Affichage des articles dont le libellé est tradition. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est tradition. Afficher tous les articles

Avoir les cheveux en bataille

Ordre militaire 
Au temps de la guerre en dentelles, une bataille était une troupe disposée pour le combat. Trois ordres de bataille étaient à la disposition des généraux : en carrés, en colonnes ou en rangées. Pour indiquer clairement aux sergents l'ordre de bataille choisi, les officiers prenaient soin de mettre leur chapeau en bataille : pour une formation en rangées, les pointes du bicorne étaient parallèles à l'ennemi, pour une formation en colonnes, elles étaient tournées vers l'avant. 
De nos jours, avoir le chapeau en bataille, c'est le porter tout de guingois et avoir les cheveux en bataille, c'est être coiffé à la diable.


C'est la croix et la bannière

Tout un cérémonial 
Pas de fête carillonnée jadis sans procession. La croix de Jésus en tête, les membres du clergé portaient les reliques, suivis des notables. Fermaient la marche les représentants des corporations brandissant leurs bannières aux armes de leur saint patron. 
Cérémonial délicat et long à mettre au point pour respecter les préséances et ne vexer personne. Les visites officielles des hauts dignitaires faisaient l'objet d'un protocole encore plus pointilleux. Prélats et princes devaient en premier lieu être reçus aux portes de la ville à la fois par le clergé et par les notables avec leurs croix et leurs bannières.

Coiffer sainte Catherine

Devoir de vierge 
C'était la coutume de coiffer les saints pour leur fête. Ou tout au moins la tête de leur statue dans les églises. 
Au 15 août, dans toutes les églises de France, la tête de la Vierge était ceinte d'un chapelet de roses. Le 25 novembre, la statue de sainte Catherine devait être couronnée de fleurs blanches. Ce travail ne pouvait être réalisé exclusivement par les mains pures d'une pucelle car la sainte était morte vierge et martyre sous l'empereur Maxence au IVe siècle. Pour cet honneur insigne le curé ne choisissait que des vieilles filles de plus de vingt-cinq ans, cet âge avancé (pour l'époque) lui paraissant une garantie sérieuse de leur virginité passée et à venir.


Enterrer sa vie de garçon

S'emploie pour passer une dernière soirée entre amis avant de se marier (XXe siècle).
 
La vie de garçon évoque traditionnellement l'indépendance, notamment la liberté sexuelle, et suggère l'image du célibataire qui fait la vie.
C'est ce genre de prérogatives qui demandent à être sacrifiées (enterrées) à l'état marital, considéré comme une limite temporelle, comme fin, ou comme une localisation contraignante (se ranger).
L'expression s'insère dans la vision culturelle fin de siècle la plus bourgeoise du XIXe, où le garçon oisif, jouisseur, est appelé par les exigences sociales à se muer en homme marié travaillant. L'antiféminisme se traduit par l'assimilation du mariage à un enterrement ; la femme, si elle n'est objet de plaisir abandonnable, est une redoutable fossoyeuse...


Faire les quatre cents coups

Les coups de canon étaient signe de fête, ce qui explique le sens de la locution : mener une vie de patachon.
On les tirait à l'occasion de la naissance d'un prince ou à l'arrivée d'un souverain étranger.
Aujourd'hui encore, le Président de la République a le droit selon le protocolaire à 121 coups de canon lorsqu'il se rend dans une ville de garnison. Traditionnellement, on fait remonter la locution à la canonnade de 400 coups que Louis XII a fait tirer en 1621 sur Montauban, citadelle du protestantisme.
Les trois siècles qui séparent cet épisode guerrier de l'apparition de l'expression sous sa forme faire les quatre cents coups peuvent faire sérieusement douter de cette hypothèse. D'autant qu'au siècle dernier, Balzac se contentait de cents coups, portés à cent dix-neuf par Zola et Proust.
C'est sans doute la contagion de faire le diable à quatre, de sens voisin, qui a fait passer les coups de cent à quatre cents au début de ce siècle.


