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Deux poids deux mesures

Symbole de la malhonnêteté, puis de l'injustice,
bien que la Bible ne connaisse que le sens propre Deux poids, deux mesures sont l'un et l'autre en horreur au Seigneur, quand il s'agit d'énoncer une imprécation contre ceux qui faussent les balances.
Mais dès l'AT, la balance est devenue l'attribut de la justice divine, où se pèse l'honnêteté de l'homme. Le souvenir des livres des morts égyptiens développa dans les écrits intertestamentaires, l'image de la balance où se pèsent les péchés des morts. Ainsi a pu se développer le sens figuré.
AT - Deutéronome, livre 25, versets 13 et 14 ; Proverbes, livre 20, verset 10


Être changé en statue de sel

Rester parfaitement immobile, le plus souvent sous le coup de la stupéfaction ou de l'indignation
Lorsque les anges de Yahvé détruisent Sodome et Gomorrhe, Loth et sa famille sont épargnés et invités à fuir la ville sans se retourner. La femme de Loth regarda en arrière et elle devint une statue de sel.
La menace de mort vise ceux qui regardent Yahvé en face et donc qui assistent au déploiement de sa colère. Symboliquement, elle concrétise l'oubli dans lequel doivent être précipitées les villes maudites.
Aujourd'hui, on compare à la femme de Loth ceux qui se laissent paralyser par leur passé (enfance, expérience malheureuse, influence parentale...) et se montrent incapables d'agir.
AT - Genèse, livre 19, verset 26



Jeter la première pierre

Être le premier à condamner quelqu'un (souvent employé sous forme négative)
La lapidation était une sorte de jugement rendu par le peuple qui se chargeait de punir sur le champ.
NT - Évangile selon saint Jean, livre 8, verset 7


Loi du Talion

Du latin talio, même sens, formé sur talis, tel, principe juridique selon lequel le coupable doit subir le même dommage qu'il a fait subir à sa victime (au propre comme au figuré).
A noter cependant que la peine s'appliquait différemment selon la qualité des personnes lésées.
La loi du Talion apparaît dans le Code d'Hammourabi, roi de Babylone (1792-1750 av. JC), et malgré la cruauté de cette loi, elle constitue un progrès contre la loi primitive de la vengeance individuelle.
Aujourd'hui, la loi du Talion est synonyme de barbarie...
AT - Exode, livre 21, verset 24 ; Lévitique, livre 24, verset 20 ; Deutéronome, livre 19, verset 21


Œil pour œil, dent pour dent

On résume souvent ainsi la loi de Moïse, donnée par Yahvé sur le mont Sinaï. La formule complète est : Si malheur arrive, tu paieras vie pour vie, œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied, brûlure pour brûlure, blessure pour blessure, meurtrissure pour meurtrissure.
AT - Exode, livre 21, verset 24 ; Lévitique, livre 24, verset 20 ; Deutéronome, livre 19, verset 21


On est puni par où on a péché

Expression de la justice immanente, merveilleuse consolation pour ceux qui confondent peur et vertu... 
AT - Sagesse de Salomon, livre 11, verset 16


Qui es-tu pour juger ?

Appel à la tolérance.
NT - Épître de Jacques, livre 4, verset 12 ; Épître aux Romains, livre 14, verset 4


Sodome et Gomorrhe

En 1897 avant notre ère, en Palestine, la Pentapole comprenant Sodome, Gomorrhe, Séboïm et Adama fut ensevelie sous une pluie de feu et de soufre.
Seule la ville de Ségor fut épargnée grâce à Loth qui y avait trouvé refuge.
C'est ce que nous apprend la Genèse (XIX, 1-29). Yahweh avait décidé la destruction de Sodome et de ses habitants dont l'impudicité, les crimes et la dépravation due à la sodomie étaient parvenus jusqu'à lui.
Il décida donc de s'y rendre. Abraham qui l'accompagnait lui reprocha de vouloir faire périr indistinctement les coupables et les justes. Yahweh promit de ne pas détruire la ville s'il s'y trouvait ne serait-ce que dix justes.
La perversion était telle à Sodome qu'il ne trouva pas les dix justes qui auraient pu apaiser son courroux.
Le feu et le soufre anéantirent Sodome et Gomorrhe ainsi que toutes les cités de la vallée, leurs habitants et leurs récoltes.
À leur place se trouve aujourd'hui la mer Morte dont le niveau se trouve à près de 400 mètres au-dessous du niveau de la Méditerranée.
Le Jourdain et les rivières s'y jetant n'en ressortent pas mais s'évaporent sous la chaleur, créant une salinité telle qu'aucune vie n'y est possible à cause des dépôts de sel et de soufre.
AT - Genèse, livre 18, verset 20, livre 19, verset 29



