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Démon de midi

Poussée sensuelle qui affecte l'homme vers la cinquantaine. À cette occasion, on parle aussi de tentation du diable...
En fait, l'homme confiant en la Providence, dit le texte des Psaumes, ne craindra ni la terreur de la nuit, ni la flèche qui vole au grand jour, ni la peste qui rôde dans l'ombre, ni le fléau qui ravage en plein midi.
Les Septante ayant lu shêd (démon), au lieu de yâshûd (qui dévaste), la démonologie s'enrichit dans les versions grecque et latine primitive, d'un nouveau diablotin, ce daemonium meridianum qui fit son nid dans la Vulgate jusqu'au XVIIIe siècle. Si dans le texte hébreu, la maladie qui dévaste à cette heure semble être l'insolation (le fameux coup de bambou ? hum... d'après l'Encyclopédie du Jardin : « Le bambou est une monocotylédone appartenant à la famille des graminées (= poaceae) : une herbe en somme, bien que certaines espèces dépassent les 30 mètres de haut... » mais encore : « D'une hauteur allant de quelques dizaines de centimètres à plusieurs dizaines de mètres selon les variétés, d'aspect et de couleurs variés, elle est en général fistuleuse, c'est-à-dire creuse, mais séparée par des cloisons au niveau des nœuds qui en fait une série de tubes fermés. Au niveau de ces noeuds, des bourgeons se développent et se transforment en branches, divisées en ramuscules qui portent les feuilles. Les feuilles contribuent à l'aspect décoratif des bambous par leurs formes et leurs couleurs variées. La vitesse de croissance des bambous géants peut être spectaculaire, jusqu'à 1 m par jour dans de bonnes conditions !... » hum-hum ! ça ne vous rappelle rien ? si, quand même... mais bon, ce n'était qu'une parenthèse sans grand rapport avec notre sujet, juste pour rire !!!), on attribua au démon de midi le regain d'activité sexuelle qui saisit le mâle au midi de sa vie, lorsque la peur de l'impuissance lui fait brûler d'un coup ses dernières réserves. 
AT - Psaumes, livre 91, verset 6



Être esclave de ses sens

Ne plus pouvoir se passer de ses plaisirs
Oui, et alors ?!!
NT - Épître aux Romains, livre 6, verset 17




Libertin

Athée, puis personne aux mœurs dissolues
Le terme connut un renouveau au XVIIIe siècle en regroupant les esprits forts autour de Théophile de Viau en jouant sur l'homophonie Liber (Bacchus) et liber (libre). 
Il y eut glissement de sens et confusion entre liberté de pensée et liberté de mœurs. 
NT - Actes, livre 6, verset 9


N'avoir pas pêché en Adam

Être particulièrement vertueux
La formulation est quelque peu archaïque, mais reste aisément compréhensible, Adam était tout innocence avant de succomber à la tentation du fruit défendu, étant entendu que l'innocence est la valeur première de la vertu...


Sodome et Gomorrhe

En 1897 avant notre ère, en Palestine, la Pentapole comprenant Sodome, Gomorrhe, Séboïm et Adama fut ensevelie sous une pluie de feu et de soufre.
Seule la ville de Ségor fut épargnée grâce à Loth qui y avait trouvé refuge.
C'est ce que nous apprend la Genèse (XIX, 1-29). Yahweh avait décidé la destruction de Sodome et de ses habitants dont l'impudicité, les crimes et la dépravation due à la sodomie étaient parvenus jusqu'à lui.
Il décida donc de s'y rendre. Abraham qui l'accompagnait lui reprocha de vouloir faire périr indistinctement les coupables et les justes. Yahweh promit de ne pas détruire la ville s'il s'y trouvait ne serait-ce que dix justes.
La perversion était telle à Sodome qu'il ne trouva pas les dix justes qui auraient pu apaiser son courroux.
Le feu et le soufre anéantirent Sodome et Gomorrhe ainsi que toutes les cités de la vallée, leurs habitants et leurs récoltes.
À leur place se trouve aujourd'hui la mer Morte dont le niveau se trouve à près de 400 mètres au-dessous du niveau de la Méditerranée.
Le Jourdain et les rivières s'y jetant n'en ressortent pas mais s'évaporent sous la chaleur, créant une salinité telle qu'aucune vie n'y est possible à cause des dépôts de sel et de soufre.
AT - Genèse, livre 18, verset 20, livre 19, verset 29



Faire des folies de son corps

Débordements sexuels
L'expression est très ancienne (XVe siècle) et s'applique aussi bien aux hommes qu'aux femmes.
Au XVIIe siècle, Oudin en donne cette série de définitions : « Il a fait la folie, la faute — elle a fait la folie, elle s'est laissé embrasser vulgaire — elle n'a pas encore fait folie de son corps, elle est pucelle. Item, se dit des choses qui n'ont pas encore servi ». Plus tard, l'expression devint graduellement féminine, au point de prendre une allure désobligeante. En 1680, Richelet écrit : « Faire folie de son corps. Cette façon de parler se dit des femmes, et veut dire se prostituer ». Heureusement, on peut encore s'offrir des folies gratuites !!!


