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Jouer à touche-pipi

Jeux enfantins pour adultes
C'est là une transposition gentillette de jeux enfantins dans un domaine adulte plus salace.
Faire pipi que relève Littré, est attesté d'abord par Delvau en 1866 « dans l'argot des enfants ».
Jouer à touche-pipi semble n'avoir été inventé qu'au cours des années 1920, avec une signification variable et extensible qui permet de ne pas préciser où le jeu s'arrête, de l'attouchement au coït.


Le cadavre exquis

« Le cadavre exquis boira du vin nouveau » (1925)
« Que de soirées passées à créer avec amour tout un peuple de cadavres exquis. C'était à qui trouverait plus de charme, plus d'unité, plus d'audace à cette poésie déterminée collectivement ». Ainsi Eluard définit-il, dans Donner à voir l'ambiance qui donna naissance au plus célèbre des chemins poétiques ouverts par le surréalisme.
Mais Simone Breton, qui évoque ces jeux dans le catalogue de l'exposition qui leur est consacrée en 1975, se montre plus sévère : ils seraient nés, vers 1925, « au cours d'une de ces soirées de désoeuvrement et d'ennui qui furent nombreuses au temps du surréalisme. » 
On peut s'y référer ironiquement, comme Hervé Bazin, pour railler la fascination de notre civilisation pour le morbide. L'abus des charognes dans les faits divers a déteint sur le lexique : on ne parle plus que de la mort de Dieu, du père, du couple, de la famille...
Las, après Mallarmé, de creuser par veillée une fosse nouvelle dans le terrain avare et froid de leur cervelle, les jeunes gens recoururent à ces amusettes de société que l'on appelait billets russes : chacun inscrivait sur le billet un membre de phrase, puis le pliait avant de le passer à son voisin pour que celui-ci ne puisse voir ce qui y était noté. La phrase collective ainsi obtenue devait autant à l'imagination des participants qu'au hasard qui présidait à l'organisation de l'ensemble. Elle pouvait se révéler drôle, poétique ou menaçante...
Le cadavre exquis (la formule serait de Prévert) tire son nom du premier poème collectif ainsi composé. Le génie du surréalisme transforma en poésie ce qui n'était qu'un passe- temps. Le commentaire d'Eluard est en cela révélateur. Le charme que l'on trouve à ces textes qui, après un repas de communion, seraient simplement comiques, définit leur statut poétique.
Leur unité, quand il s'agit d'une création collective, suppose qu'une unité supérieure se manifeste, au niveau des inconscients, qui permet à un groupe d'affirmer une spécificité commune, qui ne soit pas la somme des personnalités qui le composent.

La formule cadavre exquis s'est largement répandue, même si l'allusion devient difficile à placer dans un salon. Au temps du surréalisme, elle a également désigné les dessins obtenus collectivement par le même principe.



Tu me fends le cœur

Marcel Pagnol, Marius, III, 1
N'ayant pas suivi attentivement la partie de cartes, Escartefigue se demande s'il soit couper à cœur. César, son partenaire, tente de lui faire signe, mais Panisse, outré, le surveille. César dramatise : « Quand tu parles sur ce ton, quand tu m'espinches comme un scélérat, eh bien, tu me fends le cœur... Pas vrai, Escartefigue ? Il nous fend le cœur ». 
Escartefigue, ravi, coupe à cœur, et Panisse, furieux, quitte la partie. Si on ne peut plus tricher avec ses amis, conclut César, ce n'est plus la peine de jouer aux cartes. Réflexion qui va plus loin que la boutade et qui contient une définition paradoxale de l'honnêteté : car bien tricher est un art qui a le droit d'être exercé, et le faire avec ses amis délivre de la tentation dans des circonstances plus officielles.


