'enseigne deviendra celle de l'amiral. Elle était portée par un officier subalterne, le porte-enseigne de vaisseau. Au XVIe siècle, elle s'accrochera au fronton des échoppes et des auberges, donnant naissance à l'expression être logé à la même enseigne, subir les mêmes tracas.



À tout bout de champ

De champ clos
L'expression a-t-elle poussé dans le champ du paysan sous le soc de la charrue qui au bout du champ fait à chaque fois demi-tour pour tracer son sillon, ou bien a-t-elle poussé dans le champ clos des tournois où s'affrontaient les champions de la lance et du fléau d'armes ?
La rapidité avec laquelle les chevaliers devaient faire faire volte-face à leur destrier une fois parvenu au bout du champ clos pour livrer un nouvel assaut milite en faveur de l'hypothèse des joutes médiévales. L'expression s'accorde mal en effet avec la lenteur des travaux des champs. Pour appuyer ce choix, il n'est qu'à constater l'abondance des expressions nées dans les champs clos comme sur-le-champ, prendre du champ ou entrer en lice.


À̀ toutes fins utiles

Pour servir en toute circonstance où ce sera nécessaire Autrement dit : dans le but d'être pratique, utile.


À vau-l'eau

Attestée dès le XVIe siècle, à vau-l'eau signifiait déjà péricliter, aller à sa perte. Au milieu de ce même siècle, l'expression avait encore son sens concret de suivre le fil de l'eau (trouvée sous la plume de Rabelais, en 1552).
À val (ou à vau) de... s'employait pour en descendant le long, en suivant la pente de (attestée en 1150).
On disait aussi à vau le vent, à vau le pays. Toutefois, à la fin du XVIe siècle, la locution prépositive, tout en gardant son sens primitif, prend des valeurs plus abstraites : on trouve ainsi à val de route (en déroute ou en déconfiture) et déjà à vau-l'eau (mal fonctionner) en parlant d'une entreprise (1594).
À noter que les valeurs concrètes s'expriment maintenant par en aval de.



Aller à une boum

À une surprise-partie
Les premières surprises-parties datent des années 30. 
Le jeu consistait à débarquer, toute une bande, chez un ami commun, les bras chargés de victuailles. La surprise était totale chez celui qu'on réveillait ainsi pour organiser une partie chez lui. Il n'y a plus de surprise aujourd'hui. Le mot surprise-partie a du reste vieilli, remplacé successivement par surboum (d'après en plein boum), par surpatte puis par boum tout court. 
Depuis peu a réapparu le terme de soirée. Seuls les 10-12 ans appellent encore boum ce que leurs parents nommaient goûter d'enfants. Mais il est vrai qu'ils y passent leur temps à écouter du rock ou de la techno !!! 


Aller acheter un paquet de cigarettes

Symbole de l'abandon de la vie conjugale ou d'une rupture amoureuse
Fondé sur le prétexte que l'on peut mettre en avant sans donner l'éveil. On peut également aller acheter une boîte d'allumettes.
« "Il est parti, voici un mois.
- Et qu'est-ce qu'il t'a dit ? 
- Rien. Il est parti sans prévenir." 
Dur, pensa Matcho, les traditions se perdent. Avant, les gars avaient au moins la décence d'aller chercher une boîte d'allumettes-tison », 
J. Bialot et C. Courchay, Matcho et les Fourmis 


Aller son petit bonhomme de chemin

Avec la patience du paysan
C'est poursuivre ses entreprises lentement mais sûrement, comme le paysan qui sait pertinemment qu'il ne peut bousculer le rythme des saisons.
Ce paysan d'autrefois, les citadins le surnommait par dérision Jacques Bonhomme, et de ce patronyme ne subsiste aujourd'hui que ce curieux petit bonhomme de chemin.