Faire des pipes

Cette expression est aujourd'hui de très loin la plus usuelle pour parler de la fellation. Son emploi, cependant, n'est pas attesté avant les années 40, où elle alternait avec faire des pompiers, particulièrement dans le milieu de la prostitution où elle semble avoir pris naissance.
Faire une pipe est à l'origine la façon courante, dans le langage des années 20 et 30, de dire rouler une cigarette ; avant l'usage pour tous des cigarettes toutes cousues — lequel ne remonte guère qu'aux années 60 — il était habituel sur tous les chantiers de faire une petite pause, le temps de s'en rouler une, de se faire une pipe, et de l'allumer. Comment le sens a-t-il pu glisser de cette action banale à l'autre, parmi les plaisanteries des douillettes maisons closes de papa ?
Il est du reste remarquable que la tabagie ait toujours été plus ou moins associée au libertinage, aux lieux de débauche, et ne général aux filles de mauvaise vie. Une femme qui autrefois s'exerçait à déculotter la pipe d'un homme — même sans sous-entendu paillard — la vraie pipe en terre, se donnait fort mauvais genre. La variante qui tend aujourd'hui à remplacer faire par tailler des pipes est directement modelée sur tailler une plume ; ce qui ne manque pas de donner à cette expression un air absurde de bon aloi !
Sans que rien soit assuré, on peut assez facilement rapprocher les deux choses : non seulement le roulage du tabac entre les doigts, à gestes méticuleux, évoque assez bien le tripotage d'une pine, mais surtout vient ensuite le léchage précis et délicat, du bout de la langue, tout au long de la cigarette, qui produit à lui seul une image assez irrésistible pour qu'elle jaillisse naturellement dans la gouaille des pipeuses professionnelles : « Tu veux que je te fasse pareil à ta petite queue, mon mignon ?... »


Partie carrée

Contrairement à ce que l'on pense de nos jours, la notion de partie ne doit rien à l'anglais.
Au XVIIe siècle, le mot désignait de façon courante, parmi bien d'autres usages, une réunion de gens qui s'amusent : « se dit aussi de tous les autres divertissements où on engage certaines personnes, et à certains jours », dit Furetière. 
C'est ainsi que le mot fut compris jusqu'au siècle dernier : « Venez passer demain la journée avec moi, quelques uns de mes voisins s'y rassembleront pour faire de la musique, il en demeurera peut-être un petit nombre à souper ; si la partie vous plaît vous les imiterez », Caylus, Les Manteaux, 1746
De même, une partie carrée était alors simplement formée de quatre personnes : « On appelle une "partie carrée" celle faite de deux hommes et deux femmes seulement pour quelque promenade, ou quelque repas » (Furetière, 1690).
Ce sens a vécu sans sous-entendus paillards jusqu'au XIXème siècle — du moins la paillardise n'était-elle pas nécessairement incluses dans les prémices.
Cependant la notion de partie carrée spécifiquement prise au lit — ce que l'on appelle aujourd'hui plus prosaïquement l'échangisme — s'était introduite dans les chaumières dès la seconde moitié du XVIIe siècle : il n'y a aucun doute sur les intentions à l'évocation d'une partie carrée...
L'expression est demeurée en grand usage jusque vers les années 50 ; elle paraît vieillotte aujourd'hui, et comme entachée d'indécence.
On lui préfère son dérivé partouze...



Partouze

La partouze est aujourd'hui une activité sexuelle collective, sans égard au nombre des participants — à partir de trois, cela s'entend.
Le mot s'emploie du reste assez librement par tout débordement sexuel, de préférence avec témoins, ces récréations étant en principe l'apanage des classes aisées de la société.
Jacques Cellard fait apparaître cette acception dès 1925 : « Figure-toi que les gens de la haute ont inventé un vice nouveau. Tous ces blasés ne prennent plus grand plaisir à faire ce que vous pensez ; le ragoût, pour eux, c'est de se le regarder faire entre eux. On appelle ça "La Partouze" ! » (Galtier-Boissière, La Bonne vie, 1925, Cellard).