Talent

Disposition naturelle, don divin
Si le mot n'est pas d'origine biblique, le sens actuel dérive directement de la parabole des talents telle qu'elle est interprétée au 12ème siècle.
En grec, talent désigne le plateau d'une balance et plus particulièrement d'un poids de 20 à 27 kg qui servait d'unité de compte, en argent ou en or. Ainsi, un maître confie ses richesses à ses esclaves. Le premier fait fructifier les 5 talents d'argent tandis que le second les enterre.
À son retour, le maître donne un talent au premier et traite le second de paresseux car, à tout homme qui a, on donnera et il sera dans la surabondance ; mais à celui qui n'a pas, même ce qu'il a lui sera retiré.  Cruauté ? non, la parabole ne fait que condamner ceux qui, ayant reçu un don du ciel ne l'exploitent pas et le laissent dormir.
NT - Évangile selon saint Matthieu, livre 25, versets 14 à 30



En son for intérieur

Un tribunal de la conscience 
Le vieux mot for ne survit plus aujourd'hui que dans cette expression. Il dérive du latin forum dans son sens de tribunal.
Au XVIIe siècle, il était courant d'opposer le for intérieur, le tribunal de la conscience, au for extérieur, le jugement de la société. 
Aujourd'hui, le for intérieur est souvent pris pour un secret bien gardé, comme dans un coffre-fort ou un château fort.


Homme de paille

Prêt à être brûlé en place de Grève 
La justice royale devait poursuivre son œuvre jusqu'au châtiment suprême, même si le condamné était en fuite. Pour l'exemple, on brûlait ou on pendait à la place du coupable un mannequin de paille ou d'osier, un homme de paille. Sur la potence, le bourreau affichait le nom du criminel et la nature de son crime. Cette forme de condamnation par contumace s'appelait exécuter leur effigie.
Présente dans de multiples expressions, la paille pouvait aussi bien être le symbole de la pauvreté : coucher sur la paille, que de richesse : être dans la paille jusqu'au ventre ou mettre de la paille dans ses souliers ou du foin dans ses bottes. On tirait au sort à la longue paille, devenue courte par la suite. On rompait la paille pour dénoncer un accord. Une coutume juridique très ancienne voulait en effet que l'acheteur reçoive un fétu de paille lors de la conclusion d'un accord.


Jeter une pierre dans son jardin

Comme celle lancée à la femme adultère
Jeter la pierre à quelqu'un, c'est le critiquer ouvertement. Jeter une pierre dans son jardin (sous-entendu, quand il a le dos tourné), est une allusion désobligeante. 
Deux références bibliques à la femme adultère. « Que celui qui est sans péché, lui lance la première pierre », disait Jésus aux Pharisiens qui s'apprêtaient à la lapider. 
À noter que ce supplice rituel chez les Hébreux est encore prescrit par le Coran.