La trêve des confiseurs

C'est le coup de feu pour eux 
Aux temps féodaux, l'Église imposait aux princes la trêve de Dieu, leur interdisant de combattre pendant l'Avent, le Carême et Pâques. Il existait aussi une trêve marchande pour que le commerce entre belligérants puisse quand même être assuré. Économie oblige ! 
La trêve des confiseurs est plus récente. Elle a lieu entre Noël et le Nouvel An quand l'usage veut que toutes les activités politiques et diplomatiques s'arrêtent. Il faut bien que de temps en temps les députés puissent retourner dans leur circonscription pour échanger des confiseries à la place des discours.


Le droit de cuissage

Vieille taxe à l'export 
Le droit féodal n'avait rien d'égrillard, l'Église y aurait mis le holà. En aucune façon le droit de cuissage n'autorisait le seigneur à dépuceler les jeunes filles de son fief. Ce sont les romantiques qui ont fantasmé sur le Moyen Âge, qui sont à l'origine de cette légende ! 
Le droit de cuissage était en fait le droit de quitage (se prononce cuitage) que le serf devait payer au seigneur pour ses filles qui se mariaient avec un étranger au domaine seigneurial. Son montant était de trois sous.
Cette exportation de main-d'œuvre privait le seigneur des bras des enfants à venir, futurs soldats ou laboureurs. Tout était prétexte à rançonner le vilain. Même le curé s'en mêlait : les nouveaux époux devaient s'abstenir trois jours durant après le mariage, en souvenir de Tobie et de Sara, un nouveau péché inventé pour pouvoir vendre l'absolution si le désir avait été néanmoins le plus fort !


Les noces d'or

Avec Jésus 
On ne sait pas exactement à quand remonte la coutume de célébrer les noces d'or, mais l'expression a été consacrée à l'occasion des noces d'argent du roi et de la reine du Danemark en 1867. 
Autrefois, prêtres et religieuses célébraient les anniversaires de leurs noces mystiques avec le Christ, c'est-à-dire de leur entrée dans les ordres, en portant au doigt l'anneau d'argent après vingt-cinq ans, en or après cinquante ans.


Marquer d'une pierre blanche

L'expression date du XVIe siècle, époque où plumes et papier étaient encore du luxe ; aussi les calendriers, marquant le retour cyclique des saisons, étaient-ils simplement sculptés dans la pierre !
Ainsi s'explique le choix de marquer tout événement d'importance d'une petite pierre blanche. Une simple croix tracée sur le calendrier avec une plume ? Impensable.
Graver une croix dans la pierre ? Pas mieux, à moins que l'événement soit amené à se reproduire les années suivantes.


Ne pas être dans son assiette

Être mal assis 
Au Moyen Âge, même les seigneurs mangeaient avec leurs doigts, se servant à même le pot. Il n'y avait qu'une écuelle pour deux. On partageait le potage avec son voisin. Pas une seule assiette sur la table, seulement autour de celle-ci ! 
En effet, le terme d'assiette a commencé par désigner la manière dont les convives étaient assis autour de la table. On parlerait aujourd'hui de protocole. Il y avait le bon bout de la table, près du seigneur et le bas bout où se tenaient les inférieurs.
Ne pas être dans son assiette signifie donc ne pas se sentir à sa place et par extension se sentir mal. Il faudra attendre Louis XIII pour que le récipient personnel disposé devant chacun prenne le nom d'assiette.
Le sens premier du mot se retrouve chez le cavalier qui a une bonne assiette (il est bien assis en selle) et chez le percepteur : l'assiette de l'impôt est sa base de répartition.

