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Médecin, soigne-toi toi-même

Expression du doute et de l'incrédulité, pour ce qu'on juge les gens sur leurs actes
NT – Évangile selon saint Luc, livre 4, verset 23


Il ne passera pas l'hiver

Il est sur le point de mourir 
Se dit aussi d'une chose en très mauvais état. L'abréviation PHP (passera pas l'hiver) est comparable à HS (hors service).

Être né coiffé

Par dame Fortune 
Il arrive qu'un enfant vienne au monde avec une coiffe sur la tête, un fragment de la poche des eaux. 
Heureux présage déjà chez les Romains : le nouveau-né aura beaucoup de chance dans la vie. Être né coiffé ne se limite pas, en principe, à l'heur d'une riche naissance − ce que les Anglais appellent d'une façon plus explicite venir au monde avec une cuillère en argent dans la bouche. D'abord, l'expression a un fondement exact en obstétrique : certains bébés portent à la naissance, enveloppant leur crâne, une coiffe (c'est le terme), constituée par une partie de la membrane fœtale, autrement dit par la poche des eaux.
« On les appelle des enfants coiffés. 
Si mon père m'eust fait coëffé 
Et qu'il eust moins philosophé,
Il eust amassé davantage »
dit Scarron, impotent et en mal d'argent. 
Depuis l'Antiquité et un peu partout dans le monde, les peuples ont vu dans ce détail de l'accouchement un signe de chance infaillible pour le nouveau-né, un principe de réussite et de bonheur dans la vie. 
On dit qu'un homme est né coiffé pour dire qu'il est heureux, l'opinion du vulgaire ayant attribué cette vertu à cette « coeffe que quelques enfans apportent au monde ». 
Cette superstition est très ancienne. Lampridius en parle dans la vie d'Antonin : « Cet empereur étoit né coiffé avec une espece de bandeau sur le front, en forme de diadème : c'est pour cela qu'il se fit appeler Diadumene. »
Comme il jouit d'une constante prospérité pendant tout le cours de son règne, son bonheur confirma l'opinion de ceux qui s'imaginent que les gens « nez coiffez sont heureux. Depuis on s'en servit pour des sortilèges, & pour des maléfices [...]. »
Lampridius témoigne que les sages femmes « vendoient bien cher cette coeffe à des Avocatz, qui étoient persuadez qu'en la portant sur eux ils auroient une force de persuader, à laquelle les Juges ne pourraient resister. »
« Les Canons deffendent de s'en servir parceque les sorciers en usoient dans leurs maléfices », Furetière.


Les arcanes de la politique

Tout ce qui est secret et mystérieux, ce qui ne se dit pas, sauf à un cercle d'initiés, peut être qualifié d'arcanes, qu'il s'agisse du domaine des arts, des sciences ou de la politique.
Le terme (du latin arcanum, secret) fait référence aux alchimistes qui disaient avoir découvert un remède infaillible afin de prolonger la vie ad vitam aeternam.
Seuls les inventeurs connaissaient la composition mystérieuse et secrète de cette panacée. Au XVe siècle, l'alchimiste et médecin suisse Paracelse donna une définition de l'arcane comme étant une substance incorporelle, immortelle et dont la nature est fort au-dessus de l'intelligence humaine. 
Inutile donc d'essayer de comprendre !
Longtemps employé dans le langage médical, le mot arcane faisait référence aux remèdes mystérieux et sans aucune valeur scientifique, auxquels étaient prêtées des vertus curatives, élixir de longue vie ou de jeunesse éternelle, remèdes très prisés par les crédules en qui les charlatans ont, de tous temps, trouvé une proie facile.
Paracelse fit scandale en critiquant les plus grands médecins de l'Antiquité, allant même jusqu'à brûler leurs œuvres. Suite à ses démêlés avec la justice, il dut quitter Bâle ; après une vie d'errance et de dénuement, Paracelse mourut misérablement dans une taverne de Salzbourg, à l'âge de 48 ans.
Triste fin pour celui qui avait prétendu posséder le moyen de prolonger la vie humaine de plusieurs siècles !


Avoir la bosse des maths

Une bosse de rigolade 
Les théories de Gall font aujourd'hui se tordre de rire les scientifiques. Pourtant, les Parisiens qui se piquaient de science sous le Premier Empire, ne juraient que par elles. Ils venaient en foule aux conférences des deux savants en vogue, Mesmer et son magnétisme, Gall et sa phrénologie (ou cranioscopie, si si !). 
Gall prétendait mesurer l'intelligence (phren en grec) par les bosses du crâne. Des théories fumeuses de ce savant allemand, il ne subsiste que la bosse des maths, évoquée généralement par ceux qui ne l'ont pas ou ceux qui ne... bossent pas assez pour comprendre cette discipline !


