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Avoir un bœuf sur la langue

Vieux calembour grec 
Au temps d'Homère, posséder ne serait-ce qu'un seul bœuf, c'était déjà être riche. La richesse se calculait alors en bœufs : Tel collier en or et ivoire valait dix bœufs, un bon cuisinier s'échangeait contre six bœufs. 
Égorger un bœuf sur l'autel d'un dieu était une offrande inouïe. Rien donc de plus normal en soi que les premières monnaies aient été frappées à l'effigie d'un bœuf et non à celle d'un prince ! 
Quand un Grec voulait acheter le silence de quelqu'un, il faisait mine de lui glisser dans la bouche une de ces pièces frappées du bœuf. Il lui mettait un bœuf sur la langue (bous epi glossa). 
Les grecs affectionnaient tout particulièrement ce calembour car dans leur langue, bous signifiait à la fois bœuf et argent.


Mettre la charrue avant les bœufs

La charrue est déjà terriblement chargée de symboles (la paix, le travail, et même le phallus qui fertilise la terre femelle), outil à la fois virgilien et biblique, au point qu'elle a toujours eu sans peine droit de cité dans le langage.
« Ils forgeront leurs épées en socs de charrue, et leurs lances en faucilles », dit Isaïe, pronostiquant un monde meilleur. 
La charrue harmonieusement tirée par les bœufs est depuis toujours l'image même de la logique, de la cause à son effet ; inverser les éléments engendre l'absurde.
Car la forme originale de la locution est mettre la charrue devant les bœufs. Et c'est ainsi que l'emploie Rabelais en transformant la charrue en charrette, dans l'enfance de Gargantua, lequel, entre autres incohérences, « mettoyt la charrette devant les bœufz. »
C'est à cause de l'ambiguïté de devant, qui pendant longtemps a voulu dire soit avant, comme dans ci-devant, soit en face, que l'on a fini par interpréter avant les bœufs, et donner à l'expression le sens de faire les choses dans le mauvais ordre, généralement pour vouloir trop se presser.
L'idée d'incohérence semble plus forte dans cette phrase d'un Arrêt d'Amour du XVe siècle : « tournant à chaque propos la charrue contre les bœufs. »


Crapoduc

Petit couloir aménagé sous une voie de circulation afin de permettre le passage des crapauds 
L'aqueduc transporte l'eau comme les boviducs les bœufs, et les crapoducs les crapauds ; CQFD !


Gober sa chèvre

Être mécontent 
Gober sa chèvre, animal têtu, est d'un mécontentement tout de même moins fort que gober son bœuf
En termes d'imprimerie, un bœuf est l'exécution d'une composition en texte courant. Les typographes sont amateurs de bœuf, mais pas seulement sous forme de bifteck (une pièce de bœuf étant un travail important). Ils peuvent ainsi faire un bœuf (exécuter une composition en soutien d'un compagnon absent), ou bien avoir ou prendre leur bœuf, c'est-à-dire piquer une grosse colère ; et qui a souvent son bœuf est un bœufier...



Faire un effet bœuf

Promené en grande liesse en tête du défilé du carnaval, le bœuf gras (on l’appelait aussi bœuf viellé car il était mené au son de la vielle), spécialement engraissé et paré par les compagnons-bouchers, ne pouvait que remporter un succès bœuf.
La pauvre bête ne savait pas, hélas ! qu’elle finirait dans l’assiette des notables pour le festin du Mardi Gras. Ce sont les élèves de Saint-Cyr qui, les premiers, ont utilisé le terme de bœuf dans le sens d’énorme, de colossal.


Nerf de bœuf

Rien que la verge du taureau
Les chevillards ne laissaient rien perdre des animaux qu'ils abattaient. Même la verge du taureau qui était durcie par dessiccation et étirée pour en faire une matraque.