À la six-quatre-deux

En deux coups de dés
Quand cette expression à l'origine obscure apparaît en 1867, elle possède déjà les deux sens que nous lui connaissons ; en moins de deux ou à la va comme j'te pousse. Le sens de rapidité pourrait venir d'un jeu de dés ou de cartes. 
On disait aussi de celui qui allait vite en besogne : il a fait deux coups, six trous, par référence au jeu de tric-trac ou jacquet, dont chacun des quatre compartiments comporte six cases. 
Mais certains pensent que cette notion de vitesse pourrait venir de la manière de dessiner rapidement l'un en-dessous de l'autre un 6, un 4 et un 2 pour former le profil d'un visage.
Dire les chiffres à l'envers peut exprimer la notion de négligence. On disait aussi faire quelque chose de sept en quatorze, n'importe comment, comme celui qui compte de sept à quatorze sans s'arrêter aux chiffres intermédiaires.



À tout bout de champ

De champ clos
L'expression a-t-elle poussé dans le champ du paysan sous le soc de la charrue qui au bout du champ fait à chaque fois demi-tour pour tracer son sillon, ou bien a-t-elle poussé dans le champ clos des tournois où s'affrontaient les champions de la lance et du fléau d'armes ?
La rapidité avec laquelle les chevaliers devaient faire faire volte-face à leur destrier une fois parvenu au bout du champ clos pour livrer un nouvel assaut milite en faveur de l'hypothèse des joutes médiévales. L'expression s'accorde mal en effet avec la lenteur des travaux des champs. Pour appuyer ce choix, il n'est qu'à constater l'abondance des expressions nées dans les champs clos comme sur-le-champ, prendre du champ ou entrer en lice.


Avoir une marotte

Marotte est comme Marion, un diminutif de Marie. 
Elle désigne également une figurine, une poupée, pour les mêmes raisons qui ont créé les mariols et les marionnettes. L'accouchée — dit un texte du XVe siècle — est dans son lit, plus parée qu'une épousée, tant que vous diriez que c'est la tête d'une marotte ou d'une idole.
Toutefois, la marotte s'est spécialisée différemment en devenant le sceptre des bouffons de Cour : « Ce que les fous portent à la main pour les faire reconnaître. C'est un bâton au bout duquel il y a une petite figure ridicule en forme de marionnette coiffée d'un bonnet de différentes couleurs », écrit Furetière.
Cette marotte est aussi munie de grelots. Les manipulateurs de marionnettes appellent encore marottes celles qui sont constituées d'une tête fixée au bout d'un bâton.
Marotte se dit aussi d'une passion violente, d'une fantaisie, ou de quelque attachement qui approche de la folie. Chaque fou a sa marotte. Furetière oubliait cependant ce vieux proverbe écologique : « Si tous les fols portoient marotte, on ne sait de quel bois on se chaufferait ! »


L'âge du capitaine

Pour évoquer des questions oiseuses ou des problèmes absurdes 
Par référence à des devinettes saugrenues où il faut trouver, à partir de données hétérogènes, l'âge du capitaine d'un navire.


Pile ou face

Le coin ou la croix 
La pile (du latin pila, pilier) était jadis la marque du coin − en forme de petit pilier − qui servait à frapper le revers d'une pièce de monnaie. 
Sur l'avers, avant qu'y soit représenté le profil des rois capétiens, figurait la croix chrétienne. On disait alors jouer à pile ou croix...


Poisson d'avril

Un cadeau de nouvel An 
Le jour à partir duquel l'année change de millésime a varié neuf fois en France depuis le début de l'ère chrétienne. Jour de fête et jour d'échange des étrennes, il ne sera fixé au 1er janvier qu'en 1565. Avant, c'était le 1er avril. 
Ceci pour expliquer les cadeaux fantaisistes offerts par de joyeux lurons aux retardataires non adaptés au nouveau calendrier. Avril était la pleine saison du maquereau comme en témoigne le terme ancien dont étaient affublés les maquereaux, les souteneurs, un bon siècle avant l'introduction du calendrier grégorien.
Quelle meilleure farce en effet que de faire présent en plein carême d'un maquereau, à un moment où les gens maugréaient à l'idée d'être obligés de faire maigre et de ne manger que du poisson pendant quarante jours ?
Les Allemandes faisaient de même avec leur Aprilscherz (plaisanterie d'avril). Aujourd'hui, cette plaisanterie n'est plus qu'un poisson en papier que les enfants épinglent subrepticement dans le dos de leurs petits camarades.


