Affichage des articles dont le libellé est jeu de mots. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est jeu de mots. Afficher tous les articles

Le cadavre exquis

« Le cadavre exquis boira du vin nouveau » (1925)
« Que de soirées passées à créer avec amour tout un peuple de cadavres exquis. C'était à qui trouverait plus de charme, plus d'unité, plus d'audace à cette poésie déterminée collectivement ». Ainsi Eluard définit-il, dans Donner à voir l'ambiance qui donna naissance au plus célèbre des chemins poétiques ouverts par le surréalisme.
Mais Simone Breton, qui évoque ces jeux dans le catalogue de l'exposition qui leur est consacrée en 1975, se montre plus sévère : ils seraient nés, vers 1925, « au cours d'une de ces soirées de désoeuvrement et d'ennui qui furent nombreuses au temps du surréalisme. » 
On peut s'y référer ironiquement, comme Hervé Bazin, pour railler la fascination de notre civilisation pour le morbide. L'abus des charognes dans les faits divers a déteint sur le lexique : on ne parle plus que de la mort de Dieu, du père, du couple, de la famille...
Las, après Mallarmé, de creuser par veillée une fosse nouvelle dans le terrain avare et froid de leur cervelle, les jeunes gens recoururent à ces amusettes de société que l'on appelait billets russes : chacun inscrivait sur le billet un membre de phrase, puis le pliait avant de le passer à son voisin pour que celui-ci ne puisse voir ce qui y était noté. La phrase collective ainsi obtenue devait autant à l'imagination des participants qu'au hasard qui présidait à l'organisation de l'ensemble. Elle pouvait se révéler drôle, poétique ou menaçante...
Le cadavre exquis (la formule serait de Prévert) tire son nom du premier poème collectif ainsi composé. Le génie du surréalisme transforma en poésie ce qui n'était qu'un passe- temps. Le commentaire d'Eluard est en cela révélateur. Le charme que l'on trouve à ces textes qui, après un repas de communion, seraient simplement comiques, définit leur statut poétique.
Leur unité, quand il s'agit d'une création collective, suppose qu'une unité supérieure se manifeste, au niveau des inconscients, qui permet à un groupe d'affirmer une spécificité commune, qui ne soit pas la somme des personnalités qui le composent.

La formule cadavre exquis s'est largement répandue, même si l'allusion devient difficile à placer dans un salon. Au temps du surréalisme, elle a également désigné les dessins obtenus collectivement par le même principe.



Franc comme l'or

Très franc, très sincère 
S'emploie pour une personne (1820), par équivoque sur le sens de franc, sincère et pur (comme de l'or).


Poser une colle

Qui vous colle sur les bancs de l'école 
Au temps de Rabelais, une colle était un mensonge, une tromperie, en un mot tout ce qui attrape comme la glu attrape les petites oiseaux. Ficher la colle, c'était affirmer une chose fausse. 
L'argot des premiers lycées parisiens reprendra le terme dans le sens de question embarrassante à laquelle il faut répondre. À l'École polytechnique, le terme colle prendra le sens de retenue, de punition, d'après coller au piquet et coller au pain sec et à l'eau
Colle prendra ainsi deux sens différents : la colle sur laquelle sèche l'écolier et la colle du collégien, obligé de rester sur les bancs de l'école pendant quatre heures le jeudi parce qu'il n'avait pas su répondre à cette même colle !


Prendre la poudre d'escampette

Prendre l'escampe − probablement de l'occitan escamper, se délivrer, se sauver  c'est prendre la fuite. 
« Il eut une fois un laquais d'Auvergne qui luy avoit desrobé dix ou douze escus, et avoit pris l'escampe » (Des Accords). Il résulte que l'escampette, c'est la sauvette, avec un petit air coquin. « On dit de la poudre d'escampette quand on prend la fuite », écrit Furetière. 
L'image résulte très certainement d'un jeu de mots sur prendre la poudre, médicinale cette fois, c'est-à-dire une potion légère qui déclencherait le sauve-qui-peut, en même temps que celui qui détale soulève de la poussière. Il se trouve aussi qu'il est vif comme la poudre et part comme un boulet, ce qui ne gâte rien !


Une cote mal taillée

Un impôt à l'assiette injuste 
Une cote mal taillée est un compromis qui ne satisfait personne. Rien de surprenant à cela : la cote était un impôt (on parle encore de cote immobilière). 
Quoi de plus impopulaire que l'impôt, surtout quand il est injustement réparti entre tous, c'est-à-dire mal taillé ? 
La taille était la redevance annuelle en denrées ou en argent que le manant (taillable et corvéable à merci) devait au seigneur en échange de sa protection. Son nom vient de l'entaille faite à chaque règlement sur une petite bûchette de bois. 
Le jeu de mots vestimentaire avec une cotte (salopette) mal taillée a conservé l'expression bien vivante.