Mettre sa main au feu

À la première controverse, les gens sont prêts à mettre leur main au feu pour appuyer leurs dires. C'est un travers de l'espèce humaine : on veut toujours avoir raison ; nous voyons peu qu'un individu aille disputer contre un autre pour le seul plaisir d'avoir tort !!! Cette expression fait allusion à une pratique du Moyen Âge : le jugement de Dieu.
L'idée en est simple : afin de couper court aux enquêtes toujours ennuyeuses et délicates sur la culpabilité ou l'innocence des gens, on considérait que Dieu devait savoir, et s'Il le voulait bien, agir en conséquence. On s'en remettait donc à Sa grande vigilance, et on réglait les différends en imposant des épreuves au cours desquelles, immanqua-blement, Il reconnaîtrait les siens.
Ces épreuves existaient sous plusieurs formes. D'abord pour les princes, surtout, l'épreuve du feu, qui consistait à tenir sa main dans une flamme sans se brûler, ou à saisir sans dommage une barre de fer rougie, ou toute autre variante. Si l'épreuve était réussie et l'épiderme intact, on déclarait que la noble personne était dans son droit et lavée de tout soupçon. Furetière résume ainsi la situation : 
« On dit qu'un homme mettrait sa main au feu, son doigt au feu, quand il propose quelque chose dont il est très assuré. Ce proverbe se dit par allusion à une coutume qu'on avait autrefois de se purger d'une accusation par l'attouchement du fer chaud. Cunégonde, femme de l'Empereur Henri de Bavière, se purgea du soupçon que son mari avait contre elle, en marchant les pieds nus sur 12 socs de charrüe ardens. »
Dans le Roman de Renart, Dame Hersant, la femme d'Ysengrin le loup, contrairement à Cunégonde, refuse poliment cet examen. Elle nie l'adultère dont elle est accusée :
« Certes, onques n'ot en moi part en tel manière n'en tel guise; J'en feroie bien un Jouïse [jugement de Dieu] en eve chaude ou en feu chaut mais esconduire riens ne vaut, lasse, chaistive, mal ostrue ! [infortunée, née sous un mauvais astre] que je n'en serai ja crüe ».
Eau froide : on jetait le suspect pieds et poings liés dans une rivière ou dans un bassin ; s'il allait au fond, il était innocent, s'il flottait, il était coupable ! 
L'épreuve de la croix était nettement moins risquée : elle consistait en un duel aimable où les deux protagonistes se tenaient debout, immobiles, les bras étendus en croix comme des gymnastes, prenant leurs distances.
Celui qui, pris de crampes, abandonnait le premier la position avait tort. L'autre, naturellement, grimaçait, mais il avait raison ! De cet exercice décourageant vient sans doute l'expression baisser les bras.


Mettre sur la sellette

Avant que la selle soit réservée au cheval et au vélo, le mot désignait toutes sortes de sièges, depuis un petit siège de bois à trois ou quatre pieds sans dossier, autrement dit un tabouret −  d'où la délicieuse expression, familière à Mme de Sévigné et à La Fontaine : être le cul entre deux selles − jusqu'à la chaise percée, ou selle nécessaire, commune depuis le Moyen Âge, ancêtre châtelain et confortable de nos vécés, comme en témoigne cette facture du XIVe siècle : « À maistre Girart d'Orléans, peintre du roy, pour six selles nécessaires, feutrées et couvertes de cuir. »
Ce siège-là nous a donné aller à la selle, gentiment conservée par les médecins à travers les siècles...
D'où bien sûr, les selles elles-mêmes, autrement dit les fèces, qui n'ont pas toujours eu la connotation médicale actuelle, témoin ce gros cochon de Saint-Simon : « Je suis monté dans la chambre où vous avez couché, et j'y ai poussé une grosse selle tout au milieu sur le plancher », fait-il dire à un grand seigneur.
La sellette est donc naturellement une petite selle, mais dans son sens premier de tabouret ! Il s'agit en effet du siège bas d'un tribunal sur lequel on faisait asseoir l'accusé, généralement enchaîné, dans une position d'infériorité pour être livré à la curiosité de ses juges.
« On le dit particulièrement d'un petit siège de bois sur lequel on faisait asseoir les criminels en prêtant leur dernier interrogatoire devant les Juges : ce qui ne se fait que quand il y a contre eux des conclusions des Procureurs du Roi à peine afflictive; car hors de cela, ils répondent derrière le Barreau. L'interrogatoire sur la sellette est la pièce la plus essentielle de l'instruction d'un procès criminel », écrivait Furetière.
«On dit aussi figurément de celui à qui on a fait plusieurs questions en quelque compagnie qui l'ont fatigué, qu'on l'a tenu long temps sur la sellette. » L'usage qui durait depuis le XIIIe siècle fut aboli par la révolution de 1789, au profit du box et de la célèbre formule tout à fait inverse : Accusé, levez-vous !


N'avoir ni foi ni loi

N'avoir ni religion ni morale ; être capable de tout 
L'assonance foi-loi a assuré le long usage de cette locution, attestée au début du XVe siècle (Gerson), et fréquente au XVIIe siècle (Boileau, Sévigné). 
Sans foi ni loi (locution adjectivale) s'emploie avec la même valeur. Dans les deux cas, la valeur religieuse de foi est sans doute seconde : il s'agit plutôt du respect, de la fidélité à la règle (loi), comme l'explique Grimaud (Locutions françaises).