Se tenir à carreau

À l'abri des arbalètes 
Qui se garde à carreau n'est jamais capot. Ce proverbe a pu faire croire que l'expression était née dans un tripot, mais il n'est bâti que sur la consonance car la couleur carreau n'a pas de prédominance dans aucun jeu de cartes. 
Se tenir à carreau c'est en fait se tenir à l'abri des carreaux, ces traits d'arbalète ainsi nommés parce que leur pointe était taillé à quatre pans.


Tête de Turc

Non, tête de More 
Souvenir des croisades, le Maure a longtemps été l'ennemi par excellence : on donnait le nom de tête de More à des têtes en carton servant de cible aux cavaliers dans un exercice militaire appelé la course à la tête
Dans les foires, on donnait ce même nom à la tête surmontée d'un turban sur laquelle les costauds étalonnaient leurs biceps en frappant dessus. 
L'homophonie fâcheuse avec tête de mort a fait préférer tête de Turc, par référence à la vieille expression fort comme un Turc qui date du temps de Scarron, le premier mari de Mme de Maintenon.


Un château de cartes

Vieille bicoque en carton 
Au temps des contes de Perrault, un château de carte (au singulier) était une bicoque peu solide comme faite en carton.
Le mot carte n'étant plus utilisé dans ce sens, le terme sera repris par les enfants qui s'amusent à édifier une construction la plus haute possible en superposant des cartes à jouer.

Un pauvre hère

Dans la série des parias (du tamoul parayan : homme de la dernière caste des Indiens, qui est un objet de mépris et d'exécration), le pauvre hère a sa place assurée. 
« Quittez les bois, vous ferez bien,
Vos pareils y sont misérables, 
Cancres, hères et pauvres diables » 
dit le gros chien de La Fontaine au loup maigre et affamé.
Deux hypothèses sont en présence pour ce pauvre hère unique. Traditionnellement, on le fait venir de l'allemand Herr, seigneur, employé par dérision, mais pour Bloch & Wartburg, il n'est pas impossible qu'il se rattache plutôt à haire, et ce serait alors un pèlerin, un moine mendiant ou autre pénitent de choc portant la haire.
Un usage bien oublié que cette chemise en crin ou poil de chèvre, appelée aussi cilice, mise à même la peau pour se faire mal, pour se torturer, s'écorcher l'épiderme en marchant, dans la plus pure tradition masochiste appelée gaiement esprit de mortification...
Certains y ajoutaient même des clous pour être bien sûrs de leur effet ! Saint Louis, monarque passablement réactionnaire et confit en dévotion, était friand de ces plaisirs − d'où son grade posthume : 
« En l'abeïe du Lis sont les heres que St Loys portait, une faite à la manière de gardecors longue jusque desouz la ceinture, et l'autre faite à la manière de ceinture... »
Pourtant, la haire était un objet décrié depuis longtemps et le symbole de l'hypocrisie religieuse de celui qui en fait trop. Molière a repris cette notion-là dans Tartuffe : « Laurent, serrez ma haire avec ma discipline », mais la plaisanterie comme le personnage étaient traditionnels depuis des siècles. En 1125, alors que saint Louis était encore un gamin, le Roman de la Rose présente Papelardie, l'hypocrite, la bigote, la fausse marmiteuse toujours occupée :
« De fere Deu preires faintes et d'appeler et sainz et saintes [...] fu par samblant ententive* [appliquée] dont tot a bones ovres faire, et si* avoit vestue haire, [et aussi]...»
En tout cas c'est bien dans le sens de pèlerin, de moine errant, et faux dévot, que Rabelais emploie le mot. Il défend l'entrée de son abbaye de Thélème à beaucoup de gens, mais en tout premier lieu il est écrit sur la porte :
« Cy n'entrez pas, hypocrites, bigots... Ny ostrogotz, precurseurs des magotz* [singes hypocrites] Haires, cagotz, caffars empantouflez, Geux mitouflez, frapars escorniflez*, [moines mendiants] Befflez, enflez, fagoteurs de tabus, etc. » 
Gargantua, chap. XXII
Il est vrai qu'il emploie aussi par ailleurs pauvre haire pour désigner un pénis ! Panurge ayant manqué d'être rôti à la broche par les Turcs raconte : 
« Un jeune Tudesque [...] regardoit mon pauvre haire esmouché, comment il s'estoit retiré au feu ; car il ne me alloit que jusques sur les genoulx »
Pantagruel, chap. II 
À moins que justement, son vit, avec son capuchon, ne lui fasse penser à un moine !!! Enfin, le pauvre hère est un minable. À la même époque, Bonaventure Des Périers parle d'un « renard qu'il avait fait nourrir petit ; et lui avait-on fait couper la queue, et pour cela l'appelait-on pauvre haire. »
Remarque pratique, qui peut rendre service à certains : « Here, est aussi un jeu de cartes, où l'on ne donne qu'une carte à chaque personne. On la peut changer contre son voisin, & celui à qui la plus basse carte demeure perd le coup. Le here est le jeu des pères de famille, parcequ'ils y font joüer jusqu'aux plus petits enfans », Furetière.