Avoir la vérole et un bureau de tabac

Locution médicale... 
Fait pour un patient de présenter plusieurs pathologies n'ayant généralement pas de lien entre elles. Expression médicale s'il en est, avoir la vérole et un bureau de tabac, c'est vraiment avoir des maux qui n'ont rien à voir, comme un rhume, la tuberculose, une chaude-pisse, voire, comme se plaisent à dire les médecins dans leur parler carabin, une hépatite virile.


Bilanter

Faire le bilan biologique d'un patient, notamment en cas de transfusion 
Faire un bilan de santé, c'est plus rapidement, bilanter. De même que grouper se dit pour vérifier le groupe sanguin d'une personne.

Dorer la pilule

Pour mieux la faire avaler 
Il fallait du courage, autrefois, pour se soigner ! Saignées, clystères, ventouses scarifiées, cataplasmes ou cautères étaient douloureux. Les médicaments avaient un goût affreux que toutefois les apothicaires s'efforçaient de masquer. Ils les enrobaient de sucre pour leur donner une apparence flatteuse, afin que les patients acceptent d'avaler la pilule (du latin pilula, petite boule).


Le nerf de la guerre

Il sert aussi pour la guerre des nerfs 
Mme de Sévigné employait déjà la formule : « le nerf de la guerre, c'est l'argent ». Celui qui permet de constituer les gros bataillons du côté duquel se trouve toujours le Seigneur Dieu, comme disait Voltaire. 
Nerf est pris ici dans le sens de ressort. Un nerf était autrefois un ligament, un tendon (on parle encore d'une viande pleine de nerfs, difficile à manger).
Le sens moderne de nerf est différent. On le retrouve dans la guerre des nerfs. Le terme est né en 1940 pour qualifier la propagande qui cherchait à saper le moral des troupes et des populations ennemies, propagande alimentée par le budget du ministère de la Guerre.


Officier de santé

Médecin, pas militaire 
Jusqu'en 1892, les officiers de santé étaient des personnes autorisées à pratiquer la médecine sans avoir le diplôme de docteur. Flaubert avait fait de M. Bovary un officier de santé et non un docteur. 
Les officiers de santé n'avaient aucun lien avec l'armée ou la marine, où le grade d'officier n'apparaît pas avant le XVIe siècle. 
Avant cette date, les officiers étaient tous des civils, titulaires d'une charge, d'un office, comme en témoignent encore aujourd'hui deux personnages dignes de foi : l'officier d'état-civil et l'officier ministériel (le notaire, l'huissier), tous assermentés.


Savoir par cœur

Sur le bout des doigts 
Posséder un livre était jadis un privilège. Savoir lire aussi. Comme des écoliers appliqués, nos ancêtres lisaient le plus souvent à haute voix en suivant les mots avec leur doigt. À force de relire leur unique livre, en général la Bible, ils finissaient par en connaître le texte sur le bout du doigt.
Mais pourquoi par cœur ? Il faut dire que les Anciens n'étaient pas très fort en anatomie et attribuaient au cœur des fonctions multiples : la digestion (avoir mal au cœur), la générosité (avoir bon cœur), l'amour (faire le joli cœur), l'imagination (dîner par cœur), alors pourquoi pas la mémoire ?

Se désopiler la rate

La rate avait pour les anciens docteurs un inconvénient : celui de sécréter la bile noire, cause de chagrin et de mélancolie. Il fallait donc à tout prix se désengorger la rate...
Un bon moyen de rire - la lecture d'histoires drôles pouvant faire cet office parfaitement. L'exergue du Cabinet satyrique de 1618 tient en ces vers prometteurs :
« Quiconque aura le mal de rate 
Lisant ces vers gays et joyeux, 
Je veux mourir s'il ne s'escalte
De rire et ne pleure des yeux  » 
L'on a dit en premier lieu s'épanouir la rate, expression abondamment utilisée durant tout le XVIIe siècle.
Oudin la signale en 1640 : « S'espanouïr la ratte, rire tout son saoul. » 
Les progrès du langage savant au XVIIIe siècle ont fait employer le verbe désopiler (le contraire d'opiler, boucher) ; le langage populaire s'en saisit pour désigner les éclats de rire.
« Pendant cette morale, Mme Duflos, nonchalamment étendue sur une chaise longue, roulait des yeux dont les mouvements eussent infailliblement produit un bruyant désopilement de ma rate, si la bonne ne fût venue très à propos », Vidocq, in Mémoires (1828)