La boîte à pandores

la gendarmerie 
En 1857, les Parisiens commencent à fredonner la toujours célèbre chanson : 
« Brigadier, répondit Pandore, 
Brigadier vous avez raison. 
Pandore-gendarme était né. » 
Son nom fut inspiré au chansonnier roubaisien Gustave Nadaud par les pandoers belges, soldats de la ville croate de Pandour chargés du maintient de l'ordre en Belgique par l'occupant autrichien. D'où le surnom ironique de la gendarmerie : boîte à pandores
Chez les malfrats, la boîte à pandore (au singulier) avait un autre usage : c'était une boîte de cire molle pour prendre les empreintes de serrure.



À ne pas confondre avec la Boîte de Pandore.

Une vérité de La Palice

Parole d'un maréchal de France 
« Un soldat naît en France, s'y couvre de gloire, y devient maréchal, s'illustre sous trois rois, Charles VIII, Louis XII, François Ier, et se fait tuer à Pavie. Le voilà dans la fosse avec sa belle et noble vie bien remplie ; vous dites son nom, La Palice, et vous y voyez apparaître un imbécile », Victor Hugo 
Cette gloire posthume involontaire contre laquelle s'insurgeait Hugo a pour origine un des nombreux éloges versifiés qui selon la mode de l'époque célébraient le défunt : 
« Monsieur de La Palice est mort / 
À la bataille de Pavie / 
Hélas s'il n'était pas mort / 
Il ferait encore envie. »
À l'époque, l'ancienne graphie du f et du s était presque identique : un copiste avait dû écrire « Hélas s'il n'était pas mort / Il serait encore en vie. » 
Logique inattaquable pastichée en 1770 sous la forme « Un quart d'heure avant sa mort / Il était encore en vie », par un certain La Monnoye, conseiller au parlement de Bourgogne.
Ce ver mirliton et bien d'autres lapalissades figurent dans un pamphlet à l'adresse d'un de ses ennemis personnels, M. de la Galisse. On en fit une chanson en 50 couplets dont le dernier est peut-être le plus stupide :
« Il mourut le vendredi / 
Le dernier jour de son âge / 
S'il fût mort le samedi / 
Il aurait vécu davantage. »
D'aucuns prétendent qu'il serait encore en vie doit s'entendre comme il était plein de vie, de vigueur et de force, ce qui est une autre explication pour valider l'expression.
Rappelons cependant qu'une lapalissade n'est pas une évidence à créditer au compte du maréchal La Palice, mais bien une référence à sa vie : mort, il ne pouvait plus rien dire : de l'évidence, on passe à l'aberration !!!


Être de la pédale

Depuis 1836, on qualifie de pédés les homosexuels. En partie à tort, car étymologiquement parlant pédéraste signifie seulement « qui aime les jeunes enfants ». 
Simple jeu de mots, la pédale désigne le monde des pédés et des pédoques depuis 1929 sans qu'il soit besoin d'aller chercher une quelconque anecdote cycliste. Être de la pédale a simplement remplacé des appellations vieillies du même style être de la jaquette, être de la rosette ou tout simplement en être
Dans le même esprit, pédé comme un phoque ne fait pas référence à des mœurs contre nature de ce mammifère marin. Ce serait un calembour sur le mot foc (avec l'idée de vent arrière) ou sur l'appartenance de l'animal à la famille des pinnipèdes.

Pédé comme un phoque

À voile et à vapeur 
Depuis 1836, on qualifie de « pédés » les homosexuels. En partie à tort, car étymologiquement parlant pédéraste signifie seulement « qui aime les jeunes enfants ». 
Simple jeu de mots, la pédale désigne le monde des pédés et des pédoques depuis 1929 sans qu'il soit besoin d'aller chercher une quelconque anecdote cycliste. 
Dans le même esprit, pédé comme un phoque ne fait pas référence aux mœurs de ce mammifère marin. Ce serait un calembour sur le mot foc (avec l'idée de vent arrière) ou sur l'appartenance de l'animal à la famille des pinnipèdes.


Prendre en grippe

Agripper au collet 
La maladie n'a pris ce nom qu'au XVIIIe siècle parce que la fièvre et les maux de tête vous agrippent brusquement. 
Le mot existait depuis longtemps, il dérive d'agripper. Le terme de grippe a commencé par désigner une fantaisie soudaine puis une aversion soudaine, ce qui explique le sens toujours actuel de prendre en grippe, expression née à cette même époque.

22, v'là les flics !