Avoir de la corde de pendu dans sa poche

Se dit d'un homme qui gagne toujours et beaucoup au jeu, qui réussit dans tout ce qu'il entreprend − par allusion à la croyance populaire qui veut qu'un bout de corde de pendu porte bonheur à celui qui l'a habituellement sur soi.


Effeuiller la marguerite

Détacher un à un les pétales de cette fleur 
En disant par jeu ou par superstition : il aime un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout, pour savoir si l'on est aimé, le dernier pétale arraché étant censé donner la bonne réponse. 
On trouve l'expression chez Musset (1837) mais le jeu, fondé sur la croyance aux propriétés divinatoires de cette fleur, semble d'origine normande et paraît plus ancien. 
L'expression n'est plus très employée, sauf dans une intention délibérée d'archaïsme, au sens de conter fleurette, badiner, et − par plaisanterie − dans un contexte moins innocent.


L'as des as

L'aviateur Georges Guynemer 
Pour tuer le temps entre deux missions, les aviateurs de 14-18 tapaient le carton. Ils jouaient à la manille. À ce jeu, le dix et l'as sont les deux cartes les plus fortes. D'où la tradition de décerner au pilote qui avait abattu plus de dix avions ennemis le titre d'as. Le nouvel as devait alors payer le champagne ! 
S'inspirant des formules der des ders et prems des prems, la presse surnomma Guynemer, l'homme aux 54 victoires, l'as des as.


Traiter par-dessous la jambe

Exploit de champion 
Au jeu de paume, beaucoup jouaient pour la galerie pour amuser le public venu les applaudir. 
Pour montrer leur désinvolture et leur adresse, les champions s'amusaient à frapper la balle, l'esteuf, par-dessous la jambe
Parfois altérée en par-dessus la jambe par ceux qui ignorent son contexte sportif, l'expression ne qualifie plus qu'un manque d'égards.


Être chocolat

Berné comme un clown 
Le numéro des clowns Footit et Chocolat déclenchait des tempêtes de rires à chaque représentation du Nouveau Cirque dans les années 1895. Footit le clown blanc, ne cessait de berner son acolyte déguisé en nègre et s'exprimait à chaque fois « Il est chocolat !» Et son compère d'enchaîner : « Je suis chocolat ! » 
La phrase est restée. Confortée par l'expression des joueurs de bonneteau, faire chocolat. Parmi les spectateurs se trouvent toujours un compère que l'on fait gagner pour appâter le public. Chez les tricheurs, le chocolat était la poire, le pigeon qu'on allait plumer.


Passez muscade

Le tour est joué 
L'expression est empruntée aux escamoteurs qui s'exclament passez muscade ! quand, dans un de leurs tours de passe-passe, ils font disparaître sous leurs gobelets une petite boule. Les bateleurs des champs de foire de jadis utilisaient des noix de muscade.


Amuser le tapis

Tapis vert 
En terme de jeu, c'est risquer une petite mise sur le tapis vert. Au figuré, c'est distraire l'attention de quelqu'un, le faire rire.