Passer au bleu

Selon Maurice Rat, les poudres à laver le linge contiennent aujourd'hui adoucissant et azurant incorporés destinés à assurer un blanc plus que blanc. Autrefois, les blanchisseuses devaient ajouter à l'eau de rinçage du bleu de lessive aussi bleu anglais ou azur pour faire disparaître les reflets jaunâtres du linge. C'est bien le sens de passer au bleu.
Il existe cependant une autre explication que voici : Ce qui passe au bleu, qui est escamoté, est précisément une chose qui ne dépend pas de nous, mais que l'on attend, soit parce qu'on la désire (une augmentation, des vacances), soit parce qu'on la redoute (une amende, une facture). Dans tous les cas, il y a quelque chose d'un peu illicite dans l'opération. En outre, si nous en sommes l'exécutant, nous faisons passer quelque chose au bleu.
C'est pourquoi l'explication de Maurice Rat n'est pas entièrement satisfaisante, car passer le linge au bleu n'avait rien de louche ni de décevant pour qui que ce soit !
Dans un sens un peu analogue, les Anglais disent washout (lavé, lessivé). Leur mot vient du jargon de la marine au temps où les messages étaient écrits sur une ardoise que l'on transmettait et que l'on essuyait après usage. On pouvait donc les laver avant qu'elles aient atteint leur destinataire.
Le mot était en vogue pendant la Première Guerre mondiale : se pourrait-il qu'il y ait eu des pratiques similaires dans notre marine ?...

Supprimer ou effacer se disait auparavant passer au safran. On a donc simplement changé de couleur. Ce safran était la couleur jaune dont on peignait la maison de celui qui faisait banqueroute en escamotant l'argent de ses fournisseurs et créanciers.


Payer en monnaie de singe

Emprunter une route, passer une porte de ville, franchir un pont, tout était prétexte pour faire payer péage aux personnes (ce qui n'a rien d'un pléonasme : péage dérive de pied et non de payer), aux marchands ou aux animaux. Contribution directe à leur construction et leur entretien.
Seuls les montreurs de singes en étaient exempts, à condition de faire faire des tours ou des grimaces à leur animal. 
Le règlement du Petit Pont de Paris du XIIIe siècle était formel sur ce point : il autorisait le paiement en monnaie de singe.


Pendre la crémaillère

Pour faire bouillir la marmite 
Le premier acte des jeunes mariés qui emménageaient était de suspendre la crémaillère dans la cheminée pour y accrocher la marmite au-dessus du feu. À cette occasion, on invitait les amis à aider à emménager et à partager le premier repas. 
Aujourd'hui, ce geste est le plus souvent symbolique mais la coutume est restée.


Payer rubis sur l'ongle

L'affaire est conclue, topons-là. 
Le paiement sera fait sur la table de l'auberge voisine pour arroser l'accord. Le rituel était immuable. Il fallait qu'acheteur et vendeur boivent cul-sec à la santé l'un de l'autre pour que le marché soit vraiment scellé.
Au temps des estaminets, on ne buvait pas dans des verres transparents, bien trop fragiles et coûteux, mais dans des gobelets opaques en terre ou en étain. Et pour prouver que la rasade avait bien été bue jusqu'au bout, il fallait faire rubis sur l'ongle : laisser glisser la dernière goutte rougeoyante du fond du verre jusque sur l'ongle du pouce et laper celle-ci d'un coup de langue sonore.
De l'idée de boire jusqu'à la dernière goutte est venue celle de payer jusqu'au dernier sou.


Poisson d'avril

Un cadeau de nouvel An 
Le jour à partir duquel l'année change de millésime a varié neuf fois en France depuis le début de l'ère chrétienne. Jour de fête et jour d'échange des étrennes, il ne sera fixé au 1er janvier qu'en 1565. Avant, c'était le 1er avril. 
Ceci pour expliquer les cadeaux fantaisistes offerts par de joyeux lurons aux retardataires non adaptés au nouveau calendrier. Avril était la pleine saison du maquereau comme en témoigne le terme ancien dont étaient affublés les maquereaux, les souteneurs, un bon siècle avant l'introduction du calendrier grégorien.
Quelle meilleure farce en effet que de faire présent en plein carême d'un maquereau, à un moment où les gens maugréaient à l'idée d'être obligés de faire maigre et de ne manger que du poisson pendant quarante jours ?
Les Allemandes faisaient de même avec leur Aprilscherz (plaisanterie d'avril). Aujourd'hui, cette plaisanterie n'est plus qu'un poisson en papier que les enfants épinglent subrepticement dans le dos de leurs petits camarades.