Se saigner aux quatre veines

La saignée était la panacée contre toutes les maladies. On saignait aussi bien les grabataires que les nouveau-nés. 
Mais fallait-il saigner du côté opposé à l'endroit malade pour obtenir une révulsion ou du même côté pour obtenir une dérivation ? 
Grave question.
Une profonde querelle divisait les médicastres du temps, les mires et les barbiers-chirurgiens. Ils ne tombaient d'accord que sur la saignée complète. Elle se faisait aux quatre veines, aux quatre membres, comme on disait en Normandie.

Tâter le pouls

Le pouls est toujours l'un des éléments importants de l'établissement des diagnostics, et de la surveillance d'un malade. Les anciens médecins l'utilisaient bien avant de connaître les mystères de la circulation du sang ; ils suivaient simplement en cela l'opinion d'Aristote, pour qui un esprit aérien emplissait les artères et faisait battre le cœur.
Tâter le pouls à quelqu'un a pris très tôt un sens métaphorique : pressentir cette personne au sujet d'une affaire, essayer de connaître ses intentions.
Oudin relève la tournure en 1640 : « Taster le Pouls à une personne, la sonder, tascher de sçavoir son sentiment. » L'expression fut très vivante jusqu'au début de ce siècle ; elle s'appliquait également à des entités : «J'ai beaucoup fréquenté les lieux publics pour connaître le cours des idées et tâter le pouls à l'opinion publique » , écrit Gérard de Nerval.

Tirer les vers du nez

Où est la vérité ? 
On aimerait pouvoir tirer les vers du nez, arracher le secret de son origine à cette expression que Rabelais employait déjà mais qui reste mal expliquée. 
Le ver, est-il le vrai, la vérité ? Le mot existait au Moyen âge dans ce sens. Mais pourquoi le pluriel dans l'expression ? Peut-être parce que son sens est d'arracher petit à petit la vérité, toutes les vérités les unes après les autres. À rapprocher de dire ses quatre vérités.
Le succès de la locution vient de la croyance populaire - et des médecins eux-mêmes avant Pasteur - selon laquelle grouillaient dans le corps humain une multitude de vers, responsables de nombreuses maladies. Il existait même un ver-coquin qui rongeait les esprits et provoquait des vertiges.
Pour tuer le ver, il était recommandé de boire un verre de gnôle à jeun... 
Et pourquoi tirer les vers du nez ? Parce que le nez est souvent l'indicateur de la vérité ou du mensonge. Témoin, l'expression enfantine : ton nez remue, tu ne dis pas la vérité. Le nez de Pinocchio ne s'allongeait-il pas à chaque mensonge ?

Un cadavre ambulant

Un être très affaibli 
Affaibli et que menace une fin prochaine bien qu'il aille et vienne... Un mort vivant. 
Massillon écrit d'un de ces êtres sur qui s'étend déjà l'ombre de la mort : «Il ne tient plus à la vie que par un cadavre qui s'éteint. » Le dictionnaire de l'Académie est moins alarmiste, puisqu'il en donne cette définition (1835) : personne très maigre. D'ailleurs, de nombreux patois et dialectes emploient cadavre (ou une forme altérée du mot) pour désigner un homme vivant, maigre ou non. 
Dans ce dernier cas, l'ironie macabre désigne même, par cadavre, un homme grand et robuste.

Une grippe carabinée

Maladie de carabinier 
L'infanterie en campagne se méfiait des carabinades ennemies lancées par un groupe de cavaliers qui déchargeaient leur carabine à bout portant puis tournaient aussitôt casaque pour revenir dans leurs rangs recharger leur arme. 
La soudaineté de la charge des carabins - c'était le nom de ces redoutables cavaliers - est passée dans le langage des marins : une saute de vent est devenue un vent carabiné qui, en pénétrant dans les terres, nous apporte pluies et grippes carabinées.


Virer sa cuti

Présenter une réaction positive 
Les écoliers d'hier étaient systématiquement soumis à une cutiréaction qui permettait de dépister la tuberculose. Le médecin scolaire leur griffait la peau du bras avec un stylet. La petite pustule qui se formait montrait que l'enfant avait déjà résisté victorieusement à l'assaut de la maladie. Cette réaction positive pouvait le faire considérer comme un adulte : c'est le sens premier de l'expression qui signifie devenir plus mûr, changer d'opinion. Changer de goût en matière sexuelle en est un sens dérivé.