N'y voir que du feu

Sur le bûcher 
Les coupables de crimes étaient souvent accusés de sorcellerie. L'exécution sur le bûcher, prétendait-on, sauvait la victime des flammes infernales. Détail horrible, le supplicié était enduit de graisse de porc pour qu'il brûle mieux et qu'il ne meure pas à petit feu (cette dernière expression vient bien du supplice du bûcher). 
Heureusement, le condamné était généralement déjà mort, discrètement étranglé par le bourreau qui faisait mine de l'amener vivant au supplice : le public, lui, n'y voyait que du feu.

Nécessité fait loi

Locution proverbiale signifiant que certains actes sont justifiés par leur caractère inévitable. Ce proverbe a connu plusieurs variantes entre le XVe et le XVIIe siècles :
Nécessité n'a loy (avant 1410, Gerson) 
Nécessité n'a point de loi (vers 1410) 
Nécessité contraint la loi (1690, Furetière)
Pour les formes les plus courantes. Il paraît s'agir d'une d'adaptation d'une sentence latine attribuée à Publilius Syrus : « La nécessité donne la loi et ne la reçoit pas. » 
Elle a été reprise au XIIe siècle par saint Bernard dans son Traité sur le précepte et la dispense, sous la forme la nécessité n'a pas de loi et excuse la dispense. 
D'une façon globale, ce proverbe sert à légitimer le caractère exceptionnel d'une mesure au nom de circonstances elles-mêmes exceptionnelles.


Opiner du bonnet

Le bonnet est apparu au début du XVe siècle et il est resté très longtemps la coiffure courante des femmes comme des hommes. 
Voici son historique tel qu'il est donné au XVIIIe siècle par Mœurs et coutumes des Français, de Le Gendre, cité par le Dictionnaire de Trévoux : 
« On commença sous Charles V à abattre sur les épaules l'aumusse [coiffure de peau d'agneau avec le poil] & le chaperon, & à se couvrir d'un bonnet ; si ce bonnet étoit de velours, on l'appelait mortier ; s'il n'étoit que de laine, on le nommoit simplement bonnet. Il n'y avoit que le Roi, les Princes & les chevaliers qui se servissent de mortier ; le bonnet étoit la coiffure du clergé & des gradués : le mortier fut peu à la mode ; les bonnets y ont toujours été, avec cette différence, qu'autrefois ils n'étoient pas de laine, & que depuis environ cent ans, on ne les fait plus que de carte que l'on couvre de drap ou de serge. »
Cette histoire est malheureusement partiellement inexacte. D'abord, les mortiers n'ont été nommés ainsi qu'au XVIIe siècle par comparaison avec une machine de guerre (large bouche à feu très courte) pour désigner la toque des magistrats. Ensuite ce Le Gendre ne parle là que des bonnets rigides des officiels, les gros bonnets qui dirigent les autres.
Mais précisément, ce sont eux qui, dans les assemblées de justice ou autres, opinent, c'est-à-dire donnent leur opinion − le mot a fini par se spécialiser sur une seule opinion au sens d'approuver.
Or, c'était dans les conseils une forme de vote que d'ôter son bonnet pour marquer son adhésion à l'avis de l'orateur sur la question débattue  un vote, non à la main levée mais à bonnet levé.
« On dit figurément qu'une question passe du bonnet, lorsque tout le monde est du même avis, ou qu'on opine sans raisonner & selon le sentiment de ceux qui ont déjà opiné », explique Furetière.
Selon lui, il s'agirait même d'un vote à l'unanimité.


Péril en la demeure (Il n'y a pas)

Mieux vivre en attendant quelque chose 
Modeste ou seigneuriale, une demeure n'est habitation que depuis le XVIe siècle. Auparavant, le mot demeure était synonyme de délai (du latin mora, que l'on reconnait dans moratoire). On dit encore d'un enfant retardé dans sa croissance intellectuelle qu'il est demeuré
L'expression ne signifie donc pas, comme beaucoup le pensent, qu'il n'y a pas de danger dans la maison, mais qu'il devient urgent d'attendre. La très légale mise en demeure procède du même sens. C'est une sommation juridique de ne pas prendre de retard dans l'exécution d'un acte.