Amant de cœur

Celui qui ne paie pas ou qui paie moins que les autres, par suite d'un caprice passager ou durable, les faveurs d'une fille ou d'une femme entretenue
Cette expression s'est répandue au début du XIXème siècle, et l'éditeur Desloges a publié en 1842 une Physiologie de l'amant de cœur, due à la plume de Marc Constantin.
On disait au XVIIIe siècle l'ami de cœur. Dans un recueil de nouvelles à la main de 1762, on peut lire en effet : « La demoiselle Sophie Arnoult, de l'Opéra, n'a personne. Le seul Lacroix, son friseur, très aisé dans son état, est devenu l'ami de cœur. » 

Ami de cœur, amant de cœur ont remplacé greluchon, fort usité sous la Régence, et qui semble bien être un dérivé du bourguignon grelu (grêle, misérable, pauvre). Faut-il préciser qu'au temps des lorettes sous Louis-Philippe, on appelait aussi Arthur l'amant de cœur« Si la lorette soupçonne son Arthur », écrit Maurice Alhoy, qui en a défini le type dans sa Physiologie de la lorette.


Année sabbatique

Pour une mise en jachère

Les universités américaines ont lancé la mode d'une possibilité d'année sabbatique accordée aux professeurs à l'image de la pratique des anciens Hébreux qui mettaient une partie de leurs terres en jachère tous les sept ans. C'était une pratique imposée par les textes sacrés pour laisser la terre se reposer et se revivifier. Elle demandait de plus de laisser aux pauvres ce qui y poussait naturellement cette année-là et de ne pas exiger les créances.
On sait que le sabbat est le dernier jour de la semaine chez les israélites (shabbat veut dire repos).


Au bas mot

Au minimum
Au plus bas prix
D'abord au minimum, l'expression a pris le sens d'au plus bas prix d'après le sens spécial de mot, prix offert ou demandé pour une marchandise. 
L'expression marque le niveau inférieur d'une évaluation quantitative. 


Au fur et à mesure

Dans la même mesure ou proportion, en même temps L'expression est attestée sous cette forme à partir du XVIIe siècle.
Fur est issu de l'ancienne forme fuer (XIIe siècle) provenant elle-même du latin forum, marché, place publique, ce mot latin ayant parallèlement donné le doublet for*.
Fur, qui avait au XVIe siècle, le sens de prix, valeur (d'une marchandise), a disparu en emploi libre et ne subsiste plus que dans la locution au fur et à mesure. On trouvait en moyen français a (au) fuer de..., en proportion, a nul fuer, à aucun prix, au fuer que..., à proportion.
Ces expressions n'ont pas résisté au vieillissement du mot au sens propre de prix.
Ce couplage de synonymes alitérés, héritage de la rhétorique médiévale, est un procédé courant en phraséologie : bel et biensain et sauf, peu ou prou...
Le noyau de la locution est donc constitué par à fur, à mesure, à proportion qui apparaît au XVIe siècle, mais commence à se démotiver au XVIIe. Cependant, au lieu de disparaître, ce noyau se voit consolidé et finalement remotivé par l'adjonction, à la fin de ce même siècle, d'un second tronçon pléonastique : et à mesure.
La locution s'emploie soit absolument, soit avec la conjonction que suivie d'un verbe, ou encore avec la préposition de suivie cette fois d'un substantif.


Au marc le franc

En cas de faillite
Rien à voir avec le serpent monétaire ou le marc de Bourgogne.
Au Moyen Âge, un marc était un poids de 8 onces (245 g) qui servait à peser les monnaies. Il a donné son nom au Mark allemand. L'expression signifie littéralement : pour le poids d'un marc, tant de francs. Elle ne s'emploie plus que dans un jugement de faillite pour dire que les créanciers seront payés au prorata de leur créance.




Avoir bon dos

« On dit qu'un homme a bon dos, pour dire qu'il a moyen de faire les frais de quelque entreprise, de quelque partie que l'on veut faire tomber sur lui », dit Furetière.
L'expression est assez parlante pour se passer de commentaire. À noter la variante avoir le dos large.