Porter un toast

En Angleterre, on trempait le pain dans la chope de bière pour en absorber les impuretés. Pour ça, les Anglais préféraient une tartine de pain grillé, a toast, de l'ancien français tostée (participe passé du verbe latin torrere).
Au début du banquet, les seigneurs avaient pour coutume de boire en l'honneur des dames, tout en laissant glisser une rôtie au fond du verre. Le verre passait alors de bouche en bouche puis revenait à celui qui avait porté le toast en hommage à l'élue de son cœur. Il le mangeait en espérant qu'ainsi son vœu serait exaucé.


Relever le gant

D'un preux chevalier 
Il ne s'agit pas ici de ramasser le long gant en chevreau glacé que les coquettes du siècle dernier laissaient tomber aux pieds de leur amant éperdu, mais du lourd et rigide gant de fer que le preux chevalier jetait au pied de son rival pour le défier au combat. 
Si celui-ci relevait le gant qui avait été jeté − c'était la forme première de la locution − c'est qu'il acceptait le défi.


Rire jaune

Le jaune est une couleur contradictoire. 
Quand il est vif et éclatant, il représente la couleur du soleil et de l'or ; il est à ce titre attribué aux dieux, à la puissance des princes, des rois, des empereurs, pour proclamer l'origine divine de leur pouvoir. 
Au contraire, quand il est mat, il représente la couleur du soufre, de l'enfer, et devient le symbole de la trahison, de la déception. Il est alors « associé à l'adultère quand se rompent les liens sacrés de l'amour divin, rompus par Lucifer» (in Le Dictionnaire des Symboles). 
C'est ainsi que dans l'imagerie du Moyen Âge, le jaune devint la couleur traditionnelle de Judas, le traître par excellence, celui qui avait vendu le Christ lui-même !
«Jaune, paisle jaune doré, couleur de Judas, de vérolé, d'aurore, de serein », dit quelque part d'Aubigné. De cet apôtre mal famé le symbole passa aux Juifs en général, que dans certains pays la loi obligeait à s'habiller en jaune − tradition ressurgie à point sous le nazisme de sinistre mémoire...
En Espagne, les victimes des autodafés étaient vêtues de jaune en signe d'hérésie et de trahison ; en France, on badigeonnait en jaune la porte des félons. C'est véritablement une couleur qui n'a pas bonne réputation !
« Il rit jaune comme farine, note Oudin en 1640 : Il fait mauvaise mine, ou du bout des dents comme saint Médard », pour faire bonne contenance, n'a guère évolué depuis.
Saint-Simon emploie la tournure appliquée à un personnage peu sympathique : « [Chamillart était] très entêté, très opiniâtre, riant jaune avec une douce compassion à qui opposait des raisons aux siennes » (Mémoires, vers 1743).
Quant au Père Peinard, il y voit encore moins de franchise dans son numéro du 3 novembre 1889 où il prévoit une belle récolte pour l'hiver : « Ah, mille tonnerres, l'hiver s'annonce bougrement mal pour les richards ; tout ça va leur foutre une frousse du diable ! Ils pourraient bien piquer un de ces chahuts, très hurf, quelque chose dans les grands prix, qui les ferait rire jaune. Et nom de dieu, m'est avis que ça ne serait pas trop tôt. »


Sabler le champagne

En faisant cul sec 
Certains préfèrent dire sabrer le champagne sous prétexte que les officiers de hussards avaient coutume de décalotter le muselet et le bouchon d'un coup plat de leur sabre. 
En réalité, sabler voulait dire, au XVIIe siècle, boire d'un trait, à l'image du métal en fusion que l'ouvrier fondeur sable en versant d'un coup dans un moule fait de sable durci.


Tenir la chandelle

C'est le nom de la pratique graveleuse qui consiste à assister à des ébats amoureux ; ce qui était la coutume à l'issue des noces d'autrefois ! 
Parmi les garçons d'honneur, on tirait au sort le chandelier, celui devrait tenir la chandelle lors du coucher des jeunes mariés. Par pudeur, toutefois, il devait leur tourner le dos...