Bienheureux les pauvres en esprit

« Bienheureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux leur appartient » : telle est la première des huit Béatitudes évoquées par Jésus dans le Sermon sur la montagne.
Formule proclamant le bonheur de ceux qui savent renoncer librement aux biens terrestres, donc, et souvent prise ironiquement... Disons que ça laisse quelque espoir aux plus démunis, parce que se défaire de son esprit n'est pas forcément un choix dans cette société du spectacle... n'est-ce pas ? La pauvreté intérieure serait supérieure encore à l'idéal franciscain. Il faudrait arriver à ne rien vouloir, ne rien savoir, pas même accomplir la volonté de Dieu, et parvenir ainsi à se libérer de Dieu et de toutes ses œuvres que Dieu lui-même, s'il veut opérer dans l'âme, devienne le lieu où il veut opérer... L'enseignement de maître Eckhart (XIII-XIVe siècles, la grande période du mysticisme) fut condamné en 1329, hors ce sermon (52).
NT - Évangile selon saint Matthieu, livre 5, verset 3


Boire le calice jusqu'à la lie

La coupe d'amertume
Subir l'adversité jusqu'au bout ; s'emploie lorsqu'on se croit arrivé au terme de ses peines et qu'un rebondissement imprévu vient les prolonger.
La coupe est l'image traditionnelle de la colère de Yahvé. Le calice (calque du latin calix) est déjà une épreuve pénible, mais s'il faut en plus en boire la lie, ce résidu amer qui s'est déposé au fond, le châtiment est absolu ! C'est celui, en tout cas, que réserve le Dieu d'Israël, aux méchants. On confond aujourd'hui ce calice avec celui dont se plaignait le Christ au mont des Oliviers. Confusion entretenue par l'usage exclusivement liturgique du calice (au sens propre : vase où l'on consacre le vin de la messe) qui, sans renvoyer à ce passage, semble faire de la coupe d'amertume une allusion au NT. 
AT - Psaumes, livre 75, verset 9


Bon pasteur, bon berger

Homme dévoué jusqu'à la mort
Le Bon Pasteur est celui qui donne sa vie pour ses brebis, à l'opposé du berger mercenaire qui fuit devant le loup. Il désigne le Christ par opposition aux prêtres de l'ancienne Loi.
L'image du roi-pasteur est fréquente dans l'Orient ancien.
Les pharaons du Nouvel Empire se disent aussi pasteurs de leur peuple. La royauté sacrée des Assyro-Babyloniens se définit pareillement. Dans le code d'Hammourabi (prologue) est le premier titre que revendique le roi ; de même, dans l'épilogue, Hammourabi se vante de s'être bien acquitté du pastorat que lui avait donné Marduk.
NT - Évangile selon saint Jean, livre 10, verset 11
AT - Livre d'Ésaïe, livre 40, verset 11 ; Livre de Jérémie, livre 2, verset 8 ; livre 10, verset 21 ; livre 23, versets 1 à 3 ; Livre d’Ézéchiel, livre 34, versets 11 à 16 et 23



Bon Samaritain

Personne qui se dévoue pour son prochain
La parabole du Bon Samaritain introduit une nuance à l'amour évangélique du prochain : « Qui est mon prochain ? » demande un légiste à Jésus.
Celui-ci évoque alors le voyageur dépouillé par des brigands, et laissé blessé sur la route. Un prêtre puis un lévite s'en écartent, tandis qu'un Samaritain le secourt, l'emmène dans une auberge et paie son hébergement. « Lequel des trois à ton avis, s'est montré le prochain de l'homme qui était tombé sur les bandits ? Le légiste répondit : C'est celui qui a fait preuve de bonté envers lui. Jésus lui dit : Va et toi aussi, fais de même. »
Le prochain n'est donc pas celui que l'on respecte parce qu'il respecte la loi, mais l'étranger que l'on n'a pas choisi, qui est arrivé par hasard, mais qui nous a sauvé la vie.
La parabole est une pierre dans le jardin de ceux qui font passer le devoir avant la charité.
Il serait cependant regrettable d'en faire une restriction à l'amour évangélique, puisque le pardon des offenses invite à aimer le prêtre et le lévite aussi bien que le Samaritain.
NT - Évangile selon saint Luc, livre 10, versets 30 à 37


Bouc émissaire

Celui que l'on charge de tous les torts, à qui l'on fait porter la responsabilité pour les autres
Une fois par an, le jour des Pardons, les prêtres doivent faire disparaître toute impureté de la communauté d'Israël en transférant les fautes sur un bouc que l'on chasse du troupeau afin qu'il les emporte vers une terre stérile. Deux boucs sont présentés à Yahvé ; le sort désigne celui qui appartient à Dieu et doit être sacrifié, et celui appartient à Azazel (hébreu 'azazêl, force de Dieu, nom donné au bouc émissaire). L'animal n'est donc pas mis à mort mais exilé et la malédiction de la terre retombe sur un sol déjà aride. Son sort n'est peut-être pas plus mal que celui du bouc qui sera sacrifié à Yahvé...
Cette expression biblique est une des plus employées car elle correspond malheureusement à un phénomène social des plus répandus. 
Il y a plusieurs espèces de boucs émissaires. La situation de base est celle d'une communauté coupable dans sa totalité et qui, pour ne pas porter sa responsabilité, la délègue à l'un de ses membres qui paiera pour tous les autres. Mais cette culpabilité peut être réelle ou supposée. Comment dès lors désigner le bouc émissaire ?
Ce peut être le plus faible, ou mieux un authentique criminel, même si sa faute n'a pas de rapport évident avec le mal encouru. Une simple tare physique ou morale qui dénonce déjà un membre de la communauté comme mal aimé de Dieu peut désigner sans risque d'erreur la victime idéale : les borgnes, bossus, roux, gauchers et idiots de village en savent quelque chose... Très prisées aussi pour tenir ce rôle, les minorités ethniques ou sociales (juifs, Francs-maçons, homosexuels, travailleurs immigrés...). 
Plus simple et expéditif, désignons nos ennemis personnels ! Nec plus ultra, enfin : celui qui réunit deux ou trois de ces péchés originaux.
Nos sociétés évoluées n'ont bien sûr plus de tels dérivatifs à la mauvaise conscience collective, mais on recourt volontiers aux boucs émissaires lorsqu'un groupe social défini a commis une faute bien réelle.
La multiplicité des expressions pour désigner le phénomène (porter le chapeau, refiler l'ardoise<, soupape de sécurité, fusible...) est en soi révélatrice. Le bouc émissaire est alors une façon de conforter le pouvoir en place, qui n'a plus à craindre de répondre de ses actes s'il a pris la précaution de multiplier les relais de responsabilité.
Et n'est-ce pas pratiquement le cas à l'échelle de tout un peuple lorsqu'il pouvait acheter son innocence au prix d'un bouc ? 
AT - Lévitique, livre 16, versets 8 à 10 et 20 à 22



Brebis égarée

Homme qui s'écarte des comportements sociaux habituels et qu'une bonne âme ramène dans le droit chemin
Le pasteur se réjouit davantage pour une brebis égarée et retrouvée que pour le reste du troupeau.
La parabole apporte la même leçon que celle de l'enfant prodigue.
NT - Évangile selon saint Matthieu, livre 18, versets 12 à 18 ; Évangile selon saint Luc, livre 15 ; première Épître de Pierre, livre 2, verset 25