L'expression est apparue dans les ateliers d'imprimerie vers 1870 avant d'être utilisée par la pègre. Les ouvriers signalaient ainsi de façon codée l'arrivée du patron. Ce serait un calembour d'atelier comme les ouvriers typographes aimaient à en faire en se servant de leur jargon technique. Par exemple, quand dans l'atelier entrait un prêtre (un corbeau, en argot), ils s'exclamaient : « Qui a du onze corbeau ? » du fait des caractères d'imprimerie de corps 11 (11 points typographiques Didot, soit 4,13 mm de haut).
Mais pourquoi 22 pour désigner le patron ? Est-ce parce que c'est un corps de grande taille utilisé généralement pour les titres en haut de la page ? Ou parce que le mot chef est constitué d'un c, troisième lettre de l'alphabet, d'un h, la huitième, d'un e, la cinquième et d'un f, la sixième et que 3 + 8 + 5 + 6 = 22 ?
Ou bien a-t-il existé à l'image du « Qui a du onze corbeau ? » une exclamation du type « vingt-deux corps saint », une manière déguisée d'annoncer l'arrivée inopinée du singe (saint-je), le patron en argot ?
Le mystère demeure. Chez les Anglais aussi, qui emploient dans le même sens une expression analogue : twenty-three skidoo.

Aller en Galilée

Terme d'imprimerie 
Cette expression ne signifie pas moins que faire des remaniements importants dans une composition. 
Ce voyage est purement imaginaire, Galilée étant la déformation plaisante de galée, la planche sur laquelle le compositeur au plomb place ses lignes. De fait, remanier assez largement un texte oblige à reporter les caractères sur la galée, pèlerinage long et difficile. Pour un remaniement plus léger, on dira plutôt, mais c'est devenu rare, aller en Germanie.


Faire une conduite de Grenoble

Comme pendant le tour de France 
Les Grenoblois eux-mêmes ne sont pas d'accord sur l'explication de l'expression. 
Les uns arguent la défaite du duc de Lesdiguières, chef des Huguenots, qui tentait de prendre la ville en 1590 et fut repoussé à coups de pierres. 
Ou par la mésaventure du grammairien Richelet qui s'était moqué des Grenoblois et qui aurait connu pareil sort en étant chassé de la ville en 1680. 
Deux faits divers bien minces pour faire un dicton. D'autres Grenoblois soutiennent mordicus que l'expression est née de l'interdiction du bal masqué du Carnaval de 1832.
Les gendarmes avaient chargé la foule, blessant 26 personnes. Déjugé par Casimir-Perier, le préfet fut contraint de renvoyer la troupe qui quitta Grenoble sous les huées de la populace.
Mais là encore, il y a un hic : l'expression avait déjà été attestée cinquante ans plus tôt ! En 1787 exactement, à Mâcon, dans une chanson des compagnons du tour de France. Quand un compagnon du Devoir quittait une ville pour se remettre en chemin, ses camarades lui faisaient la fête en l'accompagnant au-delà des portes de la ville.
Cela s'appelait faire une conduite en règle. Mais s'il avait contrevenu aux usages de la corporation, on lui faisait une conduite de Grenoble : il était chassé par ses pairs sous les huées et les sifflets.
Mais pourquoi de Grenoble ? Grenoble ne figurait même pas dans la liste des 29 villes composant le tour de France obligé du compagnon. Il est possible qu'il s'agisse d'un jeu de mots sur gredin ou sur un mot disparu de l'argot des confréries, du type aller à Cachan (se cacher), aller à Niort (nier), ou aller en Cornouailles (porter des cornes) dont les Français de l'époque étaient friands.
Bien qu'anachronique, la version du sanglant bal masqué qui fut rapportée par tous les journaux de l'époque, a dû contribuer à la popularité de cette expression du compagnonnage.


Beurré comme un Petit-Lu

Jeu de mots sur bourré et les petits-beurre Lu, célèbre marque de biscuits créée par M. Lefèvre et Mlle Utile qui unirent leurs destinées à la fin du siècle dernier (enfin, celui d'avant encore !) dans cette bonne ville de Nantes. 
Être bourré et être cuit sont synonymes, et le hasard veut que le mot biscuit veuille dire deux fois cuit !


Boire comme un chancre

Chanter donne soif ! 
Du même tonneau que l'oignon fait la force ou que vieux comme mes robes, le chancre étant une maladie vénérienne...
Il faut lire boire comme un chantre, autrement dit comme un chanteur d'église entre deux messes. Ce métier en voie de disparition nourrissait bien son homme. Témoin l'expression cousine aujourd'hui disparue : gras comme un chantre.


Finir dans les choux

Échouer sur toute la ligne 
En 1865, on disait être dans les choux
Les linguistes voient dans la locution un cas de paronymie (de quasi-homonymie) propre aux jeux de mots du langage populaire : Celui qui est dans les choux échoue !


Raide comme balle

Au jeu de paume 
Terme de joueur de paume et non de tireur au pistolet. 
Renvoyer la balle raide, c'était la frapper violemment de sa raquette. C'est aujourd'hui une figure de rhétorique : une réponse raide comme balle est une répartie violente, assenée du tac au tac.