Le demi-monde

Le monde des femmes déclassées et de mœurs galantes Ce terme a été popularisé, sinon créé, par Alexandre Dumas fils, qui l'a donné comme titre à l'une de ses comédies le Demi-Monde (1855), et qui s'en attribua ainsi, quelques années plus tard, la paternité en même temps qu'il le définit :
« De même qu'on a donné au sol découvert par Colomb le nom du navigateur qui n'y est venu qu'après lui, de même on devrait donner à ce mot demi-monde, une autre signification que celle qu'il a, et ce néologisme, que j'étais fier d'introduire dans la langue française, sert à désigner par l'erreur ou par l'insouciance de ceux qui l'emploient, la classe des femmes dont j'avais voulu séparer celles-là, ou tout au moins à confondre en une seule deux catégories très distinctes et même très ennemies l'une de l'autre. Établissons donc ici, pour les dictionnaires à venir, que le demi-monde ne représente pas, comme on le croit, comme on l'imprime, la cohue des courtisanes, mais la classe des déclassées... Il est séparé des honnêtes femmes par le scandale public, des courtisanes par l'argent. »
Notons en passant que l'expression demi-monde continue d'englober, en dépit de Dumas fils, le monde des courtisanes.
Notons aussi qu'un chercheur, Othon Guerlac (Les Citations françaises) a découvert que le terme demi- monde n'avait pas été créé par Dumas fils, mais qu'il était déjà usité avant lui, du moins en langue anglaise, puisqu'on lit dans le Journal de l'américain James Gallatin, à la date du 22 février 1823 : « Tonight, shrove Tuesday, our last supper, our last ball, my last time in the half-world... » (Ce soir, mardi gras, notre dernier souper, notre dernier bal, ma dernière soirée dans le demi-monde.)



Amant de cœur

Celui qui ne paie pas ou qui paie moins que les autres, par suite d'un caprice passager ou durable, les faveurs d'une fille ou d'une femme entretenue
Cette expression s'est répandue au début du XIXème siècle, et l'éditeur Desloges a publié en 1842 une Physiologie de l'amant de cœur, due à la plume de Marc Constantin.
On disait au XVIIIe siècle l'ami de cœur. Dans un recueil de nouvelles à la main de 1762, on peut lire en effet : « La demoiselle Sophie Arnoult, de l'Opéra, n'a personne. Le seul Lacroix, son friseur, très aisé dans son état, est devenu l'ami de cœur. » 

Ami de cœur, amant de cœur ont remplacé greluchon, fort usité sous la Régence, et qui semble bien être un dérivé du bourguignon grelu (grêle, misérable, pauvre). Faut-il préciser qu'au temps des lorettes sous Louis-Philippe, on appelait aussi Arthur l'amant de cœur« Si la lorette soupçonne son Arthur », écrit Maurice Alhoy, qui en a défini le type dans sa Physiologie de la lorette.


Avoir du toupet

Être gonflé, avoir du culot 
L'origine de la locution avoir du toupet remonte au XVe siècle en Italie. À cette époque existaient dans ce pays les bravi (pluriel de l'italien bravo), les ancêtres de nos brigands, qui faisaient profession d'assassiner les gens sur demande, sorte de tueurs à gages que l'on payait pour se débarrasser d'un rival en amour, d'un concurrent agressif ou d'un quelconque ennemi. Les bravi étaient souvent employés par les grands seigneurs qui les commanditaient. Ils avaient quasiment pignon sur rue : il suffisait de frapper à leur porte, de désigner la victime à abattre et de remettre l'argent. 
Pendant longtemps, les bravi furent pratiquement impunis tellement ils étaient protégés. Toutefois, ils ne souhaitaient pas être reconnus de quiconque quand ils perpétraient leurs forfaits : les reconnaître équivalait à donner le nom du commanditaire.
Quand ils exerçaient leur coupable activité, ils prenaient la précaution de rabattre sur leur visage un toupet de cheveux, qui d'ordinaire pendait sur le côté ou sur la nuque. De ces bravi, on disait qu'ils avaient du toupet, quand avec audace, ils s'apprêtaient à passer à l'action.
Ces hommes à la hardiesse reconnue, prêts à tous les coups de main, à accepter tout contrat, étaient bien souvent armés jusqu'aux dents ; une arquebuse à la main, des pistolets à la ceinture, un couteau dans les jambières et un poignard dans la poche.
Pour dissimuler leur visage, ils se paraient d'une résille (de nos jours, un bas fait l'affaire pour braquer une banque), et se laissaient pousser, en plus de leur toupet, de fort belles moustaches et une barbe hirsute qui masquaient toute la moitié du visage.


Belle à croquer

Comme un modèle de peintre 
Dans son roman Un début dans la vie, Balzac écrit : « On appelle en termes d'atelier, croquer une tête, en prendre une esquisse, dit Mistigri... et nous ne demandons à croquer que de belles têtes. » 
De là le mot : elle est jolie à croquer
Mais pourquoi à croquer ? Balzac devait pourtant savoir qu'au XVIIe siècle, croquer une femme signifiait en obtenir les faveurs. 
Dans les mêmes ateliers d'artiste, belle à croquer avait en fait un double sens. Les rapports entre peintres et modèles ne se cantonnant pas toujours au domaine artistique !


