Titre d'une comédie de Shakespeare (1598)
Bottes de sept lieues
Charles Perrault, Le Petit Poucet (1697)
Si le rêve d'une victoire conjointe sur l'espace et le temps est
aussi vieux que l'homme, les progrès technologiques ont
relégué au rang des mythologies enfantines les bottes de
sept lieues, les sandales ailées de Persée, les talonnières
d'Hermès ou la jument de Mahomet, dont les enjambées
s'étendent aussi loin que peut porter la vue.
La lieue gauloise valait 1,5 mille romain. Le mille,
cependant, variait du simple au double selon qu'on le
calculait en pas (gradus) ou en pas doubles (passuus) : la
lieue pouvait donc osciller entre 2,4 et 4,8 km...
À l'époque de Perrault, la lieue de France est estimée à 3898
m, ce qui donne à l'ogre des enjambées de 28 km !
Perrault a explicitement fait de son héros l'ancêtre de nos
facteurs. Le Petit Poucet, nouvellement chaussé après son
aventure, devint le messager du roi dans les batailles
lointaines et celui des dames séparées de leur amant. Il lui
arrivait aussi de porter les lettres des bourgeoises à leur
mari, mais plus rarement, car la course était mal payée :
l'astucieux marmot peut donc être considéré comme
l'initiateur de la grève postale pour revendications
salariales !
Mais on peut aussi interpréter plus audacieusement ces bottes de sept lieues. Le rapport censé exister entre la longueur du pied et la longueur (ou la profondeur) des organes sexuels est un préjugé répandu depuis le Moyen Âge.
Les chaussures en ont hérité, comme le rappelle le couplet de Cadet Roussel qui attribue trois souliers au muscadin :
Mais on peut aussi interpréter plus audacieusement ces bottes de sept lieues. Le rapport censé exister entre la longueur du pied et la longueur (ou la profondeur) des organes sexuels est un préjugé répandu depuis le Moyen Âge.
Les chaussures en ont hérité, comme le rappelle le couplet de Cadet Roussel qui attribue trois souliers au muscadin :
« Le troisième n'a pas de semelle,
il s'en sert pour chausser sa belle... »
Est-ce d'une botte de ce genre que s'empare le Petit Poucet ?
Bien des indices ont permis aux psychanalystes de se
pencher sur l'inconscient de M. Perrault. Sans doute faut-il avoir l'esprit singulièrement mal tourné pour souligner
qu'il n'y a pas de bottes de sept lieues qui fatiguent fort
leur homme... Mais un rapprochement avec Le Chat Botté ne
manque pas de pertinence. À peine l'animal a-t-il chaussé
les bottes qu'il réclame, qu'il devient Maître Chat,
acquérant la respectabilité et la hardiesse qui lui font
défaut.
Dans les deux cas, il y a un cadet de famille, oublié
dans la succession ou tenu comme quantité
négligeable (considéré donc comme une fille juste
bonne à servir un chat) aspirant à la domination, et y
parvenant après s'être chaussé royalement.
Coïncidence pour le moins troublante, pour un auteur
qui fut lui aussi cadet d'une famille nombreuse, mais
qui dépassa ses aînés sur la route de la gloire grâce à
ses bottes de sept lieues.
Briller par son absence
Tacite, Annales, III, 76
Aux funérailles de Junie, sœur de Brutus, et veuve de
Cassius, les images de vingt familles illustres sont
exposées, « mais Cassius et Brutus brillaient par cela
même que leur effigie n'apparaissaient pas » ; la
formule est fixée en français par une traduction du
latin de Marie-Joseph Chénier, Tibère, I, 1 (1819) :
« Brutus et Cassius brillaient par leur absence ».
C'est mon avis et je le partage
D'après Christophe, Les Facéties du sapeur Camember,
Confidences 1898)
Lointain précurseur de la bande dessinée, Georges
Colomb qui signait Christophe, imagina les types,
longtemps populaires, de la famille Fenouillard et du
sapeur Camember, au langage tissé de lieux communs
mal compris.
La formule ici s'inspire de Joseph Prudhomme,
personnage créé par Henry Monnier en 1830 :
« Apprenez, Monsieur, c'est mon opinion et je la partage,
que l'oisiveté est la mère de tous les vices » (Les
Mémoires de M. Joseph Prudhomme, 1857).
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