Boire à tire-larigot

Siffler pinte sur chopine
Boire à tyre larigault, siffler d'un trait une bouteille, date de 1585. Boire beaucoup se disait alors flûter.
Le larigot était une flûte à bec rustique. À l'auberge, pour prouver qu'on était vraiment un homme, il fallait se montrer capable de descendre une bouteille entière en buvant au goulot sans reprendre son souffle, comme le flûtiste tire des sons de son larigot sans paraître respirer.
Comme les sonneurs de trompe, de cor, de biniou et de bombarde, les flûtistes ont eu de tout temps une solide réputation de soiffards. On disait d'ailleurs boire comme un sonneur.


Boire en Suisse

Il ne s'agit pas du Suisse casqué et armé d'une hallebarde, postés à l'entrée des églises, mais de ses ancêtres suisses allemands mercenaires des régiments du roi, que l'on reconnaissait de loin à leur uniforme aux larges raies colorées (les gardes suisses du Vatican sont encore habillés ainsi).
Sans doute ces rudes soldats étaient-ils de gros buveurs − on disait auparavant boire comme un Suisse − tout à fait capables de boire seuls ou entre eux. 
Mais l'expression boire en Suisse viendrait plutôt de l'habitude, propre aux pays germaniques buveurs de bière, de payer chacun son verre alors qu'en France, pays du vin, la tradition de la tournée que chacun paie à son tour est de rigueur.


Chercher noise

Vieux bruit 
Avant de prendre le sens de querelle bruyante au XVe siècle, l'ancien français noise (curieusement issu du latin nausea, mal de mer) signifiait bruit, tapage. 
Les Anglais l'ont emprunté au français en lui gardant ce sens, alors qu'on ne rencontre plus ce mot que dans cette expression, et dans une autre, oubliée mais tout à fait charmante : chercher noise pour noisette, autrement dit chercher querelle pour un motif futile.


Chevalier d'industrie

Pas vraiment à cheval sur l'honnêteté 
Cette appellation est un peu désuète et n'a rien à voir avec le ruban rouge de chevalier de la Légion d'honneur attribuée au titre du ministère de l'industrie. Le terme s'applique aux aigrefins qui vivent de coupables industries, d'expédients. Elle fait partie d'une série d'expressions péjoratives à la mode autrefois : le chevalier de la lancette, le barbier, le chevalier du mètre, le commis en nouveautés, le chevalier du crochet, le chiffonnier, le chevalier du bidet, le souteneur ou les chevaliers de la rosette, les pédérastes
Elle provient du nom d'une association de malfaiteurs, les chevaliers d'industrie, dont les méfaits furent contés dans un roman picaresque espagnol paru en France au XVIIe siècle.


Écrire un poulet

Le bel esprit ne se manifeste pas seulement en paroles. Dès le XVIIe siècle, les usages mondains voulaient que l'on s'écrivît des petits billets galants. 
Molière parle d'une lettre en poulet cachetée, ce que Furetière explique : « Poulet signifie aussi une petit billet galent amoureux qu'on envoye aux Dames galantes, ainsi nommé, parce qu'en le pliant on y faisoit deux pointes qui représentoient les ailes d'un poulet. Autrefois les prudes faisoient grand scrupule de recevoir des poulets ; maintenant elles en ont de pleines cassettes. »
Cependant, le mot en ce sens date du XVIe siècle, et il n'est pas absolument certain que ce pliage particulier ait fourni le nom... En tout cas, il a quitté très tôt le vocabulaire des salons pour continuer sa route dans un monde plus ordinaire, ce qui semble suggérer le commentaire du même Furetière qui le considérait déjà vieilli en 1701 : « Ce mot n'est presque plus en usage en ce sens. On dit aujourd'huy billet galant, billet doux. »


Enterrer sa vie de garçon

S'emploie pour passer une dernière soirée entre amis avant de se marier (XXe siècle).
 
La vie de garçon évoque traditionnellement l'indépendance, notamment la liberté sexuelle, et suggère l'image du célibataire qui fait la vie.
C'est ce genre de prérogatives qui demandent à être sacrifiées (enterrées) à l'état marital, considéré comme une limite temporelle, comme fin, ou comme une localisation contraignante (se ranger).
L'expression s'insère dans la vision culturelle fin de siècle la plus bourgeoise du XIXe, où le garçon oisif, jouisseur, est appelé par les exigences sociales à se muer en homme marié travaillant. L'antiféminisme se traduit par l'assimilation du mariage à un enterrement ; la femme, si elle n'est objet de plaisir abandonnable, est une redoutable fossoyeuse...